CHAPITRE II
pour exprimer ses idées nouvelles. La griffe du lion, le bec de l'aigle, la langue du serpent, Téclair de la foudre, les armes du sauvage, les rayons du soleil, étaient plus dignes de lui et plus propres à entourer sa personne de respect et de crainte.
Et il ne s'agit pas ici d'un fait isolé. — Un cas semblable est rapporté par Raggi dans son excellente étude sur les Écrits des fous.
Le professeur Morselli vient de m'en fournir un autre exemple encore plus intéressant.
Le malade A. T..., m*écrit-il, était menuisier-ébéniste; il sculptait sur bois avec beaucoup d'adresse et ses meubles étaient assez prisés (1). Il y a à peu près sept ans, il fut atteint d'une maladie mentale; une lypémanie, parait-il; il tenta de se suicider en se précipitant du haut de l'hôtel de ville.
A présent il est sujet à des accès d'agitation avec délire systématisé : il y a prédominance d'idées politiques, républicaines, anarchiques sur un fond ambiireux. Il se croit transformé en quelque grand criminel : tour à tour il se dit Gasparone, le Passalore ou Passanante.
il passe son temps à dessiner ou à sculpter sur bois des trophées, des figures allégoriques.
Une curieuse sculpture sur bois, représente un homme habillé en soldat, avec des ailes, placé sur un piédestal travaillé en marqueterie et orné d'inscriptions et de mots allégoriques. Celte petite statue est entourée d'autres sculptures, et chacune d'elles est l'expression emblématique de ses idées délirantes. Les ailes rappellent qu'avant de devenir fou, il vendait, sur la place publique de Porto Recanali, ses propres travaux, et entre autres, des anges sculptés, à un sou la pièce : — la médaille de l'ordre du cochon, est un signe de mépris qu'il voudrait attacher à la poitrine de
(1) ArcJiivio di P. ichiatria p Scienze PenaH. Toriiio, 1881.
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tous les riches et de tous les puissants de la terre: — le tasque avec une lanleme pendue à la visière (qui rappelle les brigands d'Offenbach) est le symbole des carabiniers qui l'ont conduit à l'hospice; — le cigare mis de travers (notex la position) représente son dédain pour les rois et les tyrans; — Valtiiude de la jambe rappelle la fracture qu'il se fit en voulant se suicider.
Les inscriptions du piédestal sont des fragments de poésies ou de journaux que T... répète souvent et auxquels il donne une signification mystérieuse, toujours en rapport avec l'esclavage qu'il subit à l'hospice et avec les représailles qu'il exercera ensuite.
Mais le plus remarquable c'est le trophée placé sur la tête de la slaluelle (1). C'est l'expression, pour ainsi dire, graphique d'une chansonnette (3) qu'il a reconstituée sur dau-
(1) Voir Planche IXe, Fig. 1.
(2) Voici la chaDSoimette recoiii^titaée le mieux possible snr Pautog^raphe de Tauteur:
« T'amero ».
CAX20XETTA.
« Un veleno ho préparât© Due pugnali tengo iii scno :
Questo viver disgraziato Fiairà una volta almeno.
T'amerô fiuo alla tomba
E anche morto Tamerô.
» La campana lamentosa Sonera la morte mia, Ed allor tu udrai curiosa Quella funèbre armonia.
T'amerô ccc. ccc.
» Una lunga e mesta croce fprocessionej Nella via vedrai passar; Ed un prête sulla força Miserere recitar.
T'amero ecc. ecc.
CIIAP1THE ri .SCI
s poésies populaires. Chaque phrase dtî In chanson a un i iymiiole dans le trophée, .\insi pour la première stance, le I mol poison esl ropn5sent(5 par une coupe: on voit aussi les ' ileax poignards : — la/ïH dr la nie el le Inmbeau soni figurés I p:ir une espèce de sarcophage on de caisse fermée; — Vanoar par deux petits bouquets de (leurs. Pour la seconde I slance, la cloche est reproduite telle que; — Vkarmonie funèbre par deux trompettes croisées, en bas. La croix et le prêtre (im chapeau de prêtre) de la irotsième ne sont point oubliés. Pour compléter le trophée il ne manque que la potence. Je note que la cmller et la fourchette sont les armes préfériîes de T... Ils veulent dire qu'il mange et boil en esclavage ou, comme il le déclare, en galère; el c'est pour cela qu'il porte toujours un couvert de bois, fabriqué par Iiii-tnême, k la boutonnière de son babil, on h son bonnet. Ici nous rappelons encore que c'est précisément en associant les dessins à la poésie que les sauvages Iransmetlent leur histoire.
H. Minuties. — Les monomanes pièsenlont le caractère opposé: i'esagération des détails, des particularités, des ioliaiments petits, au point qu'ils arrivent h l'obscurité à force de chercher l'évidence. — Ainsi dans un paysage exposé parmi les refusés au salon de Turin, non seulement on voyait la campagne, mais les biins d'iicrbe mêmes se distinguaient les uns des autres. Dans un autre tableau qui devait être grandiose les traits du pinceau ressemblaient à des hachures au crayon, (Voir Planche X. page UOâ).
c poi(çiinrils je tiens dm
• Vil poison i"iii jirèparo, - Mtte rîe dûsespfirfc — finira bean — et mort je t'aimerai eucorc.
■ Ln d<)«li(i tiigubre — sonnera lo fln Aa m» vie, ciirieaB<>, — cette fDrièbre harniomc. — Je t'aimerni
• lîne longue et triste croix fune pi'oenision} dans In rue ta
l'aimerai jusqu'an lom- — ta (■ntendnw. toi t\
etu.
n potence — le
réciter
-Jefai