‹ L'homme de génieChapitre 113 sur 257 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Dans la Gazzelta del Frenocomio di lîeggio, nous Irouvons un lype de pauvre ouvrier ignorant, à qui la folie inspira des idées à ta Darwin, à l'égal du revendeur d'épongés dont j'ai parlé plus haut.

G... R... de Modéne, élait un malheureux à qui la nature n'avait point été propice. Racliilique, un peu courbé de sa personne, lo visage maigrelet, avec un grand ne^ à bec-decorbin qui nieaaçail le menton, de grandes oreilles, des sourcils [ouffus, l'allure traînante et fatiguée, il excitail tout d'abord la risée et In pitié de ceux qui le regardaient.

11 était À l'hospice depuis seize années. Célibataire, il ap* parlennil k une famille bourgeoise déchue. En lui la foti^ de la persécution était héréditaire. 11 parait que, avant 1850, lois des troubles politiques, soupçonné par le gouvernement du grand-duc, il eut h souffrir quelque poursuite. De là réclusion de son délire qui commença par des hallucinations de la vue et de l'ouïe. 11 entendait presque coolinuellement des bruits terribles, une trompette parlante (tromba loeutoria), disait-îl. H voyait des anges, des prêtres, des femmes qui lui partaient aux oreilles au moyen de longs tubes, de porte-voix, et l'insultaient, le menaçaient: c'étaient les souffleurs des sanfédîsles (i), de la Congrégation du Saint-Office. Au moyen de fîls galvaniques et mystérieux ils le faisaient agir à leur gré : il n'avait plus de liberté, l'n jour dans une ouverture du mur. il en vit une centaine, qui soufDaient contre lui avec tant de bi'uil, qu'il s'enfuit épouvanté.

Il n'aimait pas parler de son délire, et d'habitude il restait assis de longues heures, la tête sur la poitrine, tranquille, distrait, oisif.

Interrogé s'il connaissait quelque métier, il répondit qu'il était tourneur. On l'occupa de suite: on confia A ses soins comme apprenti un jeune sourd-muclet il en fit un bon

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ouvrier. Dans le liiil Je le distraire on lâclia de lui faire I jouer un petit rôle au thWtie de l'hospice, mais bien qu'il ne fût que de peu de mots, il n'y arriva pas, car la mémoire lui faisait complètement défaut,

Pourtant, dans celte pauvre lête d'aliéné s'agitait lotit un système philosophique, logique, ordonné!

C'était un matérialiste convaincu. Personne ne s'en était aperçu : un jour devant lui quelqu'un prononça le mol âme. Alors très paisiblement il dît : « Dans le monde il n'y a que matière et force de la matière : la pensée vient du cerveau et c'est une force comme l'électricité. Le monde est la matière et la matière physique est éternelle, infinie: « sont les formes seulement et les individus qui passent. L'homme, après sa mort, retourne au néant et sa matière se transforme qui sait en quoi 1 *

Comment avail-il pu, avec son intelligence maladive, son manque de cullure intellecUielle, au milieu des ballucins-' lions et du délire, concevoir, quaranle ans à l'avance, lui idées les plus modernes et les coordonner entre elles? B serait veritahlement difficile de l'expliquer!

f Et comment «xpliquez-vous, lui objecta-t-on, l'apparj* tion de l'homme sur la terre? > — « Par suite de modifia*' lions, répondit-il ; d'abord il n'aura été qu'un vermisseau, puis se iransformanl, se perfectionnant, il devint homme (c'était la théorie de Darwin!). Les religions sont des in" ventions des prêtres. En politique, le meilleur gouverne-^ ment est la république, en société, la polygamie i.

Il exprimait ses idées avec un radicalisme si serré el une conviction si i'orle, que cela contrastait élrangemenl avec ses allures craintives et sa maladie.

Les hallucinations et le délire de persécution Pool bai celé jusqu'à ses derniers moments.

L'autopsie a constaté: crdne dolichocéphale; cerveau («l core reviHu des méninges) du poids de 1315 gr.; épaisseur

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