CHAPITRE IV
mystérieux et très-élranges comme à des sceaux d'un pacte spécial contracté avec Dieu.
A partir de ce moment on remarqua en lui une complète transformation, telle qu'on l'observe ordinairement dans la folie (1); de querelleur, blasphémateur, et intem* pérant qu'il était, il devint docile, abstinent, allant jusqu'à demeurer dans la Sabine avec du pain et de l'eau, et à vivre sur la montagne pendant le Carême, d'herbes assaisonnées avec du sel et du vinaigre ; dans les autres temps, il se contentait de polenta, ou de potage maigre, ou de pain avec de l'ail et des oignons; même, dans l'île de Monte- Christo (1870) il passa plus d'un mois avec six pains accompagnés sans doute de quelques herbes; de même, dans un couvent de France, il vécut pendant plusieurs jours avec deux pommes de terre par jour. Ce qui devait paraître encore plus étrange et frapper même les esprits non vulgaires, c'est que l'écrivain chaotique et burlesque devint parfois élégant, toujours efficace, plein d'images fortes et robustes et empreintes d'une piété qu'on peut seulement rapprocher de celle des premiers chrétiens.
Et telle fut la pensée du clergé de son pays qui, trouvant en lui, avec raison, la reproduction des anciens prophètes, le prit au sérieux, d'autant plus qu'il entrevit en
(1) J'ai eu à Pesaro plusieurs religriôuses des couTOnts de Borne; et je n'ai jamais pu rencontrer de blasphématrices plus impudiques; J*ai soigné des juits très-religieux, chez lesquels le premier symptôme était la tendance à se baptiser, et qui à peine guéris rederinrent plus religieux qu'auparavant.
lui, suivant son habitude, le moyen d'en tirer profit, pour reconstruire une église.
Le peuple, qui était déjà pris d*un légitime étonneroent à cause de son changement d'existence et de son tatouage, de sa parole inspirée, de sa longue barbe inculte, de sa démarche grave, fanatisé par le clergé, accourait en masse pour l'entendre.
Et Ton vit une procession dans'laquelle Lazzarelti, accompagné de prêtres et de séculiers parmi les plus influents, se rendait à Arcidosso, à Roccalbegna, à Castel del Piano, à Pian Castagnaio, à Cinigiano, et à Santafiora, où il était reçu par la population le fêtant à genoux, par les archiprêtres de la paroisse qui lui baisaient le visage, les mains et même les pieds. La construction du temple commença. Les aumônes destinées à l'édifice tombèrent en pluie. Mais quelque nombreuses qu'elles fussent, elles étaient très-maigres, car les montagnards ne pouvaient point donner beaucoup. On eut alors l'idée d'utiliser l'ouvrage de leurs bras.
Le terrain choisi pour l'église était peu éloigné d'Arcidosso, à cent pas des habitations, à la Croix des Canzacchi, près de l'endroit même, où par une étrange fatalité, il devait être frappé par notre mousquet.
Les fidèles accourus par milliers commencèrent la construction du temple. On employait les hommes, les femmes et les enfants à porter les fascines, les poutres, les caillons, les pierres grises. Mais, comme la grammaire, Tarchitecture a malheureusement ses règles, pour lesfluelles l'inspiration prophétique sert peu sans la culture; et, de même que les vers de Lazzaretti étaient restés boiteux, ainsi ces matériaux apportés avec tant de sueur, demeurèrent là-même, inutile monceau, comparable à la fameuse tour qui devait toucher le ciel et qui resta un ramassis de pierres.
En janvier 1870, il fonda la Société de la Sainte Ligue, qu'il dit être le symbole de la charité et qui était une So-