‹ L'homme de génieChapitre 126 sur 257 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

toutes leurs paroles je compris qri'ils me donnaient espérance de succès.

Dans ces jours-là je remarquni que mes camarades, au réveil, se conlaîent leuis rêves de la nuit el que quelquefois ils se réjouissaient en disant qu'ils étaient bons. Je leur disais: 'C'est de la sottise de croire qu'un rêve puisse pmiire qwlque chose de nos affaires ». Mais un piisonnier me raconta un rêve qu'il avait fait autrefois et qu'un compagnon plus vieux avait expliqué comme étant bon, disant qu'il sortirait bientôt mais qu'il eût à se tenir sur ses gardes, parce qu'il était en danger d'y revenir. L'explication se réalisa: il sortit le lendemain, mais vingt-quatre jours après il était de nouveau arrêté,

Cest pour cela que je fis attention aux miens (1).

Dans mon premier songe je vis un jardin oi*! tombait de la neige : le malin, l'interprétation fut qu'on était en train d'éptucber mon dossier. Mais je croyais autrement.

Trois fois de suite je rêvai de grandes quantités de neige et ce lait me frappa.

Dans un antre songe je me trouvais sur les bords duTessin qui débordait. J'étais sur un plancher et l'eau passait dessous : je tenais dans mes bras une petite fille qui avait les mêmes yeux que la demoiselle G..., et qui me regardait fixement. Je la portais avec plaisir: je passai le pont et je me trouvai dans une rue oi!i était une épicerie: madame G... était là el je lui remis la petite fille.

Une autre fois je rêvai d'être dans un potager presque détruit: deux arbres étaient étendus prés de moi. Ma cousine était là; je lui donnais des pincées, mais elle ne disait rien. — Après, je voyais beaucoup d'oiseaux grands et

It) Vof b lei comnipotlii forco de l'imitation jointe à lu (grande inflnence (]a8 Im rares ont, par lear vltacité même, Bur lus Tons, HiriTe à troaljler ■•■ur ralHinneiuent qni les porter;iit plutôt à ne lear accorder ancane imtvirUncc, — C'eat par le in^mo pbËDOméne qne Cardnu, qui ne croynit pas iiiix H.ilnta, Htait cependant ii'-rsnïdi! d'i'tre hanti' par un gËnie.

petits, il y en avait aussi par terre; j*en ramassai un très gros qui semblait mort, mais une fois dans mes mains il cherchait à s'envoler, pourtant, si je le caressais, il se tenait tranquille. En me retournant je vis la maîtresse de la maison qui me regardait; je lui donnai Toiseau : elle le prit en me souriant et je m'en allai.

En dernier lieu je me trouvais dans la même chambre que j'occupais à ma sortie de l'Hospice des Orphelins: j'étais appuyé au lit, la tète dans les mains. Une Temme parut à une petite croisée et, faisant passer son bras, me présentait un paquet d'habits, m'engageant à les prendre pour m'habiller en fou. A cette vue je voulus crier, mais je ne pouvais pas : elle insistait. Oppressé je faisais des efforts pour faire sortir ma voix, mais elle était comme étranglée dans mon gosier. Enfin je m'éveillai en criant: Non, Mes compagnons me demandèrent ce que c'était, et alors je me réveillai complètement.

Pour le reste, mes journées passaient encore assez bien; mais un jour on fit sortir un des détenus qui étaient dans ma chambre pour le remplacer par un autre. La vue du nouvel arrivé, dès son entrée, me produisit l'effet du choc d'un ennemi. Et c'était vrai.

J'avais l'habitude d'échanger quelques mots légers insignifiant avec le chef et le sous-chef, quand ils venaient en visite. Il s'en aperçut et me dit: <r Tant que les choses iront comme ça,., », comme pour dire : « lu seras en balance >».

Je faisais l'indifférent à sa prérogative (1), mais il s'emporta de présomption me faisant connaître qu'il était dans les mains des Italiens et me dit : <r Toi aussi tu e^ dans les mains de tes bourreaux! » — f( Bourreaux! et pourquoi? repris-je, est-ce qu'il n'y a pas une justice? » — ir Justice! ajouta-t-il en riant, il faudrait que vinssent les Allemands, alors, oui, il y aurait de la justice». — ir Est-ce que VAu-

(1) Voir les notes précédantes sur les paroles spéciales.

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