CHAPITRE IV 41fô
< Dans un an, le Pape mourrait: beaucoup de cardinnux seraient lues.
■ Dans quinze ans, il n'y aura qu'un pasteur et qu'une foi, et le nouveau Pape, l'Empereur Charles et Cola seront comme un symbole de la Tiinilii sur la terre. Charles régnerait dans l'Occident, le rn6Mn dans rOrient. En attendant, il lui suflisait de soutenir l'Empereur dans son voyage & Rome; il voulait lui ouvrir la route auprès des Romains et des autres peuples d'Italie, d'ailleurs hostiles à l'empire ; aussi pouvait-il descendre tranquillement parmi eux, sans répundre de sang, sans que sa venue fut la cause d'un deuil pour la ville et pour toute la nation, comme l'avait été celle des autres empereurs »,
Il lit tant que l'archevêque de Prague lui écrivait : « Ou'ii s'étonnait de voir comment le Tribun après avoir fait des choses qui avaient d'abord paru venir de Dieu, exerçait néanmoins assez peu la veilu d'humilité, vu qu'il considérait sa propre élévation comme l'œuvre du Saint Esprit, et s'en nommait son candidat » paroles qu'il convient de noter conlie ceux qui voient dans la Tolie de Cola les efTets des superstitions de l'époque.
Ce Roi lui-même répondait avec beaucoup de bon sens: 41 que Cola devait se consoler de sa destinée par la sentence de la Bible, que toute la loi dépend de deux préceptes: aimer Dieu par-dessus toutes choses et le prochain comme soi-même. Si quelqu'un doit être puni, laissez-en l'exécution à Dieu; le Christ nous avertit de nous garder de ceux qui se présentent sous des apparences d'agneaux et qui sont des loups. C'est pourquoi, nous l'exhortions à se séparer de ces ignorants ermites qui croient marcher dans l'esprit d'humilité, sans pouvoir même résister k leurs péchés, et sauver leurs ûmes; qui rêvent de pénétrer les secrets arcanes et de gouverner en espiit tout ce qui réside sous le ciel, et si même ils commencent par l'apparence de l'humilité, ils contemplent toujours bien plus les
choses terrestres que les célestes. Aussi, aimant Dieu de tout cœur et le prochain comme nous-mêmes, pour Taniour de Dieu, nous l'avons fait emprisonner comme auteur de zizanies, et puis par amour pour son âme, pour en avoir soin ».
Plus tard, il lui conseillait c de mettre fin à ses bizarreries, et, quelle que fût son origine, de se rappeler que nous sommes tous créatures de Dieu, fils d'Adam, et créés du limon, etc. ».
Curieuse leçon de démocratie donnée par un roi de Bohême à un ex-tribun de la République italienne !
Mais elle ne lui servit point; et quand, après tant de mésaventures, il eut reconquis un fantôme de son ancienne puissance, grâce à des sommes arrachées par une véritable escroquerie, il en avisait pompeusement Florence, écrivant € que les femmes, les enfants, les hommes, les clercs, les laïques avaient marché à sa rencontre avec des palmes, des rameaux d'oliviers, des trompettes et des cris de vivais».
Ces propos ont paru tellement bizarres que rhistorien Re Zeflirino, qui ne possédait point nos documents, accuse de fausseté Polistore qui y fait allusion, se fondant sur le fait, qu'avec des idées si folles et si hérétiques, Pétrarque n'aurait point osé le défendre; que l'Empereur n'aurait point pu le favoriser un seul moment; que Cola n'aurait point pu écrire au cardinal Guido de Bologne, en protestant de son innocence et en demandant d'être envoyé au Pontife, ou d'être admis à l'ordre sacré de Jérusalem : et que, de toute façon, il aurait dû en être fait mention dans les quatre chefs d'accusation indiqués contre lui à Avignon, conservés par Oxemio et par Pétrarque; et il n'aurait point pu être déclaré fidèle chrétien, comme il le fut ensuite par Innocent VI.
Mais que tout cela, si invraisemblable soit-il, fût vrai, cela résulte déjà, a priori, même sans l'examen de ces étranges lettres et de ces circulaires plus étranges encore,