CHAPITRE IJ
9« Atavisme. — La minutie et le symbolisme sont déjà Iftp^^ pJhénomènes d'atavisme : mais, dans d'autres peintures, ij^ronie dans celle que je reproduis (1), on en remarque une pl^eofe de plus, dans le manque absolu de prospective, pen- I que Texéculion du reste prouve que son auteur ne point de sens artistique. On le dirait un peintre îste élevé en Chine ou dans l'ancienne Egypte. On enoit ici une sorte d'atavisme explicable par Tarrêt de loppement d'un organe auquel correspondent des proîs plus arriérés.
Un capitaine français, paralitique, dessinait des figures roides comme les profils égyptiens; un mégalomane pédéraste de Reggio exécuta un bas-relief colorié, dans lequel les grandes proportions des pieds et des mains, et la petitesse des visages, la roideur des articulations, rappellent complètement les ouvrages du treizième siècle (2). A Gênes un aliéné fit sur des pipes et des pots des bas-reliefs exaclemeDi semblables à ceux de l'époque de la pierre polie. Baggi m'a envoyé des silex travaillés par un monomane, tièrement ignorant en fait d'archéologie, qui répèlent ab- Dienl, dans le choix des figures et des emblèmes, toute la ière des amulettes des Égyptiens et des Phéniciens (3). Dans ces faits on voit l'influence des conditions psychiigBteS' semblables.
L 10» Arabesques. — M. Toselli m'a fait remarquer, chez pluliieurs fous, une singulière prédilection pour les arabesques ^«lles ornements de formes presque géométriques, mais ce- ^^pdanl élégantes: il s'agit de monomanes: parce que dans iJet déments et les maniaques prime une confusion chaoliqfie, qui n'est pas toujours privée de goût, comme je l'ai
<1) Voir la Planche X», page 302.
18) Voir la Planche VIII«.
8> Voir la Planche VIII'.
SM TmOiSIÈME PAITIE
TU dus uoe espèce de navire» exécalé avec de pelitt t bnllants. très fims, eatrebcés de mille faeoos, et d*me 1 nure assez gractease.
11. Of^oêmité. — Dans plusieurs ouvrages des érotiMB des paralvtiques et des déments, le caractère marquA rohscênité la plus dévergondée. — Cn ébéniste figurai angles de ses meubles, â la pointe des arbres, des i bres virils, tendance qui rappelle certains travaux des vages et des anciens, dans lesquels les organes sexni montrent partouL — Un capitaine de Gênes dessinai quemment des scènes de lupanar.
Chez beaucoup le caractère obscène est dissimulé SOG prétextes singuliers, comme s^il s'agissait d'exigenec tistiques. Un prêtre monomane croquait des figures et ensuite, avec beaucoup d'artifice, les habillait de El laisser entrevoir leurs parties génitales; il se défendai critiques en répondant que, seules, les personnes qui i la malice partout pouvaient trouver du dévei*gondage ses figures; souvent il dessinait un groupe formé par hommes qui jouissaient d'une femme en même temps; d'eux était habillé en prêtre (1).
M..., dont nous avons vu les vei^ étranges et soi très beaux, les illustrait avec maints barbouillages r sentant des animaux de formes extravagantes aux p avec des hommes et des femmes, des moines et des gieuses nues dans les poses les plus effrontées (i).
Chez d'autres, l'obscénité est, si cela est possible, ej plus manifeste, particulièrement dans les déments p2 tiques. Je me rappelle un vieillard qui, sur l'adresse de très à sa femme, dessinait une vulve, ornée de disti obscènes en dialecte.
'î, Voir l.i Planche VII .
Fil
<}emi-hérotiques de monomanea.
CHAprntE !i 305
Une curieuse conformilé d'instinct se rencontra chez deux •rlistes, l'un de Turin, ratilre de Reggio. Us avaient le même peDchanl h la sodomie qu'ils fondaient dans l'idée délirunle de se croire Dieux, maîlres du monde qu'ils avaient créé et émis par l'anus. L'un d'eus, qui pourtant jouissait d'un vraj sens artistique, se représenta en pleine érection, nu parmi des femmes, excrétant des mondes, entouré de tous les symboles du pouvoir. C'est la répélîlion et l' explication du Dieu Ilhyphatlus des Kgyptiens (■!).
13. Criminalité et folie morale. — 11 est imporiant de noter, ici. que dans le plus grand nombi'e de ces artistes, aux autres délires s'ajoutent la folie morale et un pendiant très marqué à la sodomie. — Le peintre du tableau Jl délire! Ci) était un pédéraste. ■
L'auteur du merveilleux modèle de l'bospice de Bcggio, dont j'ai parlé, n'a jamais été dessinateur, ni sculpteur, ni ingénieur: c'était un l'on, voleur par surcroît, avec des tendances contre nature. Quand le caprice le prenait, it se sauvait de l'hospice; vagabondait quelques Jours avec le peu d'argent qu'il possédait et volait; aussitôt l'argent fini : emprisonné, il déclarait ce qu'il était, c'est-à-dire un fou, se faisait absoudre et reconduire à l'hospice, sauf à répéter son coup quelque mais après.
