‹ L'homme de génieChapitre 155 sur 257 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

nous lisons : k En Amérique, le respect (regard) pour les fous est un trait caractéristique des tribus indiennes du Nord, et même de celles de TOrégon qui passent pour les plus sauvages. Dans ces dernières, se trouvait une femme qui manifestait tous tes symptômes de la folie, chantait d'une manière bizarre, distribuait à chacun les petits objets qu'elle possédait et se tailladait les chairs si Ton refusait de les accepter. Les Indiens la traitaient avec un grand respect (1).

Les Patagons (2) ont des magiciennes et des femmesmédecins qui prophétisent, au milieu d'accès convulsifs; les hommes peuvent également être élus pour le sacerdoce, mais ils sont tenus de s'habiller comme les femmes, et ils doivent avoir montré, dès leur enfance, des dispositions particulières; ce que sont de tels hommes, nous le voyons par ce fait que les épileptiques sont élus de droit, parce qu'ils possèdent l'esprit divin.

Il y avait, au Pérou, en dehors des prêtres, des prophètes qui improvisaient au milieu de terribles contorsions et convulsions et qui étaient vénérés par le peuple, mais méprisés par la classe élevée (3).

Toutes les révolutions de l'Algérie, de Voudou (4), sont dues à des fous, à des névrosés, extatiques, qui se font un levier de leur propre névrose et des confréries religieuses auxquelles ils s'attachent, pour rendre au fanatisme religieux sa vigueur, se faire passer pour inspirés, envoyés de Dieu. — Tel fut le Mahdi, l'Omar — et ce fut encore un fou qui se mit à la tête de la grande révolte des Taiping dans rinde (5).

(1) T. iT, p. 49.

(2) Doct. Orbioitt. Homme Américain, ii, p. 92.

(3) MiJLLER. Gesch. der Ur Religion. 18^, Basel.

(4) net. Scientifique. 1887.

(5) V. mon liyre Trois Tribuns. 1887.

Une si complète uniformité doit avoir des causes et des causes communes. Elles me paraissent se réduire aux suivantes :

1^ Le peuple, accoutumé à un petit nombre de sensations habituelles, ne peut en subir de nouvelles sans les admirer, ni d'extraordinaires sans les adorer; l'adoration est, dirais-je volontiers, l'effet nécessaire du mouvement réflexe que produit chez lui la secousse trop forte de la nouvelle impression. Le Péruvien appelait Huacha (divin) le temple, la victime sacrée, une tour élevée, une haute montagne, une bête féroce, un homme ayant 7 doigts, une pierre luisante, etc. Ainsi le sémitique El, divin, est synonyme de grand, de lumière, de nouveauté; il s'applique à un homme robuste, comme à un arbre, ou à une montagne, ou à un animal. Et comment ne seraient-ils point frappés par le spectacle d'un de leurs semblables qui tout d'un coup change de voix et de gestes, associe les idées les plus bizarres, alors que nous-mêmes, à la lumière de nos sciences, avons souvent beaucoup de peine à comprendre les raisons de leur manière d'être?

2° Plusieurs de ces fous sont doués (ainsi que nous l'avons vu pour le moyen-âge, pour les Indiens et comme nous le voyons sans cesse) d'une force musculaire extraordinaire; et le peuple vénère la force.

3° Souvent, ils montrent urie insensibilité extraordinaire au froid, au feu, aux blessures, au jeûne, comme chez les santons arabes et chez nos aliénés,

4^ Plusieurs d'enlr'eux atteints ou de théomanie ou de manie ambitieuse déclaraient eux-mêmes, les premiers, être inspirés par les divinités, être maîtres, souverains de la nation, etc.; ils remorquent ainsi, plus tard, l'opinion populaire disposée d'avance en leur faveur.

5^ C'est là la raison principale. Plusieurs de ces fous ont dû montrer une force de pensée ou au moins de volonté supérieure de beaucoup à ces masses qu'ils agitaient

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