CHAPITRE IV
(Jtie si ces idi^es divergent trop des opinions qui [trL-domineat dans les foules, ou si elles sont Irop absurdes, elles lombenl avec leur auteur el même l'enlrainenl souvent dans leur chute.
Arnauld de Brescis, Knuizen (1), Campanella, tentèrent de se séparer du clei'gé, — d'enlever la domination temporelle aux papes, mais ils en furent punis el sV'teigniient.
Le fou (3) est en coatradiclion avec l'opinion du plus t;rand nombre, et tel est aussi tout d'abord le ri^formalcur, mais ce dernier finit par être accepté, tandis que le fou reste seul avec la petite escorte de ceux qui ont subi son contact.
Tout récemment, dans l'Inde, était née, grâce à Kesbab, parmi les Drahmines eux-mêmes, une religion nouvelle qui installait sur les autels le rationalisme et le scepticisme modernes — mais évidemment ici même !a folie de Kesbab a devancé les siècles; carie triomphe d'une semblable religion n'est point probable môme parmi nous qui nous sommes avancés plus avant dans le connaissable, — et c'est ainsi que le noudhismc. trouvant dans l'Inde un terrain trop disputé par les castes, ne s'y développa point, mais s'étendit dans la Chine et au Thibel.
Mais Kesliab était enlrainé par une folie analogue à celle que nous avons constatée chez le grossier marchand d'éponges (v. d.), el que nous remarquerons chez B. de Mo-
(Il En 1C80 Kiiuti«ii, de SclilcBivii;, proclamait Tin'i! n'rxiate poliil dri Dieu ni d'Aufcr — que les prêtres vt les iiiagislrata «ont inoUlei et ilimiforoiiT, qne le mitriig« cal une fornication, " qne l'homme Unit avec la iDort, — que chacuD doit M piider d'après son sens intime, — et c'Bst pourquoi & donnât aux aîcn* le snrnom de conncieDciem, le tant au millcn de dtatiou ttiiarrcs, connue cotlc-cl : Amicus, aminis, ainica. Demiratuf n fitrrel quoi! Christîani ; idi^il rotarum in »todam nacii sec dent ele.
(ZJ Resptinial.ltHij, ouvmgo cité.
356 TBOISliME PARTIE
déne; en eflEet, œi élraoge rationalisle croil à la révélation et en 1879, il s*écriait : c Je suis le prophète inspiré.. .(1).
On en peat dire autant de la politique; bien que les ré- Tolutions historiques ne soient point durables, si eUes ne sont point préparées par une longue série d'événements, toutefois ceux qui en précipitent le dénouement, de longues années avant la possibilité d'application pratique, ce sont les génies aliénés qui prévoient, de longue main, les événements, pressentent l'évolution des faits intermédiaires qui échappent aux regards ordinaires, et s'élancent, saos penser à eux-mêmes, (semblables à ces insectes) qui volaot de fleurs en fleurs transportent un pollen qui demanderait bien des orages et bien des jours pour devenir fécond.
Maintenant, unissons la conviction inébranlable, fanatique du fou à l'astuce calculatrice du génie, et nous aurons une puissance capable de soulever, à n'importe quelle époque, les masses engourdies, frappées de stupeur devant ce phénomène—qui apparait comme rare et extraordinaire même aux spectateurs et aux penseurs lointains. Joignez à cette force, pour la rendre irrésistible, l'influence qu'exerce par elle-même la folie chez les peuples et aux époques barbares.
Le fou, parmi les sauvages et chez les anciens peuples semi-barbares, n'a point une importance clinique, mais bistorique; il est craint, adoré par les masses et souvent il tient le sceptre entre ses mains. — Dans l'Inde, certains fous sont aimés et consultés par les Brahmines, et de nombreuses sectes en portent les traces. — Dans l'Inde ancienne, les huit espèces de démonomanie portaient les noms des buils principales divinités indiennes; les Jakschia-graha ont une profonde intelligence; les Deva-graha sont forts, intelligents et aimés et consultés par les brahmines; les Gandharva-graha servent de choristes aux divinités. Mais, pour savoir à quel degré arrive la vénération des fous, et pour comprendre
(l) Revue des Deux Mondes. 1880.