CHAPITRE rrtEMIER
sœur. — Celle Giiag. nie demanda si madame Dag. était chez elle; je lui répondis qu'elle était allée aux vâpres. Ausi^itÔl elle me remercia et me salua d'un air significatif; je la saltiai aussi el elle s'en alla.
La guerre du 59 ijclala et je n'avais dans le cœur aucune pensée de feiLimc. . J'allai menroler... Vint l'ordre du départ el aux sons de la musique nous parlimes pour Cdme, où les citoyens nous reçurent avec beaucoup de
vivais De Cômc on partit pour Sonrliio el de là, pour
un pays dont je ne me rappelle ni le nom ni le chemin; je me souviens seulement qu'il Taisait bien cliatid
Des parliciilarilés du voyage, je ne puis pas bien en
donner esplication, car mes souvenirs sont confus.... Enfin OD fit la paix....
Sur la fin de 1860, ne trouvant où me caser, j'allai demeurer provisoirement chez un oncle. Après l'hiver 1860- 6i, je pus rentrer encore dans l'ancienne maison où je faisais mes affaires sans trop de maux de lëte. — Je travaillais aussi pour U. el à cause de cela j'étais obligé do passer dans la rue Rovelecca, bien que j'eusse désiré ne point y aller pour éviter le souvenir de certaines pensées. — Pendant ce temps-là le jeune ainoureux de la G-, à ce qu'il me semblait, ne lui faisait plus la cour. — J'avais l'iiabilude de prendre du café tous les soirs et tous les matins: un dimanche, n'en ayant pas h la maison et sachant que le magasin de la rue Rovelecca était encore ouvert, j'y allai. — 1,'aulomne de 1861 était à son déclin. — J'y re- Irouvai madame G. qui me servit avec amabilité; alors je projetai de continuer à m'y fournir. Pour ce qui est de la lille, je fuyais même la pensée de l'approcher; l'idée de cette jeune iïlle m'aurait bien souri, mais je songeais que n'étant pas capable de gouverner une famille, je n'aurais pu bien élever les enfants; du reste ce n'élalL pas mon affaire d'épouser une demoiselle qui n'était pas assez bien élevée, cl puis j'aimais ma liberté.
Je continuai à me fournir dans cette épicerie et la seconde fois on fut encore plus ainnable. — La troisième fois, la mère et la fille> se tenaient derrière le comptoir, placées de façon que la mère couvrait la fille, assise près du mur et que je ne la voyais point. — On me fit très bon accueil : la mère me servit du sucre et du café: alors je demandai du savon et elle dut sortir du comptoir pour en chercher; c'est en ce moment que j'aperçus la fille (1); j'aurais eu le loisir de bien la regarder, mais, au contraire, je m éloigna du comptoir et je fis semblant de choisir le savon. La mère Madame en mit sur la balance un morceau ni trop petit ni trop gros, et la fille, pour dire quelque chose, fit cette réflexion : (f Cesl trop » ; tmis la mère répondit: fr Pourvu qu'il puisse le porter à la maison (i)», — Nous rimes ensemble et puis, je partis.
Un soir, elle me dit que sa fille lui avait rapporté que je m'étais marié. Je répondis que non, et que je ne songeais pas même au mariage. ^ Oui, oui, dit*elle, ainsi on a toujours sa liberté (i) ». Cette fois elle me salua avec humeur et dans la suite son accueil changea tout à fait. Elle me faisait entendre de ne plus venir à son magasin, mais je feignais de ne rien comprendre.
Un après-midi je sortis de chez moi; il pleuvait, (c'clait la première semaine du carême de 1862), et en passant devant répicerie je vis madame G. pousser dehors sa plus jeune fille, qui riait en me regardant et après rentra dans le magasin. Je suivais mon chemin, mais tout en passant je regardais. La mère poussa alors la fille ainée, qui, s'arrèlanl sur le seuil, en riant, me dit: ttEtdoncf » — J'entendais la mère qui poussait ses filles et leur disait: « Suivez-le a . Pour le moment je ne fis que regarder avec complaisance la fille ainée, mais dans la soirée, une fois mes affaires
(1) Noter, la mémoire singulière de tous les potifs détails qui ont rapport aux objet.^ de son délire.