CHAPITRE IV
après avoir eu enlie ses mains son plus grand ennemi, le préfet de Vico, il le laissa partir, en gardant en otage le fils, et quand il ne sul point profiler de sa victoire inespérée sur les Barons.
Toujours incapable de prendre une résolution qui ne fût point théorique, il croyait opérer en toutes choses par la grâce du Saint Esprit (1) avec lequel nous l'avons vu inaugurer ses cnlreprises.
Il se confirma de plus en plus dans sa folie par une hérésie née à cette époque, d'après laquelle l'Esprit Saint devait régénérer le monde et surtout par le fait, inolfensif en Itii-mème, qu'une colombe s'envola pendant qu'il montrait au peuple un de ses lahleaux allégoriques. A celte colombe il attribua ses heureux commencements, comme il attribua sa victoire sur Colonna et sur le Préfet à l'inspiration prophétique (2).
Dans les affaires les plus importantes, il s'imaginait entendre en lui-même, en rêve, la voix de Dieu, avec qui il tenait conseil et h. qui il rapportait toutes choses.
Soutenu par le prestige de celte inspiration, il l'diclait même des lois religieuses, par exemple, l'obligation de se confesser une fois par an, sous peine de perdre un tiers des biens de fortune.
Contradiction et délire. — Kl il ne manqua point de tomber dans les liabituclles contradictions spéciales aux fous. Très religieux, il n'hésite point à se comparer à J. C, en vertu de celte coïncidence qu'il a lui-même, à 33 ans (l'âge oîi J. C. monta au ciel) gagné une victoire; mais après les défaites, il se compare encore à J. C. par un de ces jeux chronologiques si communs aux aliénés; il avait, en effet, élu exilé pendant 33 mois à la Majella, dans un ermitage sau-
(1) Pipcicu»!)!, Ouvrajji- tîtc.
vage, au milieu de certains hulluciné*;, disciples du Saint Esprit qui lui prophétisèrent la revanche el même l'empîra du monde. — C'est le délire méfalomaniaque qui esplicpie en grande partie ces contradictions. Il s'imagina i-assembler eo lui toutes les espi^rances d'un Messie de l'Ilalie, qui ne devait rétablir rien moins que l'empire, et m^nie reconquérir le mande.
Au moment où il devait se croire prés de mourir, dans la prison de Prague il s'imaginait être victime de rnschînations diabolique»:, ou obéir aux volontés célestes, * la baise, écrivail-il, les verrous de mon cachot, comma un do» de Dieu >.
Un jour, h Rome, il se leva de son trône, et s'avançant ter» ses fidèles, il dit à haute voix : < Nous ordonnons au pap9 Clément de se présenter à notre tribunal et d'habiler dans Rome et nous donnons le même ordre an collège des cardinaui. Nous citons devant nous les deux prétendants Charles de Bohème et Louis de Bavière, qui usurpeni le litre d'empereurs. Nous ordonnons à lous les électeurs de l'AUemagDA de nous informer du prétexte pour lequel ils ont usurpa le droit inaliénable du peuple romain, lequel est l'antique et légitime souverain de l'empire».
Puis, il tira son épée, l'agita par trois fois vers les troît parties du monde, et, dans son extravagance, dit trois fois: 4 Et ceci m'appartient >.
Tout cela pour avoir pris un bain dans le bassin de Constantin, au grand scandale de ses partisans, el s'imaginanï. ainsi avoir hérité du pouvoir de Constantin lui-même.
Pendant qu'il se conduisait de la sorte, le légat du pape, qui seul pouvait, dans une certaine mesure, justifier une si grande bizarrerie, protestait avec toute la force que loi permettait sa faible énergie ! À peu prés comme si le consal'; de St. Marin se mettait en tête, pour avoir en les sulTragB* k pleines voix ou pour avoir porté le chapeau de Napoléon I', de pouvoir appeler devant son tribunal les empereurs d'Au»