‹ L'homme de génieChapitre 118 sur 257 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

lonté naturelle de l'homme, son impossibilité à Tœuvre et à l'action, comme si une force matérielle enchaînait l'individu. Je n*ai pas un empire suffisant sur moi-même pour diriger comme je le voudrais, mes actions : de là naît la frayeur, le crève-cœur, le dégoût de la vie.

> Au commencement j'éprouvais une indécision, une incertitude vague, un poids importun ; ensuite cette force augmenta, devint plus violente, prépondérante, de manière à paralyser toute complaisance (!), à me contraindre à passer de longues heures dans l'angoisse la plus poignante. La nuit je ne puis dormir, et le jour est encore pour moi un tourment, car je ne sais que faire de moi, je ne sais où diriger mes idées, où mettre ma têle, toujours à cause de la contre-volonté.

V J'entends parler de bonheur de famille, de complaisances de l'ûme, de satisfactions de l'amour-propre, d'affections réciproques, mais je ne peux rien éprouver de semblable. Je mesure avec angoisse les heures de la journée, et toute, mon étude se réduit à rechercher le moyen de m'ennuyer le moins possible.

3> Pour ces motifs, je prierai qu'on produise une réaction violente dans ma cervelle; qu'on m'accorde de voir ma famille. Une secousse bienfaisante pourrait me servir beaucoup. Une émotion violente de l'âme m'a ruiné: une émotion d'un genre différent pourrait me sauver.

» 11 y a bien des années que je ne vois plus ma famille, et monsieur le Directeur, comprendra que c'est une chose extravagante (!) et honteuse. J'assure que si j'ai commis quelque écart, cela dépend de la fatalité à laquelle je suis assujetti, non de mon caractère, qui a toujours été bon : on doit aussi prendre en considération cette circonstance.

La Cronaca del Regio Manicomio di Alessandria, dirigée par M. Frigerio, reproduit le spécimen d'un journal de fous:

Le maltoïde illustré, soi-disant organe général des fous à pied libre. — Un malade de phrénose sensoriale, qui croit être hanté par un démon, y écrivît la suivante:

HYPOTYPOSE d*iin peludoiinaire de l*HoBpioe d* Alexandrie.

« Je suis né mâle, en genre, nombre et cas.

> De basse taille, fluet, mon teint était foncé, même avant que j'eusse des contacts avec le diable. Trafts sympathiques, front vaste et sévère, physionomie noble: lèvres minces, mais colorées, un peu dédaigneuses et rusées : nez... évident avec narines dilatées, — caractéristique d'une âme voluptueuse et impressionable, — et enfourché de lunettes, (ne pas confondre avec celles du professeur Lom-

broso) qui, à mon grand déplaisir me donnent Tair

mais, chut!... attention au fisc... — voici ma photographie positive, rapport au physique.

)> Le moral ?... — ma foi, je ne saurais vous en dire grand chose. Une personne qui connaît assez bien Gall, Spurzheim, Lavaler, Descuret, et qui est très versée en ostéologie, phrénologie, physiologie, psychologie et que sais-je encore, — me dit, que je suis un vrai caméléon humain.

> Le savant homme aurait deviné le genre non l'espèce, ou pour mieux dire, l'espèce non le genre.

1 Du reste, sans pécher par orgueil, je ne crois pas cire bien dissemblable de mes autres... semblables, car je retiens, en maxime, qu'un homme est l'unité de mesure d'un autre homme, c'est-à-dire, un amas de contradictions. Aujourd'hui géant — demain pygmée: un moment philosophe, puritain — un autre moment, faible et pécheur — un jour brave — im second couard — un troisième... fou. — Kn un mot, un Ihermomèlre raisonnable ou déraisonnable suivant

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