‹ L'homme de génieChapitre 173 sur 257 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ciélé de secours mutuels. En mars 1870, accompagné de Raphaël Vicchi, après avoir réuni les siens dans une cène apostolique, Lazzaretti partit dans la direction de Tile de Monte-Cristo, où il demeura pendant un mois environ, écrivant des épîtres, des prophéties et des sermons ; il retourna ensuite à Montelabro, où il écrivit les visions ou inspirations prophétiques qu'il y avait eues; c'est là qu'il fut incriminé de révolte (27 avril 1870). Mis en liberté (1), il institua une Société à laquelle il donna le nom de For mille chrétienne, et dans laquelle on voulut, à grand tort chercher la preuve de fraudes continuelles. II fut arrêté, et, après sept mois encore de prison, il dut à l'avocat Salvi son acquittement.

En 1873, Lazzaretti, pour obéir à d'autres ordres divins, entreprenait un voyage et parcourait Rome, Naples, Turin, d'où il se rendait à la Chartreuse de Grenoble; il y écrivit les règles et la discipline de l'Ordre des ermites pénitents et inventa un langage chiffré avec un alphabet numérique; en outre il y composa le Livre des fleurs célestes, où l'on trouve écrit que : L'homme grand descendra des montagnes suivi d*une petite escorte de paysans montagnards; il faut y joindre les visions, les rêves, les commandements divins qu'il crut recevoir en ce même lieu.

A son retour à Montelabro, il trouva campée sur les hauteurs une immense foule de dévots et de curieux; il leur fit un sermon sur le thème: «Dieu nous voit, nous juge, nous condamne ». Pour ce sermon, il fut accusé par l'autorité de tendre à renverser le Gouvernement et à provoquer la guerre civile ! ! !

C'est pourquoi, dans la nuit du 19 novembre 1874, il fut fait prisonnier pour la quatrième fois et envoyé devant le

(1) La première fois, il fut arrêté à Tlle de Monte-Cristo, pour avoir fanatisé ces pécheurs, et transféré à Orbetello. (V. Veroa. Sur Lazzaretti et la folie sensorielle. 1880.

Tribunal de Rieti; dans celte occasion, raulorilé voulut écouter Tavis d'experts qui n*étaient point spécialistes, et qui avec une étrange sottise le déclarèrent sain d'esprit, et même très avisé ; si bien que, malgré ses étranges publications et son étrange tatouage, il fut condamné pour fraudes et vagabondage à 15 mois de prison et à une année de surveillance (1).

Mais le jugement fut annulé par la Cour d'Appel de Pérouse, si bien que, le 2 août 1875, il retourna à Montelabro, où il reconstitua sa Société, à la tète de laquelle il mit le prêtre Imperiuzzi. Il avait souffert en prison ; aussi, peut-être pour éviter de nouvelles arrestations et pour jouir de son facile martyre auprès des légitimistes fanatiques de France, il se rendit au mois d'octobre en France. Enlevé mystérieusement par Dieu, suivant son expression, dans les environs d'une ville de Bourgogne, il écrivit un livre qu'il appelle avec raison, mystérieux et qui est intitulé: Ma lutte avec Dieu, ou Le livre des sept sceaux avec la description et la nature des sept villes étemelles; c'est un mélange de la Genèse et de l'Apocalypse, de sentences et de propos insensés; il écrivit également un programme adressé à tous les princes de la chrétienté, où il se dit « le grand Monarque, et invite tous les princes à faire alliance avec lui; car, à une époque non attendue, il se manifestera à la nation latine d'une manière toute contraire à l'orgueil humain »; il écrivit aussi tr La fin du monde» — où il se déclara lui-même chef, maître, juge et prince au-dessus de tous les puissants de la terre. — De tous ces écrits, plusieurs eurent l'honneur immérité non-seulement de l'impression, mais encore de la traduction française, grâce aux subven-

(1) NociTo et liOMBROSo. David Lazsaretti. (Archivio di Psichiatria, 1880, II, Turin. — On verra là quelles caases indaisirent en crrear les experts, erreur que le pays expia par d'énormes dépenses, et ce qui est plus triste, par plusieurs victimes humaines.

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