‹ L'homme de génieChapitre 147 sur 257 · CHAPITRE III 33y · texte numérisé non relu

CHAPITRE III 33y

''iTKiirent à jour fiie, suivant le caprice de l'auteur, ne |>euvent apparlenir qu'au monde de la phrénJatrie.

Et l'on en devrait dire autant de Michelel, si l'on songe i son histoire naturelle de fantaisie, k ses obscénités académiques, h son incroyable vanité (1) et à ses derniers volumes de Vllistoire de France, transformas en un confus bourbier d'anecdotes scandaleuses et de paradoxes bizarres (2); — de Foiirier et de ses adhérents qui proclament avec une exactitnde mathématique, que d'ici à 80.000 ans, Ibomme en vivia \ià, que nous aurons alors 37 millions de poètes (miséricorde!) et 37 millions aussi de géomètres de la force de Newton ; — de Lemercier qui parmi des drames fort beaux, en a d'autres où dialoguent les fourmis, les ptioqnes et la Méditerranée, — de Burchielli qui demande aux peintres de représenter un tremblement de terre en l'air, et décrit une montagne qui donne des lunettes h un clocher; et ton en peut dire autant de l'héritier de Gonfucius, de l'astronome qui crée le Dieu libéral ; du pseudo géologue qui a le secret d'un embaumement dont serait capable n'importe lequel de nos aides, et qui croit purifier le monde par la crémation.

En Italie, a pi'ofessé dans une grande Université, pondant de longues années, un homme qui, dans ses écrits avait

lll «Toats une littèratore, disalt-H. eit ait de mon Insecti et de moi Oisrnu. — V Amour et la Fi-mme restent et resteront, cnuniie ayant denx ba«et. l'anc sole ntifl que |!!i. In uature niëiae. — l'Rulre morale, le cccur de*

■ J'ai di^llni rhistolrn nue rt'Hurrectioa. — C'est le titre le plut «iiproprié k mnn 4* volume et

«En 1370. dans le silence universel, «eal. Je parlai. Muii livre fait en 40 Joart fut la seule dèfeuse de lu patrie *.

|8| Il y Alndle comme document lo Journal dea digcitloua de lAiiis SIV, et divise ion Tègat en deux époques: ayant la flstiilo — npfù» la flHtiiIe; do m^tne pour François I, avaut et aprtn l'accËn ! On y trouve dsf conelu- ■ioni de ce genro :

* ne toute l'ancienne monarclile.il ncreiteiila France qu'un nom, Henri IT; et deux cbannons GaOrirllc et Mariboroug •>.

créé la nation des cagoU, et suggéré Tidée d'un certain instrument, qui, destiné à sauver les noyés, aurait suffi à asphyxier une personne saine; un homme qui parlait de bains à — 20^ et des avantages de Teau de mer dus aux expirations des poissons. Et pourtant ses ouvrages contiennent des choses très belles et ont atteint la seconde édition; aucun de ses collègues ne Ta jamais soupçonné de folie. Dans quelle classe le placerons-nous? Certainegient à un rang intermédiaire entre le fou, l'homme de génie et le graphomane; avec ce dernier il a de commun la stérilité du but, la recherche calme et tenace des paradoxes. L'Italie du reste, comme je l'ai montré dans mon livre Trois Tribum, eut et adora pendant un court quart d'heure deux mattoïdes de quelque génie, Coccapieller et Sbarbaro, qui, au milieu d'immoralités, de trivialités, de contradictions, de paradoxes Crent jaillir quelques traits de génie (1) explicables par le moindre misonéisme et par la plus grande facilité à embrasser des idées nouvelles.

Les décadents. — La connaissance de cette nouvelle variété de fous littéraires nous explique les précieux français de la première moitié du xvii® siècle et maintenant les parnassiens, les symbolistes et les décadents.

J'ai lu, écrit Lemaitre (2), leurs vers et je n'y ai même pas vu ce que voyait le dindon de la fable enfantine, lequel,

(1) V. Tre Tribuni, pp. 119, 120, 121. — Par exemple Sbarbaro an miDea de mille stupidités écrivait : « L'homme qui ue seut point de haine pour les choses laides ou ii^ustes qui encombrent notre vie sociale est un mensonge de citoyen, un eunuque d^esprit et de cœur. Fourcïies, 21.

