CHAPITRE IV
lions de M. Léon du Vachat et des légitimistes italiens et étrangers qui avaient pris au sérieux le pauvre fou.
Mais, se laissant entraîner par le délire, Lazzaretti se mit peu de temps après à faire la guerre à la corruption des prêtres et à la confession auriculaire, à laquelle il voulait substituer une confession publique : alors le Saint- Siège déclara ses doctrines fausses, ses écrits subversifs; et lui, qui peu avant avait écrit Le Statut civil du Règne Pontifical en Italie, en faveur du Pape, écrivit et envoya le 14 mai 1878 une exhortation adressée à ses confrères ermites contre l idolâtrie papale, contre ce monstre aux sept tôles. Après tout cela, en vertu des habituelles contradictions qui sont propres aux aliénés, il va déposer à Rome son sceau symbolique et sa verge, fait une rétractation auprès du Saint Office. — Mais, ensuite, revenu à Montelabro, il continue à tenir des conférences contre l'église catholique, devenue église-boutique et contre les prêtres, véritables athées-pratiques qui ne croient point et exploitent la croyance d'autrui; et prêchant la sainte réforme, se déclarant Vhommedu mystère, le nouveau Christ, chefetvengeur, il exhortait les croyants à se détacher du monde; et, pour leur en donner une preuve, il exigeait d'eux des abstinences de nourriture, du sacrifice à Vénus, même s'ils étaient mariés: tout au moins, dans ce cas, ils devaient, avant l'acte, prier nus, hors du lit, pendant deux heures au moins, idée à la fois folle et Malthusienne; il exigeait en outre l'abandon des lettres de change qui furent assurées par des sommes considérables relativement aux moyens dont ils pouvaient disposer, c'est-à-dire pour 104.000 francs; mais qui pourtant, il faut le remarquer, ne servaient à rien, puisqu'elles devaient rester enfermées dans un vase; ce qui était une conception entièrement folle.
Préconisant un grand miracle, il fil, avec une partie de Targent recueilli, préparer pour ses affiliés des bannières et des habits sur lesquels se trouvaient peintes les bêtes
étranges, qui lui étaient apparues dans ses hallucinations, un autre costume beaucoup plus riche pour lui-même, el pour les simples soldats une petite plaque sur la poitrine sur laquelle apparaissait une croix accompagnée de deux C renversés — ^fC —, Temblême habituel de Tassociation.
En août 1878, il rassembla une foule plus grande que jamais et après avoir ordonné pour trois jours el trois nuiti; des jeûnes et des prières, il tint des réunions publiques, d'autres réunions privées et réservées aux fidèles, rangés en difTérents ordres avec les dénominations d'ermites sacerdotes, ermites pénitentiers, ermites pénitents et simples associés aux fidèles de la Sainte Ligue et Fraternité chrétienne; il leur fit pratiquer la confession, dite confession d'amen^ dément, dans les jours du 14, 15 et 16 août : le 17 fut hissée sur la tour la grande bannière avec cette légende: La Ré' publique est le Règne de Dieu. Ensuite, aux pieds d'une croix, dressée à cet effet, en présence de tous les affiliés, le Prophète se fit prêter serment solennel de fidélité et d'obéissance ; dans cette circonstance Tun des frères de David voulut lui persuader de renoncer à cette périlleuse entreprise. Mais ce fut en vain; bien plus, il répondit à quelqu'un qui lui montrait la possibilité d'un conflit, <c qu'il leur aurait, le jour suivant, fait voir un miracle, qu'il éfail envoyé par Dieu, sous la forme du Christ, chef el juge, et par conséquent invulnérable, que toute force et loulc puissance devaient céder à sa volonté; il suflisait d'un signe de son bâton de commandement pour anéantir les efforts de ceux qui auraient osé s'opposer à lui >.
A l'observation faite par quelque affilié au sujet de l'opposition du gouvernement, il répondait e qu'il parerait les balles avec les mains et rendrait inoffensives pour lui et pour ses fidèles partisans les armes qu'on tournerait contre eux; et les RR. Carabiniers eux-mêmes lui feraient une garde d'honneur ». Et toujours plus enivré de son délire il écrivit avec un sérieux admirable au délégué de la Police, au quel,