‹ L'homme de génieChapitre 146 sur 257 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

B voit point l'issue et qui a arrêté l'atLËiHion Je Mallhus, me Tait songer à ce roi Midas, qui, éperdument épris de Tor, implora la Divinité pour que tout ce qu'il toucherait se changeât en or. Le Dieu y consentit; mais les premiers transports de sa joie, quand il vit s'accomplir sous ses yeuï la merveilleuse transmutation, furent bien vile suivis de consternation, de tristesse, el de désespoir; car ses aliments mêmes se changeaient en or, et il se vit condamné par luimême à moui'ir de faim >.

Je ne crois point qu'il y ail d'exemple qui atteste mieus l'existence d'une vie psychique très active, puissante et en même temps malade, en un point donné et en un seul point. — Ceui qui connaissent les écrits de Cl. Royer et d'A. Comte ne trouveront de vraiment folles, dans toutes les idées de Bosisio, que celle de ne point manger de sel, qu'il justifie mal par l'observation des sauvages sains et robustes, sans l'usage du sel, el sa haine des chemins de fer qui gâtent le globe, ainsi que son habitude d'aller vÊtu à la légère. Bien plus, il justifie très bien ces dernières bijmrreries par le souvenir de la simplicité romaine et par l'observation, en partie fondée, qu'ils aident à mieux conserver ses cheveux; d'ailleurs, il observe avec raison que, s'il n'adoptait point cet étrange costume, il ne pourrait poînl attirer l'attention publique sur sa personne el par là sur ridée qu'il tient à défendre. « M'auriez-vous arrêté en pleine rue, et interrogé sur ma doctrine, me dit un jour ce nouvel Alcibiade, si je ne m'habillais de celle manière? C'est une réclame pour mon apostolat que je fais ainsi â mes frais >.

Un véritable indice de Enaladie peut cependant être tiré de celle habitude de Gosisio de fonder toutes ses conclusions sur les journaux politiques, matière si maigre pour des études; mais il se justifiait ainsi : € Que toulez-vous?

( sont des études modernes, et je ne puis m'ompfclier,

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malgi'iî ma répugnance, de m'en servir, puisqu'il n'exUle point, pour moi, d'autre moyen de m'éclairer sur Thumanité >. Mais là où la folie apparail bien clairement, c'est dans l'imporlaoce qu'il attribue au moindre l'ail recueilli dans CCS immondices de la politique : si un eafaot lemb» à l'eau, à Lisbonne, si une femine se brûle les jupes, U en tire anssildt une preuve de la dégénérescence de la raee. — L'hygiénisle devra, de son côti^, s'étonner de voir un, homme continuer à vivre robuste (et Bosisio est trés-solide;. il fait vingt milles par jour) en se nourrissant de poUatti sans sel. — Le psychologue ne pourra s'empéclier de recoflr naitre, dans le cas prévient, que la folie est un levain pouf les forces intellectuelles, qu'elle excite les fonctions psyctûques presque à l'égal du génie, malgré tout ce qu'y laîss» le triste vernis de la maladie. Il est certain que, si notrtt Bosisio, au lieu d'ôtre une pauvre garde des finances, avait été un étudiant en droit ou en médecine, s'il avait pu s'éi aux éléments d'une instruction dont il n'a joui que par an. triste hasard, et sous l'influence maniaque, il aurait ptt devenir une Clémence Royer, un Comlc, ou pour le moinfe un Fourier; car son système pliilosophique esl, au fondn en beaucoup d'endroits, semblable au sien, sauf ce qu'k pu y ajouter de propre, ou plutôt d'impropre. l'aUéiiatioa.

Mais quand nous songeons à l'intégrité de ses oiceurSH à l'ordre qu'il mel dans toutes ses afl'aires, pouvons-nou» désigner Bosisio par le seul nom d'aliéné? V.l quand n pensons à la nouveauté relative de ses idées, pouvons-noutr le confondre avec beaucoup d'insipides mattoïdcs èécriu plus liaul? Non certes.

Supposons que Joseph Ferrari, an lieu d'une culture si périeuro, n'eftt refu que l'éducation de Bosisio, nous aiH rions certainement eu à la place d'un savnnt que le mondfr entoure d'une légitime admiration quelque chose d'analogM à Dosisio; car, à n'en point douter, ces systèmes sur l'antb^ niétique historique, avec les rois et les républiques qui

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