‹ L'homme de génieChapitre 160 sur 257 · CHAPITRE rv ooa · texte numérisé non relu

CHAPITRE rv ooa

radiaient les uns aux antres, et il leur parlait dos gloires de son futiir gouvernemenl : * Et quand je serais roi, empereur, je ferai la guerre à vous tous, je ferai peitdre tel, «( décapiter tel autre m. Il n'épargnait aucun d'eux et les désignait itn à un, l'ace k face, et en attendant, à nobles et à plébéiens, il continuait à parler du bon état et de Inîinôme qui voulait en ^Ire la restaurateur.

J'ouvre ici une paienthèse. Il a été dit, en particnlîer par Pétrarque que Rienzi Teignit la folie, qu'il fut uu second Bnitus; mais quand nous le verrons s'avancer d'autant plus dans les pompes, dans lo luxe, dans les costumes et dans les symboles les plus étranges, qu'il marche lui-même dans la carrière politique, et, après qu'il a conquis le pouvoir, les exagérer toujours davantage, nous n'avons plus de doute !iur la réalité de sa folie.

Pour lui, il continua ii mettre au jour de nouvelles peintures symboliques, dont l'une avec celte inscription: Le temps de ta justice arrive — Attends un moment. Il faut remarquer que celte peinture représentait une colombe tendant une couronne de myrte à un petit oiseau; la colombe sicnifiail le Saint Rspril (qui élait, nous le verrons, un des objets préférés de son délire); le petit oiseau, c'était luimême, qui devait couronner Rome de gloire. Enfin, le premier jour du carôme de l'année 1347, il suspendit h la porte de Saint Georges un autre placard avec ces mots : Sous -peu, Us Romains seront rétablis dans le bon état.

Non craint des nobles qui le tenaient pour fou, il put conspirer sous main, ou plutôt faire fermenter l'opinion publique, prenant à part, peu à peu, les hommes qui lui semblaient propres k le servir, cl leur donnant rendez-vous sur le mont Avenlin vers la fin d'avril, un jour où le gouverneur s'absentait.

GéniedeCola. — Dans cette réunion, la seule qui, jusquelà, eut été tenue secréleraent, on délibéra sur le moyen d'ob-

S84 TROISI&ME PARTIE

tenir le bon état. Ici Rienzi fut éloquent comme Tbomme qui parle avec conviction, et sur une chose trop vraie pour ne point ébranler les âmes; il peignit la discorde des grands, Tavilissement des petits, les hommes armés qui couraient ça et là, les femmes arrachées du lit coniugai, les pèlerins égorgés aux portes, les prêtres perdus dans les orgies; aucune vigueur, aucune prudence chez ceux qui avaient le pouvoir dans leurs mains; des seigneurs, tout était à craindre, rien à espérer.

« Où étaient-ils au milieu de tant de désordres? Us sortaient de Rome pour jouir du repos dans leurs terres, pendant que tout périssait dans les villes ». Et comme les gens du peuple hésitaient en partie à cause du manque de fonds, il leur fit entrevoir qu'il en trouveraient au moyen des taxes de la Chambre Apostolique, calculant 10.000 florins seulement pour le sel, et 100.000 de focatieo, chiffres que Sismondi déclare absolument erronés; et il faisait entendre qu'il agissait de concert avec le Pape (ce qui était faux), et qu'il pouvait, d'accord avec lui, mettre la main sur ses revenus :

Le 18 mai 1347, jour où Colonna était absent, il fait publier, à son de trompette, à travers les rues, l'avis que tous aient à se trouver, la nuit du jour suivant, dans l'église du Château Saint-Ange, pour pourvoir au bon état.

Remarquez ici une conspiration annoncée à son de trompette, comme chez nous en 1848, mais très étrange pour cette époque. Le 19, Rienzi se trouva à la réunion, armé, escorté de cent hommes armés, et accompagné du Vicaire du Pape, ainsi que de trois étendards couverts de symboles très-étranges, dont l'un représentait la liberté, un autre la justice, un autre la paix, etc.

Parmi les mesures qu'il fit adopter dans ces comices improvisés, quelques-unes conviendraient à notre époque, par exemple :

Les procès seraient clos en 15 jours :

Page 1