‹ L'homme de génieChapitre 158 sur 257 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Si l'on pense à ce harili et profond changement, on ne souril plus en lisant ce Cantique. Et l'on ne souiit point en songeant que ce fui le premier essai des Italiens pour espriiner en langue vulf-aire les sentiments religieux.

Pour qu'un tel chant jaillit de l'âme amoureuse de Fran- ^;ois, il Tiiliait que les germes d'universelle charili^. qu'il y nourrissait, fussent parvenus h leur parfait accroissement, que François eut, par lui-mi;me, entièrement conjuré l'antique terreui', qui, dans la commune cioyance superstitieuse peuplait de larves ennemies les bois, les montagnes, les eaux, l'air; comme aussi pour ramener les hommes à l'amour mutuel. A cette époque où « tous ceux qu'enfermait un mur et un fossé i (Dante) -se dévoraient les uns les auties, il fallait en arriver par un excès bien naturel, non seulement au frère soleil et à la lune ma sœur, mais encore au frère loup.

Après avoir composé son Cantique, François en fut si satisfait qu'il y adapta une mélodie musicale, l'enseigna à ses disciples et songea à choisir parmi eux quelques hommes qui s'en iraient chanter par le monde les louanges de Dieu, c demandant pour seule récompense aux assistants la pénitence, se disant eux-mêmes comédiens de Dieu, Joculatores Damini • . C'est ainsi qu'il donna la première impulsion

B vigoureuse à la poésie religieuse en langue vulgaire. ^ Luther. — Lulher(l) attribuait ses douleurs physiques et ses rêves aux artilices du démon, et pourtant toutes les descriptions qu'il nous en a laissées indiquent des phénomènes nerveux. Il souffrait souvent, par exemple, < d'une implacable angoisse, causée, d'après lui, par un Dieu fier el irrité », A 27 ans, il commença à être pris d'accès de vertige, de céphalée, de bourdonnements à l'oreille, renouvelés à 32, 38, 40, 52 ans. surtout en voyage (vertige .icoustique); même, k 38 ans, il eut une véritable hallucination favo-

cA.r. /"iV Ptyrf.kili:': 1881.

risée peut-être par l'excessive solitude». En 1521, écrit-il, lorsque j'étais dans ma Pathmos, dans une chambre où ne pénétraient que deux pages pour m'apporter des aliments, j'entendis, un soir, pendant que j'étais au lit, les noisettes se mouvoir à l'intérieur du sac et se lancer d'elles-mêmes contre le plafond et autour de ma couche. A peine m'étaisje endormi que j'entendis un grand bruit, comme si beaucoup de baies se précipitaient; je me levai et m'écria: Qui es tu; je me recommandai au Christ... >.

Dans l'église de Wuttemberg, il avait à peine commencé à expliquer Y Épiire aux Romains, quand, arrivé à ces mots: c Le juste vit de la foi véritable ^ il sentit ces idées pénétrer dans son âme et, à diverses reprises, entendit ces paroles retentir à ses oreilles. — En 1570, il entend résonner ses paroles, pendant qu'il se rendait à Rome, et avec une voix tonnante au moment où il se traînait sur le saint escalier. — < Biea des fois, avoue-t-il, il m'est arrivé de m'éveiller vers minuit et de discuter avec Satan au sujet de la messe, etc. ». Et ici, il expose les nombreux arguments avancés par le diable, remarquons-le, il part lui-même pour combattre ce rite.

Savonarole. — Mais l'exemple qui nous convient le plus (si nous ne paraissions en l'invoquant pi'oférer un blasphème national) nous est fourni par Savonarole. — Sous l'impression d'une vision, dès sa jeunesse, il se crut envoyé par Jésus Christ pour racheter le pays corrompu ; il s'entretenait, un jour, avec une religieuse, quand soudain il lui sembla voir le ciel s'ouvrir, les malheurs de l'église se montrèrent à sa vue et il entendit une voix qui lui ordonnait de les annoncer au peuple.

Les visions de l'Apocalypse, de l'Ancien Testament se dévoilaient à ses yeux. En 1491 il voulait cesser de traiter de politique dans sa prédication: «Je veillai tout le samedi, la nuit entière, mais vers l'aube j'entendis, pendant

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