‹ L'homme de génieChapitre 165 sur 257 · CHAPITRE IV «jyy · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV «jyy

rîlé avec Dieu qui, i^crit-il, forma à la guerre ces doigts que tart avait imiruit pour la plume, alors qu'au Fond il ne posséda jamais l'art de la guerre; il est utile de noter comment, là même, parmi les plus graves accusations contre les Colonna, il mentionne le saccage accompli par eux d'une Eglise 011 il avait déposé sa couronne d'or. Plus étrange est sa prétention à la prophélie, envoyée aux prêtres, qui sont plus sceptiques à l'égard de telles sornettes, comme tous ceux qui en Tont commerce.

< Nous ne devons point, ajoute-t-il, oublier de vous dire que deux jours avant ces événements, nous avons eu la vision du pape Boniface, qui nous prédit le triomphe sur ces tyrans ; nous en fîmes un rapport en plein Parlement et en présence des Romains réunis, et nous allâmes dans Saint Pierre h l'autel de Boniface lui offrir un calice et un voile ».

* La vision enfin, grâce au ciel s'est réalisée, grâce à t'aide du Bienheureux Martin, son Tribun (et ici il oublie que deux pages avant, il avait, dans la même lettre, attribué SCS victoires à Saint Laurent el à Saint Etienne).

» Comme, continue-t-il, ces traîtres avaient pillé les péleiins, le jour de sa fêle, ce Saint en tira vengeance par la main d'un tribun, trois jours après, c'esl-à-dire le jour de St. Colomban qui glorifia la colombe de notre drapeau ». Il faut noler ce jeu de mots Colomba et Colomban, tribun el trois jours.

El avec ces posl-scriptums qui sont habituels dans les lettres des monomanes, et qui se trouvent dans presque toutes ses correspondances, il termine :

c Donné au Capilole, le jour même de la victoire, le 3

Dovembie, jour dans lequel périrent six lyrans de la maison

Colonna, el oii il ne resta plus que le malheureux Etienne

Colonna, qui est .\ moitié mort. C'est le septième, et voilà

^■comment le Ciel a voulu égaler le nombre des Colonna tués

aux couronnes (sic) de noire couronnement (1), aux rameani ()e l'arbre fécond qui rappelaîl les sept dons du Saint Et prit ». Pensée et paroles absolument folles, dans le^quelli il fait intervenir Dieu pour éteindre une famille de héroSî afin de faire en son honneur un liisie jeu de mots, lui ql peu de pag;es avant, avec une menteuse hypocrisie, aussilj démentie par les faits, avait écrit :

1 Constants dans notre caractère, nous n'avons point voal employer la sévérité de l'épée, aussi juste que possibh contre ceux que nous pouvons faire rentrer en grâce sao dommage pour la liberté, la justice et la pais*.

Comique et folle est la manière dont, dans ane autilf lettre h Rinaido Orsini (22 septembre 134.7) il déguise Ter- i reur énorme qu'il avait commise en mettant en liberté les ■ nobles arrêtés peu auparavant avec tant d'inutiles feintes « Nous voulons que Votre Paternité sache comment, aval jugé quelques nobles légitimement suspects au peuple i h nous, il a plu à Dieu qu'ils tombassent dans nos maîi (et nous savons comment, au contraire, il les avait invités)) Nous les avons fait enfermer dans les prisons du Capilole; enfin, nos scrupules et nos soupçons ayant été levés, ntnH avons usé d'un innocent arlitlce (sic) pour les réconcJHi non seulement avec nous, mais avec Dieu. En effet, noifl leur avons procuré l'heureuse occasion de faire une hea* reuse confession. C'est le 15 septembre que nous avoni envoyé à chacun d'eux des confesseurs dans la prison, 6l comme ils ignoraient nos bonnes intentions et s'imaginaieal que nous aurions été sévères, ils dirent aux nobles: «Le seigneur Tribun veut vous condamner à mort ». La clocM du Capilole pendant ce temps sonnait sans relâche pour W Parlement; ainsi les nobles épouvantés se sont crus perdu*

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et en attendant la mort, ils se sont confessés dévotement et parmi les larmes... Quant à moi j'en fis Téloge, etc. >.