Le docteur Tamburini me disait qu'il avait aussi été frappé de la coïncidence du penchant artistique et de la folie morale chez ces malades.
13. fnutililé. — Un caractère commun i'i beaucoup de travaux d'aliénés, c'est leur complète inutilité, — et ici je rappelle encore les vers de Jlécart :
11) Voir In rlanohp (îl Viiir a lu page n
TROISIÈME TAIITIE
■ C'est le IraTSll dei fous d'dpaiaer Icuts cervelles Sni des riena fatigauts. sur quelques bagatelleB(l| >.
Une gônevoise, M..., atteinte de monomaoïe de la penécution, consomma des années à travailler des écailles d'œub cl des citrons, travaux qui, bien que très beaux, ne pouvaient être utiles à sa renommée, car elle les tenait jalousemcnl cachés. Moi-même, à gui pourtant elle êtaîl très affectionnî-c, je n'ai pu les voir qu'après sa mort.
Il y a ici, comme dans les artistes de génie, l'amour du beau pour le beau; seulement, le but est reuversé.
Parl'ois ce sont des travaux li'és utiles, mais sans aucun avantage pour leurs auteurs et sans rapport avec l'iM qu'ils esercenl.
Ainsi un capitaine, devenu fou, me présenta le modèle dun lit pour les furieux, lequel, je crois, serait très util* dans la pi'atique. — Deun aliénés exécutèrent ensemble,, avec des os de bœuf, des boites d'allumettes ornées de ba»* reliefs bien gracieux, et ils n'ont point voulu les céder pour de l'argent.
Il y a pourtant quelques exceptions. — Un meurtrier, suicide, mélancolique, voyant que les couverts on métal lui étaient défendus, se façonna avec des os, restes de son dîner, une cuiller, une fourchelle et un couteau qui lui servaient très-bien. — Un sommelier, mégalomane, de Collegno, inventa des liqueurs excellentes avec les restes les plus divers des alimenls. — Un maniaque criminel, avec de petits morceaux de bois joints entre eux, se construisit une clef. — Je ne mets pas dans ce nombre ceux qui s'apprêtèrent de vraies cuirasses en fer et en pierre, travaux en relation avec leur délire de persécution el qui nécessitèrent un labcirr disproportionné aux avantages donnés.
(1) Ite*K
Ouvrage uité.
ciîAPiTnE II au/
14. Folie ]ioHr sujet. — Ue;iucoup clioisissenl souvent la folie comme sujet de leurs tahicaux.
Le professeur Virgilio me fournît ce curieux portrait d'un aliéné au moment de liiccès : — les yeux roulants, les cfaeveux roides, les bras lundu;;, et entre ses pieds comme épigraphe les mots: 'Il ddtrejn. — C'est l'œuvre d'un ptSdérasle alcoolique.
Je crois que, dinicilcmenl, un peinire sain pourrait saisir la physionomie du délire avec tant d'évidence. Je rappelle ici la tendance si souvent remarquée parmi les poètes des asiles d'aliénés de décrire la folie, qui est aussi le thème
SOy TROISIÈME PAÏITIE
favori des gi'ands potjlcs malade?, le Tasse, Lcnan, Barbara, Musset, etc.
Le premier travail de Mancini, après sa guérisoD, eut pour sujet «ne femme qui vend un tableau ftiil parwn fou; Gill à l'hospice de Sainte Anne peignit un maniaque fb* rieux d'une vérité poignante, (Magnan),
15. Absurdilê. — Naturellement un des caractères les plus saillants de l'art dans les fous est l'absurditiî, soit dans les figures, soit dans le coloris. — Ce caraclî're est particulièrement notable chez les maniaques, grâce h l'associalioa d'idées exagérées, qni supprime les passages intermédiaires, propres à expliquer et à compléter la pensée de l'auteur. — Un peintre exécuta une Noce de Cana, avec toutes les figures bien posées, maif, à la place du Christ, il mit un gros lionquel de fleurs.
Les paralytiques prêtent aux olijcls des proportions «• travaganles : des poules grandes comme des chevaux, des cerises grosses comme des melons; ils prétendent perfectionner le dessin et n'aboutissent qu'à une exécution enfantine. Un d'eux croyait rivaliser avec Vornet et il des-^inail les chevaux avec quatre traits et une queue (1), Un autre faisait les figures au rebours.
Des aliénés déments, amnésiques, laissent de cBlé le» points les plus saillants de leur pensée, comme Itfac... qui peignit exactement un général a<;Ris; mais oublia le siège. (Frigerio).
16. Imilalion. — Plusieurs ont du succès dans les imitations, tandis que dans le reste ils ne produisent rien; paf. exemple, ils copient la larade de l'hospice, des têtes d'i nimaux, avec l'exactitude raffinée du détail qui caractéris* l'art primitif. — Dans ce genre j'ai souvent vu réussir le»
1) SrsoK. Ouvrage citÉ.