‹ L'homme de génieChapitre 151 sur 257 · ET RELIGIEUX · texte numérisé non relu

ET RELIGIEUX

Tout cela nous aide à comprendre pourquoi, si souvent, les grands progrés politiques et religieux des nations ont été réalisés, ou tout au moins déterminés, par des fous ou des demi-fous (1). — C'est que, chez eux seulement, on peut trouver associée à l'originalité, qui caractérise les hommes de génie et les fous, et surtout ceux qui joignent la folie au génie, l'exaltation capable d'engendrer une dose d'altruisme telle qu'elle les entraine à sacrifier leurs propres intérêts et la vie même pour faire reconnaître et souvent faire accepter les vérités nouvelles à un public toujours refractaire à toute innovation, et souvent même disposé à s'en venger par le sang.

€ Observons, dit Maudsley, combien ceux-ci sont aptes à découvrir les routes ignorées de la pensée, négligées par des esprits mieux portants, et à projeter ainsi sur les choses une clarté nouvelle.

> On constate cette tendance même chez plusieurs de ceux qui n'ont point de génie, ni même de talent; ils battent les sentiers non frayés dans leur examen des choses, et dans l'exécution ils se séparent de l'allure commune. Il est singulier de voir avec quelle indépendance tel d'entr'eux discute, comme de simples problèmes de mécanique, des

(1) V. Trois Tribuns, p. 1.

questions et des événements que la pensée commune couvre d'un respect conventionnel. C*est pourquoi, dans leurs croyances ils sont généralement hérétiques, très souvent inconstants, parce qu'ils sont facilement rejetés d'un extrême à l'autre, ou bien, affermis par une foi profonde dans l'opinion qu'ils ont épousée, ils déploient un zélé ardent, insouciants de tout obstacle, ne voyant point devant leurs yeux les doutes qui se dressent devant les penseurs sceptiques et calmes ». Aussi sont-ils souvent réformateurs.

Il est bien entendu qu'ils ne créent rien de but en blanc, mais ils déterminent les mouvements latents, préparés par le temps et par les circonstances, de même que, grâce à leur passion de la nouveauté, de l'originalité, ils s'inspirenl presque toujours des dernières découvertes, ou des innovations, et en partent pour deviner les futures.

Ainsi Schopenhauer écrivit à une époque où le pessimisme commençait à être de mode, mélangé au mysticisme et à l'emphase; il se borna à fondre tout cela en un système philosophique (i). César trouva le terrain préparé par les tribuns.

Quand une civilisation nouvelle, dit Taine, met en lumière un art nouveau, il se trouve des hommes de talent qui expriment l'idée du public et se groupent autour d'un homme de génie qui la réalise : ainsi De Castro, Morelo, Ruys autour de Calderon : et Van Dyck, Von Ost, Lopez de la Verge autour de Rubens.

Luther résuma les idées de beaucoup de ses contemporains et de ses prédécesseurs — qu'il suffise de citer Savonarole.

La sphéricité de la terre avait été déjà soutenue, avant Colomb, par St. Thomas et par Dante; avant Colomb, avait eu lieu la découverte des Canaries, de I Islande, du Cap Vert.

(1) RiBOT. Ouvrage cité.

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