CHAPITRE IV
point pour cela son illusion. Il disait que seuls les grands honnmes peuvent fonder une religion nouvelle.
Il était d'une bonté exquise, se sacrifiait pour ses sectaires, ses fils, comme il les appelait; ceux-ci avaient, comme certains monomanes, un étrange uniforme, symbolique: pantalon blanc: signe d'amour; gilet rouge: signe de travail; tunique bleue : signe de foi; ce qui voulait dire que sa religion s'appuyait sur Tamour, fortifiait le cœur par le travail et était enveloppée toute entière par la foi. Chacun devait porter son nom écrit sur le thorax: ou y joignait un collier plein de triangles et une demi-sphère qui devait se changer en cercle quand aurait été trouvée la Mère, l'Eve dont il a été question.
Ce sont là les symboles habituels des monomanes et des matloïdes. Le mattoîdisme véritable se montrait dans les programmes, sur lesquels avec des caractères typographiques variés on annonçait : L'homme se souvient du passé, la femme représente l' avenir ^ le couple voit le présent. Et pourtant, malgré tout cela, il entrevit et même essaya d'entreprendre le percement de l'isthme de Suez; il eut pour sectateurs des hommes de génie comme Chevalier, Lambert, Jourdan (1).
Lazzaretti. — Un exemple qui se présente comme plus curieux et plus certain, pour s'être déroulé sous les yeux de nous tous, en se transformant en un véritable événement historique, est celui de David Lazzaretli (i).
Il naquit à Arcidosso, en 1834, d'un père charretier, et à ce qu'il paraît, buveur, mais très-robuste; il eut des parents qui finirent par le suicide, ou par la folie; l'un d'eux
(1) Maxime du Camp. Souvenirs litUfraires . 1887, 2" éd.
(2) Voyez Tétade de Nocito et Lombroso sur David iMzzaretti dans VArcJiivio di Psichiatria . 1881, vol, i, fasc. i, ii, — Verga. iMzzaretti et la folie S€/isorieVe. 1880, Milan. — Caravaoqio. Eriqicête et relatioyx sur Arciclossn, 1878. Gasette OfflcAelle, V octobre, N. 321.
mourut maniaque religieux et croyait être le Père Eternel; ses 6 frères étaient tous robustes, gigantesques, ayant i m. 90 à 1,95 de stature, comme, du reste, beaucoap d'habitants de ce pays; ils étaient tous d'un esprit très-éTeillé el d'une mémoire tenace.
David t'emportait sur ses frères par sa haute stature, par la régularité, l'élégance de ses formes, par une iotelligeoce supérieure, par une tète dolichocéphalique, très vaste, et
par son regard qui devenait fascinaleur pour quelques-uns mais qui pour beaucoup d'autres tenait du possédé et du fou; on assure qu'il était hypospadique; el peut-être fut-il impuissant dès sa jeunesse ; anomalies de grande importance pour qui se rappelle comment Morel et surtout Legrand du SauUe (1) les ont retrouvées souvent chez les fous héréditaires.
(1) Signes phys^iques t'es fulirs i-nU.,i>nanl-s. IS'ÎS,