CHAPITRE PREMIER 'Mi
des OS du crâne, la dure-mère 1res adhérente; l'arachnoïde opaque; hémorragie capillaire à l'instila gauche et à la subslance blanche très poinliili5e; la moello allongée; ta protuliéi-aoce, les olives et le cervelet normaux.
Mais le journal le plus riche en productions esthétiques. est la Cronaca del manicomio di Siena, car c'est le Siennois, comme nous l'avons déjà remaïqué, qui fournit le plus grand nombre de fous de génie, non seulement dans les lettres, mais aussi dans les arts. C'est ce qu'ont démontré les sculptures envoyées à l'exposilion phrénïalrique, et dont je conserve plusieurs spécimens dans mon musée. Nous y trouvons des morceaux de prose et de poésie, et même de petits poèmes qui, pour la beauté, l'harmonie et l'originalité, feraient certainement honneur aux poètes les plus célèbres.
Nous regrettons que la nature de notre ouvrage, et les timiles que nous nous sommes imposées, nous empochent de les reproduire. Nous nous bornerons à en donner brièvement quelques aper^ius,
Huuhieur X..., est un homme de haute taille, de belle et noble prestance, au regard vif et intelligent. Il se promène cODlînuellemenL dans la galerie de l'ho^^pice, papier et a'ayon h la main, fronçant les sourcils, avec l'allure d'un hoonrnc absorbé dans l'étude profonde d'un problème ardu.
H n'aime pas la compagnie: înteirogé. il répond promplemcnt, mais avec dos gestes el des poses qui décèlent le sentiment de sa supériurilé. Sa parole d'abord line, vive, spirituelle, tombe ensuite dans l'incohérence et l'excentricité. Toute phrase, tout mouvement tiahissenl en lui le sentiment exagéré de son mot, nous dirons même, pour nous servir d'une expression heureuse de Baudelaire, l'exaspération de sa personnalité.
Il est descendant de Charlcmagne el d'IIardouîn d'ivrée, il est marquis, duc de .Montierrat ; si on lui rappelle qu'il appartii-nt à l'égli.'^e catholique, alors il est chanoine, éïè-
que, cardinal in pectore, mieux encore, il sera pape à la prochaine élection. Cependant il ne cesse pas d'être le suprême Dictateur de l'Italie, Télu de Dieu, prédestiné à écraser le socialisme et à sauver le Roi.
Il est ennemi enragé des socialistes; parfois il croit que les médecins appartiennent à ce parti et il repousse leurs avances en s'écriant: retrô Satana; parfois il consent à leur parler et il cause de ses hautes qualités, de ses grandes idées; mais si par hasard on l'interrompt, il s'emporte et: <r Potius, dit-il, mori qaam fœdari; frangar non /lectar*.
En raison des hautes places qu'il occupe, il se permet d'oclroyer aux médecins et au personnel de l'établissement des brevets, des décorations; il en fait des chevaliers, des commandeurs, des capitaines, des colonels : les brevets qu'il donne sont couverts de hiéroglyphes, ornés des armoiries royales de Savoie et de sa signature de t Dictateur suprême ».
Avec le temps, son état d'irritation se calme tant soit peu, mais avec ce calme relatif, de nouveaux phénomènes se produisent : des hallucinations, qui sont certainement en rapport avec son délire, et qu'il croit d'origine surnaturelle, surviennent avec la persuasion d'être l'élu de Dieu. Des bruits retentissent au dessus de sa tête, il cherche à les fuir et il demande à ses compagnons s'ils les entendent aussi. « Satan, dit-il, est jaloux d'une mission très délicate et difficile que moi, l'élu du Seigneur, je dois accomplir dès ma sortie d'ici. Il s'agit de reconduire les juifs en Palestine, où ils doivent se convertir au christianisme. De là, la rage de Satan >. Dans ses poésies, il parle de ses hallucinations de l'ouïe.
De ce malade, la Chronique Siennoise publie un petit poëme, ^ Les Méditations», qui montre une puissance d'imagination peu ordinaire, une sensibilité délicate, et une grande facilité dans la peinture vive et coloriée des idées qui se développent en lui.