CHAPITRE III
Théologie 82
Prophéties (illnniinés) ... 44
Philosophie 36
Politique 28
Poésie, drames et comédies . 9
T^îinjrues, grammaire ... 8
Littérature erotique .... 5
Hiéroglyphes 3
Astronomie 2
Aéronautique 2
Chimie
Physique
Zoologie
Stratégie
Chronologie
Hygiène
Pédagogie
Archéologie
Pendant que la poésie prédomine chez les fous (v. d.) la théologie, les prophéties l'emportent chez les mattoïdes; plus bas se suivent les sciences d'autant plus incertaines et incomplètes qu'elles sont plus abstraites, ainsi que l'attestent le petit nombre des naturalistes, des mathématiciens; il est utile de signaler le petit nombre des athées représentés par 3 seulement dans un si grand fourmillement de théologiens et de philosophes (162!). — En revanche, le spiritisme est en si grand honneur parmi les mattoïdes que Philomneste renonce à en cataloguer les trop nombreux traités.
Tous les thèmes sont bons pour les mattoïdes, même ceux qui sont le plus étrangers à leur profession et à leurs occupations ; mais pourtant on les voit choisir de préférence les plus bizarres, les plus incertains, ou les plus insolubles: la quadrature du cercle, les hiéroglyphes, l'explication de l'Apocalypse, les ballons volants, le spiritisme, ou bien ceux qui sont le plus en vogue, ceux qu'on a coutume de désigner comme la question à la mode. Au sujet de ce Démons déjà mentionné, Nodier disait : «c Ce n'était point un monomane, bien au contraire; c'était un fou à facettes, — toujours disposé à répéter toute étrangelé qui lui venait aux oreilles, un rêveur caméléon, qui réfléchissait follement les couleurs du moment (1)». Ainsi, à l'époque de nos grands déficits, on trouvait, par douzaines, des restaurateurs des finances, qui proposaient tantôt les
(!) Phii.omwkste. Les foiis litu^raires. 1881.
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assignats, tantôt la spotialion des richesses des juifs el prêtres, tantôt des emprunts Coicês; plus tard, vint la question sociale et religieuse (Passanante, Lazzarelli, Bosisio, CiaDchetllni); aujourd'hui est venue sur le tapis la question de la pellagre.
Nous avons par exemple Pari, ijui décoiivic la cause de la pellagre dans certains champignons, lesquels du haut des cabanes sales tombent sur les aliments des paysans et les rendent malades. La preuve est évidente; photographiez la coupe d'une cabane et puis placez-la sous le microscope; et vous y trouverez au moment de l'expi^rience les champignons en plus grande quantité que dans les maisons de paysans exemples de pellagre.
Mais pourquoi ces champignons produisenl-ils la pellagi-e? C'est très-simple: les champignons conliennenl la funginai' cette dernière brûle à 47" (sic). Or, quand la température est à 13" el le corps A 32° (sic), les deux quantités de calorique s'ajoutent l'une à l'antre et nous... brûlons. Et voilà pourquoi les pellagreux présentent des bi'Alurcs solaires ! I
Il est remarquable que, chez presque tous, Bosîsio, Cianchellini, Mangione, De Tommasi, B,.., les convictions exposées dans les écrits sont très tenaces. Ils sont aussi absurdes et prolixes dans leurs écrits qu'ils sont sensés et prudents dans leurs réponses orales; ils vont jusqu'à repousser par de simples monosyllabes les objections qui leur sont faites, et à expliquer leurs propres bizarreries avec assez de ton sens, el souvent avec assez d'adresse, pour que leurs chimères paraissent des traits de sagesse; ils en sont quittes pour épancher plus tard leur folie en kilogrammes de papier.