» Les systèmes parlementaires ne fonctionnent pas bien, car ils ne permettent pas aux meilleurs d*être en haut et aux pires d*être en bas », Id. 3, ce passage est, il est vrai emprunté aux DJcades de Macchiavelli.

» Si je suis un mécontent, dit-il, au Conseil de Tinstruction publique, cela me fait honneur : le progrès vient des rebelles et des mécontents. C'était un rebelle, un factieux que le Christ ».

(2) Retue politique et littéraire. 1888, n. 1.

CllAPlTnE III

En ta dentelle oi'i n'est Doloirc Uon doux évanouissement, TalaonB panr l'Atre lana histoire Tel vœu de lèrrea râgnmnnt.

Tonte ombre hors d'un territoire

Se teinte itèrjtivement

A la lueur ethalatoire

Des pétâtes do remue ment

's'il ne dislini^iiail pas très bien, voyait du moins quelque chose. Je n'ai pu prendre mon parti de ces séries de vocables qui, étant enchaînés selon les lois d'une syntaxe, semblent avoir un sens, cl qui n'en ont point, el qui vous relienncnl malicieusement l'esprit tendu dans le vide, comme

Iun rébus fallacieux ou comme une charade dont le mot n'existerait pas...

f «L'un d'eux, pourtant, nous a exposé ce qu'ils prétendaient l'aire dans une brochure modestement intitulée Traité du verbe, de Stéphane Mallarmé. On y voit qu'ils ont inventé (paraît-il) deux choses: le symbole et l'inslrumenlalion poétique.

L'invention des symbolistes consiste peut-être à ne pas dire quels sentiments, quelles pensées ou quels états d'e.^ prit ils expriment par des imaf;es. Mais cela même n'est pas neuf. Un symbole est, en somme, une comparaison prolongée dont on ne nous donne que le second terme, un système de métaphores suivies. Bref, le symbole, c'est la vieille < allégorie » de nos pères (1).

Et voici la seconde découverte des symbolistes hagards. On soupçonnait, depuis Homère, qu'il y a des rapports, des correspondances, des affinités entre certains sons, certaines formes, certaines couleurs et certains états d'âme. Par exemple, on sentait que les a multipliés étaient pour

u que le symbolisme est un ili.^s caractèri's de

quelque chose dans rirripressioQ de fraîcheur et de paii que dopne ce vers de Virgile :

Pasdmr in fil^^ magna formosa Ji^venca,

On n'ignorait pas que les sons peuvent être éclatants ou effacés comme les couleurs, tristes ou joyeux comme les sentiments. Mais on pensait que ces ressemblances et ces rapports sont un peu fuyants, n'ont rien de constant ni de rigoureux, et qu'ils nous sont pour le moins indiqués par le sens des mots qui composent la phrase musicale.

Or écoulez bienl Pour ces messieurs a est noir, e blanc, t bleu, 0 rouge, u jaune.

Et le noir, c'est l'orgue; le blanc, la harpe; le bleu, le violon; le rouge, la trompette; le jaune, la flûte.

Et l'orgue exprime la monotonie, le doute et la simplesse (sifi); la harpe, la sérénité; le violon, la passioq et la prière; la trompette, la gloire et l'ovation; la flûte, l'ingénuité et le sourire.

Dans quelle mesure les jeunes symbolards tiennent encore compte du sens des mots, c'est ce qu'il est difficile (le démêler. Mais cette mesure est petite; et, pour moi, je ne distingue pas bien les endroits où ils sont obscurs de ceux où ils ne sont qu'inintelligibles.

Bref, une poésie sans pensée, à la fois primitive et subtile, qui n'exprime point des suites d'idées liées entre elles (comme fait la poésie classique) ni le monde physique dans la rigueur de ses contours (comme fait la poésie parnassienne), mais des états d'esprit où nous ne nous distinguons pas bien des choses, où les sensations sont si étroitement unies aux sentiments, où ceux-ci naissent si rapidement et si naturellement de celles-là qu'il nous suffit de noter nos sensations au hasard, et comme elles se présentent pour exprimer par là même les émotions qu'elles éveillent suci^essivement dans notre âme...