Si cela peut s'appeler une heureuse occasion, je laisse le lecteur en juger et juger si celui qui parle de cela, même en diplomatie, comme d'un léger tour, peut se dire un homme de sens moral bien intègre.

Il faut remarquer d'ailleurs que, diplomatiquement, une semblable excuse, surtout avec les prêtres qui, étant et usant du métier, s'y connaissent et en savent le valeur, n'était pas seulement inutile, mais se changeait même en une accusation très grave. La conclusion n'est pas moins étrange : € Avec cela, leurs cœurs sont tellement unis au nôtre et à celui du peuple, que cette union devra durer pour le bien de la patrie; car ils voient ainsi que nous sommes impartiaux et que nous ne voulons point être rigoureux, autant qu'il nous est possible )».

Mais là ne finirent point les inutiles hypocrisies; probablement lancé dans la manie par la confession des patriciens, il ordonne (comme je l'ai dit), qu'au moins une fois par an, tous les citoyens se confessent et communient, sous peine de perdre un tiers de leurs biens, duquel la moitié sera donnée à l'église paroissiale du coupable et l'autre moitié à la ville.

Les notaires sont obligés de dénoncer chaque testateur. Maintenant, Rienzi, dans un post-scriptum à cette lettre (notez, encore une fois, cette habitude de post-scriptum dans toutes les lettres, habitude que j'ai trouvée très-fréquente chez les monomanes) annonce celte nouvelle loi en ajoutant ces lignes : « II nous a paru convenable que, comme un second Auguste pourvoit à l'accroissement temporel de la République, il cherche aussi à en favoriser, à en augmenter le bien spirituel i». Ce qui, si l'on y songe, était une usurpation des droits les plus spéciaux et des devoirs du pontife, même au sens le plus moderne de la chose; c'est ainsi qu'il or-

donnait au clergé des cérémonies spéciales et des processions ecclésiastiques de son invention, qu'il lançait des décrets contre les religieux qui ne rentreraient pas en France. Ce fut là, en effet. Tune des principales et justes accusations qui lui furent opposées à Prague et à Avignon et dont

il ne se disculpa que par le mensonge.

Et quand la guerre contre Giovanni di Vico et contre Ceccano comte de Fondi empira, il écrivit une autre lettre (7 juillet 1347) dans laquelle, tout en appelant le pape seigneur et en lui parlant de son peuple romain, il déclare comment cette même Rome et ces mêmes peuples ont fait serment dans ses mains de maintenir le gouvernement établi par lui-même, suivant le règlement qui lui a été inspiré par le Saint Esprit : il date sa lettre de la première année de la délivrance de la République et il parle de l'inspiration du Saint Esprit, avec une assurance qui ne pourrait se comprendre, que chez un homme de bonne foi, et par conséquent chez un halluciné.

«J'ai eu soin, écrit-il, d'informer votre Sainteté de la grâce excellente et du don précieux que le père des lumières a fait descendre le jour de la dernière Pentecôte sur votre peuple romain, pour lui faire entrevoir un rayon de sa splendeur et lui faire embrasser la liberté dans l'union et le saint baiser de la paix et de la justice.

> C'est par la grâce du Saint Esprit, d'où mon administration a pris origine et stabilité, que la main du Roi des Rois a réduit sous mon obéissance tous les grands, les tyrans, les princes de la cité, si merveilleusement et en si peu de temps, qu'il aurait été difficile et même impossible à n'importe quel autre, je ne dis pas d'entreprendre cette grande œuvre, mais encore d'en concevoir et exprimer la pensée : ce sont tantôt la clémence, tantôt la force, tantôt la vertu, tantôt l'assistance, tantôt la grâce et tantôt la liberté de l'Esprit Saint qui m'ont illuminé de ses projets >

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