CHAPITRE TREMlEn
iilenieiil il y avait encore de la UiniJère dedans: en entendant !e bruit de mes pas elles éteignirent la lampe, connaissant parfaitement mon allure (!) bien que je l'eusse changée (I?). Pourtant ijuand je passai sous leur croisée j'entendis la jeune fille dire: "Adi'^u.'» — Je suivis mon chemin sans me faire connailre, mais je résolus de tenter une dernière épreuve pour dî-terminer une fin.
Le lendemain matin j'écrivis une nouvelle lettre et je l'envoyai par un garçon en lui disant : * Porte cette lettre à l'épicerie de la rue Rovelccca, et lu diras que c'est une dame de leur connaissance qui l'envoie et qu'elle désire une réponse * . En la lecevanl, madame G... répondit au porteur: •< Pour le moment je n'ai pas le temps, car je dois sortir; reviens dans une de>ni-heure et tu auras la réponse'. Il retourna à l'épicerie à l'heure fixée et madame G... lui rendit la lettre en lui disant: <i Prends, reporte-la, et dis lui non: fais bien allention qti'ihja un billft dedans*. — J'ouvris la lettre et j'y retrouvai mon premier billet; je fis un petit cadeau au garçon et je lui donnai congé. Je voulus relire ces lettres dans la crainte d'avoir mai parlé, mais après lecture je puis assurer qu'il n'y avait pas de fautes. Alors je tombai en proie k une pensée des plus folles; mais songeant que ce serait pour moi une sottise de me chagriner, je chassai de mon cœur tout souvenir et je résolus de ne retourner jamais dans celte rue.
Quelque temps après, comme par instinct et par principe, je voulus y pas-ser. La mère el la fille étaient sur le seuil du magasin; dès que je parus, elles me laissèrent approcher en me fixant, el alors elles dirent: '// vient ici ». — Avec ces conséquences (1) je comprenais très bien qu'elle m'aimait; el je souffrais, mais l'idée d'une conduite pareille me transportail de fureur. Je résolus de quilter la patrie el j'allai à Gcines: c'était le mardi après la Pentecôte de 18C3.
I) Voir U
Mais là aussi me poursuivaient les partisans de madame G..., et je me décidai à retourner dans ma patrie. Au début de l'hiver, mes adversaires recommencèrent à me persécuter. — Je n'avais pas d*amis et je gardais le silence avec tout le monde; j'évitais même de causer avec personne dans la crainte qu'on m'en parlât et qu'on me poussât à me venger (1).
Avec bien de la patience je pus arriver au carnaval de 1866.
— Un soir, désireux d'entendre de la musique, j'allai au théâtre. Personne ne Gt attention à mon entrée, mais huit ou dix minutes après, deux jeunes messieurs vinrent me regarder pour s'assurer si c'était bien moi, et après m'avoir reconnu, ils se séparèrent; un alla à gauche, l'autre h droite; ils s'approchèrent de plusieurs individus leur chuchotant quelque chose à l'oreille et, après, ils partirent. Une fois l'acte de l'opéra, c'était Borgia, terminé, à droite on commença à crier: <r César, César * et à gauche : <r Pointe, pointe; César, César», et ainsi pendant quelques temp. Deux ou trois minutes après, vint un monsieur, qui ressemblait à un des deux, conduisant un enfant, qui sautait et riait de plaisir et il lui indiqua une place près de moi: l'enfant vint occuper l'extérieur de mon banc qui était vide et le monsieur s'en alla. Trois ou quatre minutes après l'enfant se mit à crier: # Mais je ne peux pas! » — A celte infamie (? ! !) j'aurais commis des horreurs, mais voyant que dans ce moment là ce serait une trop grande imprudence, je me tus, feignant de croire que ces oflFenses n'étaient pas à mon adresse.
— Le deuxième acte commença: en même temps arrivèrent quatre ou cinq manants qui prirent place près de moi : le plus intelligent d'entre eux se plaça à mon côté et il cherchait m'entraîner dans quelque dispute sous prétexte de me demander des explications sur l'opéra. Je compris leurs
(1) Voilà pourquoi on ne trouva point de témoins de ses persécutions imaginaires.