CRArlTRE III

Comprenez-vous?. .. Moi non plus, llfanl être ivre pour comprendre. (Lemaîlre).

,1e conçois seulom&nl que la poésie que j'essaye de àé- Hnir serait celte d'nn solitaire, d'un névropathe el presque d'un fou. El celle poésie se jouerait sur les confins de la raison et de la dt^mence.

El pourtant ces malloïdes ont en leur homme de génie, Verlain. Écoutons Lemaiire : < Je me le figure presque îl- Jettré. Il a une tête étrange, le profil de Socrate. un front démesuré, un crltne bossue comme un bassin de cuivre mince. Il n'est point civilisé; il ignoi'e les -codes et la morale reçue.

» Un jour, il disparaît. Qn'est-il devenu î Je veus qu'il ait été puLliqucmenl lejelé liors de la société réguliéi'e. Je veux le voir derrière les barreaux d'une geôle, comme Franrois Villon, non pour s'itre fait, par anwur de la libre vie, complice des v-oleurs el des malandrins, mais plAlol pour une erreur de sensiliJlilé, pour avoir vengé, d'un ooop de couteau involontaire el, donné, comme en songe, un amour réprouvé par les lois el coutumes de l'Occidenl moderne. iMais, socialement nvili, il reste candide. Il se repent avec simplicité, corirme il a péché — el d'un repentir catholique, fait de terreur et de tendresse, sans raisonnement, sans orgueil de pensée: il demeure, dans sa conversion comme lians sa faute, un élre purement sensilif... *

> Puis une femme, peut-être, a eu pitié de lui, et il s'est laissé conduire comme un petit enfant. II reparaît, mais conttnire de vivre h l'écarl. Nul ne l'a jamais vu ni sur le boulevard, ni au llié<1lrc, ni dans un salon. 11 Ci^t quelque part, k an bout de Paris, dans l'arriére-boulique d'un marchand de vin, où il boit du vin bleu. ]l est aussi loin de Dous que s'il n'élail qu'un satyre innocent dans les grands bois. Quand il est malade, ou à bout de ressomces, quelque médecin, qu'il a connu interne aulrefoi.=, le fait entrer

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i rbdpital; il s'y atlantr, il j écrit des hms; des dunsims bizarres el tristes bmineat pour loi dass les plis des froids rideaox de calieot bhac 11 s'est poiat déclassé : fl n*est pas dasfié du tooL Son cas est rare et singulier. Il trooTe mof en de ri? re dans use sodélé drilisée comnie il urrait Im pleine nature.

1 11 a bien pn sabir on instant rinfloenœ de quelques poëlef contemporains; mais iis n*ont serri qu'à éveiller en lui et & lui révéler l'extrême et douloureuse sensibilité, qui est son touL Au fond, fl est sans maître. La langue, il la pétrit & sa guise, non point comme les grands écri- Tains, parce qu'il la sait, mais comme les enfants, parce qu'il l'ignore* Il donne ingénument aux mots des sens inexacts.

> Chose inattendue, ce poète, que ses disciples regardent comme un artiste si consommé, écrit par moments (osons dire notre pensée) comme un élèTO des écoles professionnelles, un officier de santé ou un pharmacien de deuxième classe qui aurait des heures de lyrisme.

> C'est amusant, après cela, de le voir faire Tartiste iropeo cable, le sculpteur de strophes, le monsieur qui se méfie de rinspiration, — et écrire avec béatitude :

A Dont qui ciselons les mots comme des coupes Et qui faisoM des rers émns très froidement... Ce qa*il nons faut, à nous, c*est, aux loenrs des lampes, La science conquise et le sommeil dompté.

> Mais cet écrivain si malhabile a pourtant déjà, je ne sais comment, des vers d'une douceur pénétrante, d'une langueur qui n'est qu'à lui et qui vient peut-être de ces trois choses réunies : charme des sons, clarté du sentiment et demi-obscurité des roots. Par exemple, il nous dit qu'il rêve d'une femme inconnue, qui l'aime, qui le comprend, qui pleure avec lui; et il ajoute:

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