CHAPITRE rnKïllER
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COMMÉMrutATlOK du temps pawé en prison et dei i4ves aotlfB.
Mon inlenlion étail rie rester au lit toute le soir, de partir pour la Suisse (1) où je n'aurais plus eu peur de la police, mais, bien que couch(3 depuis quelques heures, je ne pouvais ni dormir ni rester tranquille et je renonçai à mon projet. Voyant que l'aubergiste n'était pas trop d«^sireux que je me soignasse chez lui, j'allai à l'hôpital.
A peine gui^ri, sans même attendre ma convalescence, je partis pour Pavie, où, à huit heures et demie du soir
tme constituai à la police.
A trois heures après minuit, par entremise de la police, fus introduit ici dans la prison de Pavie. J'entrai dans une chambre où étaient déjà plusieurs prisonniers; on me donna une courte paillasse sans oreiller ni couverture, -le me couchai tout habillé, me couvrant de mon mieux avec mon manteau et je m'endormis de snite. Il me semblait, en rêve, voir au dessus de moi une lumière d'où sortait une voix qui disait : 7"" es trahi! Je m'éveillai lorsque le jour commenrail à poindre : un des prisonniers se leva, se débarbouilla et se mit k tricoter des bas; ensuite, l'un après l'autre, tous se levèrent. Ils se promenaient dans la chambre, me questionnant sur mon arrestation. — Je n'avais aucune envie de causer, et pour couper court à toute curiosité je me levai aussi; après m'être débarbouillé el avoir ajusté ma paillai^se, je me couchai de nouveau pour dormir. Voyant que j'étais transi de froid un détenu me jeta son manteau en disant: "Prends, pauvre diable, couvre-toi*.
Vint l'heure de la distribution du pain. Un gardien ouvrit le ficadrello (i) et demanda : Combien êtes-vous? On répondit : if Six, celle nuil en esl enlré un nouveau t. — Il me regarda et me donna un pain comme aux autres.
Peu après vinrent un gardien et un monsieur, qu'ensuite on m'a dit être le Directeur des prisons. Le gardien m'appella pour changer de chambre : je sortis et le Directeur me questionna sur le motif de mon arrestation. Douteux de sa demande je répondis que j'avais fail mes déclaralions à la Police le soir auparavanl, H voulut m'interrompre comme pour me faire comprendre que je pouvais encore revenir sur ma déposition et me dit : t Mais, on prétend que le meurtrier était d'une taille plus haute que la tienne et qu'il avait des moustaches plus touffues >. Impatienté, je tâchai de le dissuader et je pénétrai dans l'autre chambre, le numéro xi.
Les gens qui étaient là m'accueillirent d'un air enjoué et je m'y trouvai soulagé parce qu'ils étaient à peu près de mon âge.
Le jour suivant on vint me chercher pour l'examen. On me conduisit dans une chambre où, après m'avoir fait asseoir, j'eus à souffrir, avec bpaucoup de chagrin, la honte (2) de me voir attacher le pied à une chaîne fixée au mur.
Après quelques minutes d'attente le juge instructeur entra avec son greffier; le juge resta debout; en même temps entrèrent deux messieurs, qui m'étaient inconnus, mais que j'ai su après être des médecins, et qui se placèrent à ma droite en me fixant du regard. Entra ensuite un monsieur que je crois un conseiller: ils se rapprochèrent tous, causant entre eux et se passant le fourreau qui avait servi pour le couteau; un d'eux disait: i( Oui, oui, il devait être moins
(1) liC guichet.
(2) Notez ces expressions qui montrent comment le sens de rhoniieur était vif dans ce malheureux.