‹ L'homme de génieChapitre 154 sur 257 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L'auteur lui-même et un consul anglais furent en danger d'être tués par un de ces saints d'un nouveau genre qui, nus et armés, souvent mettent à exécution le plus étrange caprice qui leur traverse l'esprit, et malheur à ceux qui s'y opposent.

En Barbarie, les caravanes, écrit Pananti (i), consultent les santons-fous, auxquels tout est permis; Tun d'eux étranglait tous ceux qui venaient au temple; un autre, dans le bain public, violait une mariée, et ses compagnes s'en réjouissaient en compagnie de son fortuné mari.

Les Ottomans (2), étendent aux fous la vénération qu'ils ont pour les Dervisch, et ils les croient, plus que tous, en rapport avec la divinité; les ministres eux-mêmes les reçoivent avec respect dans leurs propres demeures. — On les appelle Eulya; Vllah Deli (divins, fils de Dieu ou mieux fous de Dieu). Et les différentes sectes de Dervisch présentent des phénomènes analogues à ceux de la manie. — « Chaque couvent, dit l'auteur déjà cité (3), a une sorte de prière ou de danse, ou mieux de convulsion particulière. Quelques-uns font avec le corps des mouvements latéraux, ou d'avant en arrière et ils les accélèrent à mesure qu'ils avancent dans la prière; mouvements dits Mucabeli (élévation de la gloire divine), ou bien Ovres Tewhhid (louange de l'unité de Dieu). Les Kufaïs se distinguent entre tous les ordres pour leur exagération de sainteté: ils s'enlèvent le sommeil, dorment les pieds dans l'eau, jeûnent pendant des semaines. Ils commencent le chant d'Allah, en s'avançant du pied gauche et en faisant avec le pied droit des mouvements rotatoires, puis ils continuent à s'avancer en élevant toujours de plus en plus la voix, en accélérant la danse et en jetant leurs bras sur les épaules les uns des

(1) Voyages, 133.

(2) AUgoieine SchiUler, des Othom. Reiches, de Beck, p. Î77.

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autres, jusqu'à ce que, épuisés, baignés de sueur, l'œil mourant, la figure blanche, ils tombent dans la convulsion sacrée (kalerk); dans cette manie religieuse, dit notre auteur, ils subissent l'épreuve du fer rouge; et quand le feu vient à manquer, ils se tailladent les chairs avec les sabres et des couteaux.

Dans le Batacki, quand un homme est possédé par un mauvais génie, il est très respecté; tout ce qu'il dit est regardé comme oracle et exécuté (1).

A Madagascar, les fous sont l'objet de la vénération publique. En 1863, beaucoup furent pris de tremblements et d'impulsions telles qu'ils frappaient ceux qui s'approchaient d'eux, d'hallucinations, dans lesquelles ils voyaient la reine morte sortir de sa tombe. Le roi ordonna de les respecter, et l'on vit les soldats battre leurs officiers, les employés leurs supérieurs; tout cela pendant plus de deux mois.

En Chine l'unique trait bien défini de folie se montre dans la seule secte chinoise, qui, au sein de cette nation sceptique, brillait pour son fanatisme religieux. Les disciples de Tao(2) «croient aux possédés et s'épuisent à recueillir l'avenir de la bouche des fous, convaincus que le possédé dans ses paroles révèle la pensée du démon ».

Dans l'Océanie, à Tahiti, on appelait une sorte de prophète EU'toa, — c'est-à-dire possédé de l'esprit divin. — Le chef de l'île disait que c'était un homme méchant {toatoetw). — Omar (l'interprète) disait que ces prophètes sont une espèce de fous, dont quelques-uns oublient tout dans les accès, et ne se rappellent plus rien de ce qu'ils ont fait (S).

Dans ces mélanges confus que Schoolcraft intitule StO' tistical and Historical Information ofihe Indian Tribes, 1854,

(1) Ida Pfeipfer. Reise, vol. v, ti.

(2) Medhurst. China State and Prospect. T^nd., 1838, p. 75.

(3) CooK. Voy. Pacif.y ii, p. 19; citation qui m'a été oommaniquée par mon maître Mazolo.

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