‹ L'homme de génieChapitre 149 sur 257 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

le de Paris la

''prom^De dans une rue de Paris la nuil, et qui songe I Platon et à Satamine, et qui trouve drôle de songer à Salamine et à Platon sous « l'œil des becs de (;az ». — Pourquoi est-ce drôle? — Je nu sais pas. '

On pourrait presque dire que P. Verlaine est le seul poète qui n'ait jamais exprimé que des sentiments et des sensations et qui les ail traduits uniquement pour lui(1); ce qui le dispensait d'en montrer le lien, car lui le connaît. Ce poêle ne s'est jamais demandé s'il serait compris, et jamais il n'a rien voulu prouver. El c'est pourquoi, sagesse à part, il est h peu près impossible de résumer ses recneils, d'en donner la pensée abrégée. On ne peut les caractériser que par l'état d'dme dont ils sont le plus souvent la traduction: demi-ivresse, hallucination qui déForme les objets et les fait ressembler à un rêve incohérent; malaise de l'âme qui, dans l'effroi de ce mystère, a des plaintes d'enfant; puis langueur, douceur mystique, apaisement dans la conception catholique de l'univers acceptée en toute naïveté,

Il y a quelque chose de profondément involontaire et déraisonnable dans la poésie de M. Paul Verlaine. Il n'exprime presque jamais des moments de conscience pleine, ni de raison entière. C'est à cause de cela souvent que sa chanson n'est claire (si elle l'est) que pour lui-même. De même, ses rythmes, parfois, ne sont saisissables que pour lui seul. Je ne parle pas des rimes féminines entrelacées, des allitérations, des assonances dans l'intérieur du vers, dont nul n'a usé plus fréquemment ni plus heureusement que lui.

^Htl) H- Jules TelHcr ne l'a pas mnl npiietO. en xtjlc ilc llng'), • t'Iioinme-

» Mais il est double. D'un côté, il a l'air très artificiel. Il a un « art poétique > tout à fait subtil et mystérieux (qu'il a, je crois, trouvé sur le tard):

De la musique avant tonte chose, Et pour cela préfère Timpair Plus vague et plus soluble dans Tair, Sans rien en lui qui pèse on qui pose.

Il faut aussi que tu n^ailles point Choisir tes roots sans quelque méprise : Rien de plus cher que la chanson grise Où rindécis an précis se Joint...

Car nous voulons la nuance encor, Pas la couleur, rien que la nuance !

Oh I la nuance seule fiance Le rôve au rêve, et la flûte au cor...

D'autre part, il est tout simple :

Je suis venu, calme orphelin, Riche de mes seuls yeux tranquilles.

Vers les hommes des grandes villes :

Ils ne m*ont pas trouvé malin.

Ou bien :

J'ai peur d*un baiser Comme d'une abeille.

Je souffre et je veille Sans me reposer, J'ai peur d*un baiser.

Jusqu'ici Lemaitre.

On voit que les décadents répondent avec précision à notre diagnose des mattoïdes littéraires avec le semblant du nouveau dans leur vieille vacuité : mais qu'il y en a de vrais génies qui, parmi les drôleries, bien de fois alavistiques, du mattoïdisme, trouvent la note nouvelle.

Tous ces cas nous montrent que les gradations, les passages entre la folie et la santé mentale sont bien loin d*être hypothétiques, ainsi que le voudrait Livi. Tout cela

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■si en patTail accord avec l'ijvolulion éternelle à aquelle nous assistons dans l'ample régne de la nature, la- ;(ielle, comme on l'a bien dit, ne procède Jamais par bonds, nais par transformations successives et par passages.

Et qui ne sait combien sont nomliieux les demi-crélins, les lemi-racliilic|ueâ et, trop souvent, hélasl les denji-savanis?

Maintenant, il est naturel que, comme ces gradations ixîstent pour cette très étrange folie litléiaiie, elles se rerouvent également dans les formes de folie criminelle, et |ue, par suite, beaucoup, parmi les prétendus coupables m fous, soient à moitié seulement responsables, bien qu'il l'y ait point, néanmoins, de pensée humaine qui puisse orailliblement en tracer les justes limites.

Et il est beau d'observer ici comment la folie prend, luivant les temps, des couleurs difl'érentes. Plaçons Bosisio îo plein Moyen-Age et en Espagne ou au Mexique, et le bon libérateur d'oiseaux, le martyr de la postérité, se serait :hangé en St. Ignace ou en Torquemada, l'atbée positiviste en un ultra-catholique à qui un Dieu cruel aurait ordonné d'égorger des victimes humaines; mais nous sommes en Italie, et en 1870.

Ce cas nous fait très bien comprendre comment, k des époques reculées, et chez les peuples sauvages ou peu civilisés, se sont succédés tant de cas de folie épidéinique, comment tant d'événements historiques ont pu être provoqués par le délire d'un seul ou de quelques-uns : témoins les anabaptistes, les flagellants, les sorcières, les révolulions des Taiping. L'aliénation suscite chez quelques-uns des idées bizarres, mais quelquefois gigantesques et rendues plus elGcaces par une conviction singulière, de manière 4 entraîner les faibles masses; et elles sont d'autant plus attirées par la singularité du costume, des attitudes, de l'abstinence, (que seule peut inspirer et permettre une telle maladie), que la barbarie leur rend ces phénomènes plus inexplicables et ainsi plus dignes de vénération; ainsi

3d(X TROISlàllE PARTIE

rignorant adore toujours tout ce qu'il ne pâment point à comprendre.

Rien ne manquait, en effet, à notre pauvre halluciné pour raffermir la foule dans cette conviction; m la vigueur de certaine» conceptions, ni la force musculaire, ni les privations extraordinaires, ni le désintéressement, ni la foi. Une secrie chose lui manqua: un siècle propiee.

Sinon, litalie aurait eu, dans Bosiâio, son MsHiomet

4. Les mattôîdes dans l'art. — Il existe aussi nne classe spéciale de mattoîdes voués aux beaux-*àrfs.

Au concours de Rome pour te monument i élever à Vtclor Emmanuel, comme il s'agissait d'un thème international, ces matloïdes pullulèrent: en effet, dans ïe livre si curieex de I>os6i, nous n'en trouvons pas moins de 39 de cités sorr 996, le 13 pour cent; et le chiffre devrait ratoie s'élever k 35 pour cent, si, aux premiers, on en ajoutait 38 autres qui seraient, non point seulement mattoîdes, mais encore imbécilles.

Le caractère le plus général de ces projets est la bèlise: l'un d'eux consiste en une grande caisse carrée de pierre, sans corniche, une sorte de magnanerie ou de volière, qu'il appelle Tour Droite quadrangulaire, destinée à recevoir les précieuses dépouilles du Roi, à l'abri des flots dévorants dn Tibre. — Le monument de Tr... «destiné à vivre pendant des siècles » se compose d'une colonne entourée d'obélisques, de quatre escaliers, et de quatre triangles environnés chacun de douze petites flèches, en tout 48. Sur les fléchas seront posés les bustes, sur les colonneltes seront les statues des grands Italiens; il y aura cependant six statues qui seront changées perpétuellement à la rnort de nos illustrations Sella, Mamiani, etc. C'est le cas de dire : < Périsse l'astrologue ».

Un autre, ou plutôt deux autres, autour des colonnes projetées, apprêtent des chambres « qui pourront servira

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