K Le gardien est 1» vraie sentinelle du peuple, el le gouvernement c'est la liberté, la circulation de la presse », telle élait une sentence de Passanante. qui resserable à une logomachie, mais lui-même l'expliquait aux experts dans ces termes: «La liberté de la presse, la libre circulation
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des joui'uaux constituent la surveilliince des droits du peuple », — Quand je demandai h Bosisio pourquoi iJ portail liizarremenl des sandales cl se pronicnaiL en plein juillet la lêle découverte el demi-nu, il me ii^pondit: i Pour imiter les Romains, et pour l'hygiène de lal^le, et aussi pou rappeler par un signe exl<5rieiir l'attention du public sur mes théories. M'amiez-vous arrêté si je n'avais été ainsi accoutré? » D'ailleurs les malloïdes, précisément à l'inverse des hommes de génie et des aliénés, sont liés par une sympathie d'intérêt, et surtout par la haine de l'ennemi commun, l'homme de génie; ils forment une sorte de Franc-maçonnerie d'autant plus puissante qu'elle est moins régulière, parce qu'elle est fondée sur le besoin de résister au ridicule commun qui les envahit inexorablement partout, sur le besoin de déraciner, ou tout au moins de combattre cette antithèse naturelle qui est pour eux l'homme de génie: el pourtant, en se haïssant muluellenient, ils se rendent solidaires l'un de l'autre; et s'ils ne jouissent point de leurs triomphes réciproques, ils jouissent au moins des victimes réciproques qui ne leur manquent jamais; car, ainsi que nous l'avons vu, entre le maltoïde el l'homme de génie, le vulgaire n'iiésite point ii sacrifier ce dernier: encore aujourd'hui beaucoup de praticiens ne se moquent point des dosimélriciens cl rient de rhomcopalhie; les foules académiques ont encore des rires pour Schlicmann et Ardigô, tandis qu'elles ne se sont jamais raillées de l'archéologue P. Secchi. On peut encore le voir par les adresses emphatiques el insensées envoyées à Coccapieller et à Sbarbaro par beaucoup d'individus qui étaient plus fous que leurs idoles (1).
|1) « Arei-Tons remawjriiî, écrit HnjDrrrJarJi. ii,58) en purlsnt dnii iimUuJJL'ï. dos nitC", comme U les a|ii>elle, (><ininte ce* gens-ln te clinrcbmt dniiB ?ari» comme Us s^attirent, comme lis se gronpent, ayant ka nneH psr les aiitres. leur» plnintes, lenïs eiijtences, leurs vanités oiBivM ot Bt^rilc»; pIoin^ pu réitlité. d'un mépris mutuel, ib se fout une giilerle complftlsaute, adnilratire, en debora de la qni.'llo il n'y i ponr eux que lo vide >.
Et voilà pourquoi, malgré Textension du suffrage universel sous la République Romaine, il n'est jamais venu à la pensée de la foule en 1849 d'envoyer Ciceruacchio au Parlement. Ciceruacchio était grossier, mais non maltoïde.
Un caractère qui distingue les mattoides des criminels et de beaucoup d'aliénés, c'est une sobriété allant jusqu'aux excès des cénobites. Bosisio se nourrit de polenta sans sel; Passanante de pain seulement; souvent aussi Lazzarelti se contente de quelques pommes de terre; Mangioni vit avec 13 sous par jour, de pois, de haricots, de riz, etc. Ce fait est explicable : ils trouvent un aliment et un réconfort suffisant dans leurs élucubrations bizzarres (1); tel est le cas des ascètes et des grands penseurs; d'ailleurs, pauvres, il préfèrent consumer le peu qu'ils possèdent pour atteindre le triomphe de leurs idées plutôt que pour satisfaire leur ■ propre estomac; d'autant plus que presque tous, Cianchettini, Bosisio, Fus... et Mangioni ont été très honnêtes et rangés jusqu'à l'excès; ils tenaient compte même de bribes de papier écrit et les cataloguaient avec un ordre singulier.
En somme, de tels hommes, fous certainement dans leurs écrits, et souvent à l'égal des malades des asiles, le sont
(1) Mai8 parmi c?8 groupe» tapî^geiirs iiui s'en allaient frédonna:»t, déclamant, discutant encore, personne ne prenait garde au froid sinistre de la nuit ni au brouillard humide qui tombait. A l'entrée de l'avenue, on s'aperçut que l'heure des omnibus était passée. Tous ces pauvres diables en prirent bravement leur parti. La chimère aux écailles d'or éclairait et abrégeait leur route, l'illusioa leur tenait chaud, et répandus dans Paris désert, ils se tournaient courageusement aux misères obscures de la vie.
L'art est un si grand magicien ! Il crée un soleil qui luit pour tous comme l'autre, et ceux qui s'en approchent, même les pauvres, même les laides, même les grotesques, emportent- un peu de si clialeur et de son rayonnement. Ce feu du ciel imprudemment ravir, que les ratés gardent au fond de leurs prunelles, les rend quelquefois redoutables, le plus souvent ridicules, mais leur existence en reçoit une sérénité grandiose, un mépris da mal^ une grâce î\ souffrir que les autres misères ne connaissent pas. Daudet, Jach^ 1, p. 3.
