CHAPITRE PREMIER
finies, je me décidai à leur écrire un billel pour raellre fin à toutes ces conséquences (1).
C'était le soir que j'aurais dû aller Taire mes piovisîons, mais sachaut que )e malin la marc se trouvait seule au magasin, je résolus d'y aller de bonne heure et de lui remetlre mon billet. Le matin suivant j'allai à l'épicerie, mais il y avait déjà du monde: ma présence semblait la troubler car elle se trompa en rendant la monnaie à une demoiselle, qui, s'en étant aperçue, se retourna en sortant pour nae regarder. Je m'approchai et elle me servit en réprimant son trouble : je sortis alors mon billet et en le lui donnant je dis : i Voilà, madame, le vieux compte, vous le regarderez à votre aise > voulant ainsi donner à croire aux clients qu'il n'y avait aucun commerce d'autres conséquences. Elle me répondit en prenant la ieuille: * Ak ! oui, oui". Je la saluai et elle me dit: « An revoir».
Pendant la journée mille pensées me passèrent dans la tête, le soir pourtant, selon le rendez-vous que j'avais donné dans le billet, je tins ma parole. — Voici ce que disait Lhillet:
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« Madame,
* Tout ce qui s'est passé étant déjà trop notoire. Je me fais un devoir de vous écrire ces deux lignes, pour déterniiaer cette question intérieure. Si jusqu'à présent je n'ai pas Tait connaître tout le transport de mon alTeclion pour voire fille, ce n'est pas par défiance (2)de réciprocité ; au contraire je prise beaucoup sa prudence (2) et je n'ai aucun supçon envers d'autres qui en ont la confiance (2), car j'espère qu'ils .sont des parents. Si cette déclaration peut vous être
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agréable, la réponse doit être pour ce soir à huit heures. Je passerai devant votre magasin et le signal sera la présence de voire fille sur la porte ; alors je serai sûr que vous aurez la complaisance de me répondre; si je ne vois personne, je suivrai mon chemin et tout sera oublié. Ces paroles sortent de mes lèvres avec le chagrin d'avoir démérité l'attention de celle que j'estime beaucoup et qui peut relever son front plus que moi. Adieu; et maintenant à nous revoir à l'heure susdite ».
Le soir, sur les huit heures, après une petite promenade, je m'acheminai vers la rue Rovelecca, et, en y entrant, j'aperçus une jeune fille de belle taille et un jeune homme tournés de mon côté; je passai à droite feignant de m'arrêter et j'entendis cette jeune fille dire : <f N'y entre pas donc! 9 Moi, ignorant son attention (1), je la regardai sans la reconnaître et je me décidai à m'en aller. Sur le seuil du magasin il n'y avait personne; je ne regardai pas même dedans et, à peine passé outre, mon cœur se trouva (2) si soulagé que j'étais mieux qu'auparavant. Au détour de la rue je pris à gauche, lorsque, à une certaine dislance, je vis trois personnes qui venaient en avant, et quand elles furent à une quinzaine de pas, une d'elles, qui était la demoiselle G., se détacha du groupe, vint passer sur le trottoir et lorsque nous nous rencontrâmes, elle me regarda. Une quinzaine de pas plus loin j'entendis une demoiselle dire à l'autre : <r Est-ce lui? » et la réponse f Oui ». — D'une allure dégagée je revins vite chez moi et je me couchai de suite.
Huit jours se sont écoulés ainsi. — Le soir du huitième je passai devant le magasin des G., mais il était déjà fermé,
(1) Encore nn mot employé dans un sens spécial.
(2) Les amoureux comprendront très bien cette nuance délicate d'un sentiment exagéré; — la timidité étouffe l'attraction amoureuse dans c^rtiines gens qui jouissent d'avoir évité une rencontre que pourtant ils convoitaient.