‹ L'homme de génieChapitre 125 sur 257 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

long >. Après un court entretien ils sortirent en me jetant un regard bienveillant, mais ils rentrèrent de suite et l'interrogatoire commença.

Aux questions du juge je répondis suivant mes dépositions faites à la Police, sans y rien changer. L'examen fini ils partirent : un gardien vint m'ôler la chaîne du pied et me reconduisit dans ma chambre.

A mon retour, mes camarades étaient dans l'attente, cu«rieux de connaître le résultat de mon examen, mais je n'avais aucune envie de causer et je me couchai en silence. Alors ils se mirent à chanter comme pour me débarrasser de mes pensées.

Le jour suivant, le médecin de la prison me visita : il me tàta le pouls, disant : ^Oh! ce n'est rien, ce n'est rien! ». Il prononça ces mots d'un air fort significatif: pourtant visà-vis des autres je fis semblant de ne rien comprendre (1). Un autre jour que j'avais un peu de fièvre il vint me voir et pour que je comprisse mieux, me demanda si f avais mangé: je répondis tfoui», — ^Beaucoup? m — dit-il, et moi : wOui, beaucoup: alors il ajouta de nouveau : Oh! ce n'est rien, ce n'est rien». Pourtant le médecin soupçonnant que je ne comprenais pas, profita du professeur Scar..., qui, un jour, sur le soir, simulant une visite aux prisonniers, entra dans ma chambre et fit demander par le gardien qui l'accompagnait si quelqu'un voulait se faire visiter.

En entrant dans la chambre, le professeur ne me regarda point, feignant de ne pas me connaître : je m'avançai alors pour me faire visiter la gorge : il me regarda, et, pour dire quelque chose, à cause des autres, il me dit: «tAh!

(1) On commence ici à voir comment, à la saite d'une antre hallncination ptychiqae, il entrevoyait dans les médecins de fervents défenseurs avec la même erreur qui lui faisait voir des ennemis ou des amoureuses dans des personnes quMl ne connaissait point. On doit à cette erreur qirii 8*onvrit complètement avec les experts pendant qno, incm(^ avoc ses camarades et avec ses amis, il ne le fit Jamiis.

c^esi une dent gâtée »; ce qui n'était pas vrai; mais, après, pour me faire comprendre avec plus de certitude il ajouta: f Ce n'est rien, rien » et s'en alla aussitôt, certain que j*avais compris.

Au commencement j'étais assez tranquille et j'attendais un bon résultat. Les médecins venaient m'interroger sur tout ce qui me concernait et eux aussi laissaient entrevoir mes espérances.

Un jour, pourtant, une visite des mêmes médecins me donna des soupçons, car ils firent appeler dehors, un après l'autre, deux de mes camarades et les questionnèrent sur ce que je faisais et disais. Enfin on me fit sortir aussi, et, tout en me faisant promener dans le corridor, on me fit causer pendant une dixaine de minutes.

Comme tous les soirs on faisait une visite, on me conseilla après cette visite de faire le fou, et je suivis le conseil plus que ma propre volonté, car je comprenais bien que c'était pour abréger les conséquences.

Je commençai donc par faire des sottises à la visite de minuit. A l'entrée des gardiens de ronde je me levai sur mon lit comme surpris et, m'adressant au soiîs-chef qui était resté sur la porte, je lui demandai <r si mon oncle n'claii point venu me chercher parcequc je voulais m'en aller et que fêlais d'intelligence avec lui». — Ne s'attendant point à ma sortie, il me répondit simplement : « Seulement demain» — et moi : <r Non, non, nous sommes d'accord qu'il doit venir à présent». — Il ne dit plus rien; le gardien qui tenait la lampe s'approcha et me regarda atlentivemenl : je fixai la lumière en me frottant les yeux comme une personne surprise dans son sommeil.

Le lendemain vinrent les médecins, ils me firent promener dans le corridor en me questionnant beaucoup. Je répondais de mon mieux par des balourdises (1). Mais de

(l) Notez cette curieuse description de ses tentatives de niinulation de folie.

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