CHAPITRE PREMIER 25S
les dégrcs qui lui fait marquer la passion, ce puissant mercure qui pénètre jusqu'à la moelle, et, bien souvent s'y ossifie.
» Je pense et j'aime — donc, je dois être bon.
)) On m'a jugé bon écrivain, on a même affirmé que je suis un petit Jean Jacques en miniature. C'est peut-être vrai pour Tintelligence, bien qu'elle ne soit sans doute pas aussi brillante. — Mais si je ne puis planer, comme lui, dans les régions supérieures de la pensée, je possède une chose qui lui faisait défaut et qui, dans certains cas, peut remplacer le génie: C'est le cœur».
Autobiographie. — Mais un exemple qui intéresse plus encore la psychiatrie légale, car il présente un cas de génie littéraire provoqué par la folie, et, en même temps, prouve comment un fou peut simuler la folie bien qu'il en soit vraiment atteint, particulièrement sous le coup de la frayeur de la peine, m'a été offert par un pauvre cordonnier de Pavie.
il se nommait César Farina, fils, neveu et cousin de fous et de crétins, monomane depuis sa jeunesse, mais tranquille en apparence. Il tua d'un coup de couteau une femme, coupable à ses yeux d'être l'instigatrice de ses ennemis invisibles, qui l'obsédaient de leurs voix, et d'être la mère d'une jolie fille, de qui, dans cette espèce de délire erotique des fous, que j'appelle (1) amour muet, il se croyait le bienaimé, bien qu'il n'eût eu avec elle, presque aucun rapport.
Après l'assassinat, il s'enfuit à Milan ; personne, même de loin, ne l'aurait soupçonné coupable, s'il n'était revenu exprès à Pavie se présenter à la police et se déclarer l'auteur du crime. Pour mieux convaincre les incrédules, il montra même la gaine de l'instrument meurtrier.
(1) LoMPROS). L'amore nei pnzzi. Turin, 1887.
Plus tard, emprisonné, il regrettait sa démarche et offrait les symptômes d'une psychose que vraiment il n'avait point, la démence.
Appelle comme expert, j'eus bien de la peine à voir clair sur son état, sa santé et à me convaincre que, malgré la simulation de folie, il était réellement fou (1).
Transporté, ensuite, dans ma clinique, il y écrivit ce:
MÉMOIRE sur lei ooiuiéquenoeB de mon malheur.
Aux environs de 1858 à 1859 j'étais employé comme concierge chez monsieur B.... — Dans la maison demeurait la famille Dag..., qui se lia avec moi et s'offrit de me servir le dîner, que je ne pouvais préparer moi-même. — Un jour, passant dans la rue Rovelecca, je vis une épicerie ouverte et, dedans, j'aperçus un visage de femme qui rougit sous mon regard. — Dans ce temps-là j'avais l'habitude de rougir à toute rencontre, surtout d'une femme ; pourtant je conservai alors toute ma fermeté naturelle; mais en réfléchissant j'en conçus une pensée. — Le jour suivant j'y revins et je fus frappé d'un regard encore plus gentil de la susnommée demoiselle Guag...; à ce regard je marchai en avant conservant toujours mon naturel; en revenant, la jeune fille était sur le devant du magasin; mais je passai sans la regarder et pendant quelque temps j'ai lîâchc de l'éviter.
Un soir que j'élajs sur la porte de chez moi, j'entendis un léger piétinement et en me retournant je me rencontrai avec la demoiselle Guag., tenant par la main sa petite
(1) Lo3iBR05o. Diagnosi jmchiatrico Irjali atudlate col nxetodo es/fCtimentale. Milan, 1869.