CHAPITRE II
Que peut' il y avoir de plus naturel que, dans les conditions où les émotions sont plus énergiques et si souvent atavistiques, comme dans la folie, ces tendances se reproduisent dans une plus large mesure ?
C'est ce qui explique comment, parmi les génies aliénés, les maîtres musiciens abondent : Mozart, Lattre, Schuhmann, Beethoven, Donizetti, Pergolése, Fenicia, Ricci, Rocchi, Rousseau, Haendel, Dussek, Hoffmann, Gluk, Petrella(l); car la création musicale est la plus subjective, la plus liée aux sensations affectives, celle qui a le moins de rapports avec le monde extérieur parmi toutes les manifestations de la pensée, ce qui lui rend plus nécessaires les fortes mais épuisantes émotions de l'inspiration.
II se pourrait que l'étude des caractères de l'art dans la folie, ^ outre qu'elle nous dévoile sous un nouveau jour ces mystérieux malades — aidât l'esthétique, ou tout au moins la critique artistique, à comprendre que la prédilection exagérée des symboles et des détails, si exacts soientils, la complication des écritures, l'exagération systématique de certaines teintes (et personne n'ignore qu'il y a actuellement un de nos peintres de génie q,ui pèche, et beaucoup, sous ce rapport) le choix de sujets lascifs et l'excessive originalité elle-même tombent dans la pathologie de l'art.
(1) II y a déjà bien des années que le docteur Arnaud Bargoni m'avait (ait remarquer Tabondance des grands maîtres de la musique parmi les fous. — BCastriani a aussi publié sur ce sujet un article remarquable dans le Roma de Naples, en 1881.