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assez peu dans les acles Je l'existence, où ili; se nionlrent pleins de bon sens, de fourberie et même d'oiJre. C'est pourquoi il leur arrive te contiaiie de ce qui se produit chez les véritables génies, ccux-l,'! surtout qui sont inspirés par la folie, el qui sont presque tous d'autant plus habiles dans leur vie litléraiie qu'ils le sont moins dans l'esistcnce pratique.
On s'explique par 16 comment beaucoup de ces auteurs de bizarreries médicales sont des praticiens très renommés. Parmi eux, trois sont directeurs d'hôpitaux. L'auteur du Scotlatinge est capitaine et commissaire de guerre. Un autre, inventeur de machines presque préhistoriques, et d'écrits plus qu'humoristiques, occupe une Tonction qui l'expose à des contacts continuels avec des hommes cultivés qui ne l'ont jamais suspecté de folie. Cinq sont professeurs, deux appartiennent à l'Université, trois sont députés, deux sénateurs, il en est un qui est conseiller d'Éial, un autre est conseiller de Préfecture, un autre est conseiller de la Cour de Cassation, trois sont conseillers provinciaux, cinq sont prêtres, presque tous sont âgés et respectés dans leur carrière, Fiécol était maire d'Ilcsioup; Leroux, Asgill ont été appelés au Parlement.
Les mattoides théologiens, Morin, Lebraton, Jorris, Vallé (18 ans), Vanioi furent si bien pris au séiieux qu'ils furent, hélas!... brilles vivants; Kehier fut même décapité pour avoir seulement corrigé les épreuves de .lorris.
Nous verrons, dans le chapitre suivant, que beaucoup d'autres, Smith, Fourier, Kleinov, Fox, trouvèrent des partisans fanatiques.
Ce calme, malgré la ténacité dans une idée délirante, qui les dislin^'ue des fous plus communs, peut cire observé aussi chez les monomanes, dont il forme même le caractère le plus marqué; et il n'est point rare de le constater dans quelques stades de l'ivresse. ,
THOISIëUE l'AflTIE
Mais préci-sémenl comme chez les premiers, aîn^i cties les malloïdcs, le calme cesse parfois loul d'un coup el donne lieu à des roniies impulsives el au délire, surlout sous l'aiguillon do la faim, de la passion irritée, ou dans le retour des diverses névroses gui accompagnent la maladie et souvent l'engendrent, comme chez Cordiglîani et Mangîone. C'est pourquoi il est utile de remarquer que plusieurs soot sujets ?L des symptômes qui indiquent la préexistence d'altérations dans les centres nerveux. Giraud et Spandri oali des convulsions aux visages et un abaissement du sourcil droit avec plosis .'i droite; on a trouvé l'ancslhésie clies Laz-' zarelti, Mangioni cl De Tommasi; de courts délires chei Cordigliani. — P.., jeune garron distingué, devint matloîde, seulement après le typhus. — Kulman devient prophète après une maladie cérébrale, à 18 ans. — A cause des ces éclaU impulsifs, de tels cas deviennent 1res importants aux yeux des m(^decins légistes, lesquels, ne trouvant de cas semblables dans aucune des formes pbrénopalbiques les plus connues, concluent, souvent d'une manière erronée, k la simulation, ou à la santé d'esprit. Ces mêmes cas importent plus encore aux bonimes d'état, car en ne pourvoyant pas à temps à rinternemenl de ces malades, beaucoup plus risibtes, il est vrai, tout d'abord, qu'ils ne sont redoutables, ils s'exposent à des dangers peut-être plus grands que s'il s'agissait des fous véritables, lesquels se dénoncent îmmi^ dialenienl eux-mêmes et, par là, donnent le temps el les moyens de se mettre en garde contre eux.
Il existe une variété beaucoup plus dangereuse de cesgraphomanes : c'est la forme connue sous le nom de nurnù des procès.
Les individus qui en sont atteints ont un besoin coolinuel de poursuivre Juridiquemenl les autres personnes, loul en' se disani, eux-mêmes, persécutés; ils déploient une aclivilA