CHAPITRE IV
en même temps qu'il n'y a eu sous ce rapport aucun changement dans rinde moderne, il suffît de remarquer qu'il y existe encore quarante-trois sectes qui ténîoignent un zèle particulier à leur dieu, tantôt en buvant de l'urine, tantôt en marchant sur les pointes des cailloux, tantôt en restant immobiles pendant des années, exposés aux rayons du soleil, tantôt en se représentant corporellement en imagination leur Divinité et en* lui offrant, en imagination aussi, des prières, des fleurs, et des vivres (i).
Quant à Texislence de la folie endémique chez les anciens Hébreux et par là chez leurs voisins, les Phéniciens, les Carthaginois, etc., elle nous est attestée en même temps par l'histoire et par la langue qui nous montre le même mot signifiant prophète, fou et méchant. — La Bible nous raconte que David craignant d'être tué, simule la folie, se souillant la barbe et en marquant les portes, et que le roi Achis dit : n N'ai-je point assez de fous ici, pour que celuici vienne devant moi? (2)». Cet exemple nous indique l'abondance et surtout l'inviolabilité des fous, due certainement à un préjugé encore répandu chez les arabes, et en vertu duquel, dans la Bible, on emploie continuellement le mot navi (prophète) dans le sens de fou et réciproquement.
Saul qui, déjà avant son couronnement avait prophétisé, d'une manière inattendue et avec une si grande stupeur des assistants, au point qu'il en naquit le proverbe: «Même Saul est au nombre des prophètes». — Saul, devenu roi un jour sentit l'esprit divin de malveillance peser sur lui
(imcha éloin rana) et il prophétisait (il entrait en fureur
— vat/ nava — dans sa demeure; il voulut même percer David d'une lance (3). On lit dans Jérémie : < Dieu l'a cons-
(1) DuBOif. Description of the Caract., p. 860.
(2) 1 Samnel, xxi, 15, 16.
(3) I Samuel, xix, 9, 10, 23.
litué prêtre au dessus des fous et des prophètes (insensés et prophétisants) pour les mettre en prison (i)».
Dans le chapitre XVIII du premier livre des Rois, nous voyons 400 prophètes des forêts et 450 prophètes de Baal crier comme des fous et se couper les chairs. — Dans le premier livre de Samuel nous voyons des bandes de vrais prophètes, courant nus à travers champs, — et ailleurs nous les voyons s'approcher, en public^ des mauvais lieux, se mutiler les mains, manger de la fiente. Tel est encore aujourd'hui le Medjdtib arabe et le Davana persan, c On appelle Medjdubin, dit Berbrugger, les individus qui, sous rinfluence des circonstances spéciales, tombent dans un état qui rappelle exactement celui des convulsionnaires de St. Médard. — 11 sont nombreux en Algérie et ils sont mieux connus sous le nom à* aiçaoui on d* ammarimm » . — Moula Ahmed dans son voyage traduit dans les Explorations scientifiqt^es parle de Sid Âbdsallah, le Medgdub, qui exerçait la plus heureuse influence parmi les Hammis ses concitoyens, voleurs et vicieux : — « Il restait pendant trois ou quatre jours, comme un morceau de bois, sans manger, sans boire, sans prier— il pouvait rester quarante jours sans dormir — et terminait par une convulsion très-forte ». Plus loin, il nous parle de Sid-Abd-El-Kader, qui errait ça et là, oublieux de lui-même et des siens, et celle indifférence était probablement due à son état de sainteté. Il faut lire Duni' mond'Kay pour voir jusqu'à quel degré est porté le respect pour les fous dans le Maroc et dans les tribus nomades voisines. — Les Berbères disent que, pendant que le corps des fous erre ici, Dieu relient là-haut leur raison prisonnière et il ne la délivre qu'au moment où ils doivent prononcer quelques paroles qui sont ainsi recueillies comme des révélations (2) ».
(2) Le Maroc et ses tribus. Bruxelles, 1844. Trad., p. 31