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CHAPITRE PREMIER

À MONSIEUR LE DOCTEUR C, ïtpiTRK ^i5 mai Î887J,

Un docteur éminent sollicite ma muse.

Certes Thonnear est grand; mais le docteur s'amuse,

Car, dans ce noir séjour, le poète attristé

Par le souffle divin n'est guère visité....

Faire des vers ici, quelle rude besogne 1

On pourra m'objecter que Jadis, en Gascogne,

Les rayons éclatants d'un soleil du Midi

Réveillaient quelquefois mon esprit engourdi;

Il est vrai : dans Bordeaux , cité fière et polie,

J'ai fêté le bon vin, J'ai chanté la folie,

Celle bien entendu qui porte des grelots.

Mais depuis, un destin fatal à mon repos

M'exile loin des bords de la belle Gironde,

Qu'enrichissent les vins les plus fameux du monde t

Aussi pins de chansons, de madrigaux coquets!

Plus de sonnets savants, de bachiques couplets I

Ma muse tout en pleurs a replié ses ailes,

Comme un ange banni des sphères éternelles !

Dans sa cage enfermé l'oiseau n'a plus de voix

Hélas ! Je ne suis point le rossignol des bois, Pas même le pinson, pas même la fauvette; Vous me flattez, docteur, en m'appelant poète.... Je ne suis qu'un méchant rimeur, et Je ne sais Si ces alexandrins auront un grand succès... Cependant mon désir est de vous satisfaire; Votre estime m'honore et Je voudrais vous plaire. Mais Pégase est rétif quand il est enchaîné; D*un captif en naissant le vers meurt condamné. Si vous voulez, docteur, que ma musc renaisse. Je ne vous dirai pas : rendez-moi ma jeunesse. Non, mais puisque vos soins m'ont rendu la santé, Ne ponrriez-vous me rendre aussi la liberté? Des vers I Pour que le ciel au poète en envoie Que faut-il ? le grand air, le soleil et la Joie I Accordez-moi ces biens : mon luth reconnaissant, Pour vous remercier comme un Dieu bienfaisant. Peut-être trouvera, de mon cœur interprète. Des chants dignes de vous, et dignes d'un poète !

« Tout assurément dans ce petit poème indique la persistance d'une intelligence assez vive; et pourtant dans les mêmes jours qui récrivais, il avait fait une tentative de suicide, puis une tentative d*homicide contre sa mère; il a été tour à tour excité et déprimé, mais toujours obsédé par les mêmes idées. Dans la dépression, il s'imagine qu'on Taccuse de crimes : qu*il va passser en cour d*assiseSy qu'il est méprisé de tout le monde, et que tout cela est la faute de sa femme. 11 est manifestement halluciné». (Parant).

M... G..., poète de belle réputation avant sa maladie et frère d'un illustre poète, fut atteint de manie ensuite des excès alcooliques. Il maltraitait sa femme, criait et insultait ses persécuteurs supposés.

Les premiers accès passés , il se transforma en mégalomane. 11 commença par écrire des vers très armonieux, mais illogiques; barbouilla une tragédie avec soixante personnages, où Ârchimède et Garibaldi sont mêlés avec Victor Emmanuel, Charles-Félix, Eve, David, Saûl : on y trouve même des personnages invisibles, des astres, des comètes, qui, déclament quand même. — Voici, par exemple, une étrange demande à Archimède:

« DairErebo uscito, rispondi, ove sei?

0 forse tMnyoli pei balzi cruenti?

Se un giorno lanciasti, atleta agit dei Un angiol dii vanni di faoco lucenti

Ancor non è stanco dei cieli il tiranno

Se più délia lace la notte t*abbella,

Si tinga di nero l.i vecchia tua stella (1) ».

(1) « De rÉrèbe sorti, répond, où es-ta? — te dérobe-tu peut-être sur no rocher ensanglanté? — Si un Jour, o athlète, tu as lancé aux dieux — un ange des ailes reluisantes de feu, — le tyran des cieux n*e8t pas encore

bas — Si plus que la lumière, te charme la nuit, — qu*oil colore en

noir étoile vieille ».

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