‹ L'homme de génieChapitre 175 sur 257 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

d'abord, ii avait montré les préparatifs de la cérémonie, et fait ensuite une demi-promesse de contremander la procession : <c Qu'il ne pouvait plus le faire, car il avait reçu de Dieu des ordres supérieurs, en sens contraire i». Il menaça les incrédules de la foudre de Dieu, si, manquant de foi, ils se révoltaient contre sa volonté.

Dans ces dispositions, le matin du 18 août, il conduisit la foule nombreuse de Montelabro, en descendant vers Arcidosso. 11 était vêtu d'un manteau royal de pourpre, brodé d'ornements dorés, et couronné d'une sorte de tiare surmontée d'un cimier orné de plumes, il avait en main le bâton du commandement. Ses principaux affiliés étaient tous, suivant le rang qu'ils occupaient dans la Sainte Ligue, moins richement habillés que lui avec des costumes de couleurs variées et bizarrement confectionnés; les simples associés s'avançaient vêtus de leurs habits ordinaires, sans autre distinction que la plaque emblématique décrite plus haut. Sept parmi les membres gradés de la Fraternité portaient autant de bannières avec cette devise : La République est le Règne de Dieu.

il est inutile de raconter ce qui se passa dans les dernières heures.

Lui qui, peu avant, se disait roi des rois, descendant du sang royal et de David, qui tenait tous les rois de la terre sur ses épaules et se croyait invulnérable, tomba frappé par l'ordre et peut-être par la main d'un délégué qui fut tant de fois son hôte; et Ton dit qu'en tombant il s'écria, dans une dernière illusion : La victoire est à nous!

Il est certain qu'il avait préparé une procession non seulement pacifique, mais plus qu'inoifensive.

« Le jour, dit fort bien Nocito (1), où le marteau du menuisier décloua la caisse qui, croyait-on, contenait le corps même du délit et qu'on vit apparaître la Madone des con-

(1) Ouvr. cité.

férences, avec David peint en guerrier ravi en extase et .parlant avec le Saint Esprit; le jour où débouchèrent comme de Tarcbe de Noé tous ces animaux si étranges, enfantés par l'imagination de David pour orner ses bannières, aigles, serpents, colombes, chevaux ailés, taureaux, lions, hydres, étoles de prêtres et manteaux royaux, couronnés d'olivier et couronnes d'épines; le jour où tous purent voir ces étranges costumes, où après tant de longues et patientes recherches dans les maisons des Lazzarettistes et dans les poches de leurs pantalons, la police ne put trouver autre chose que des crucifix et des rosaires ; le jour surtout où Ton put admirer ces étranges souliers de ses partisans, et les sabots pontificaux que chaussait Saint David et qui empêchaient tous ses mouvements, ce jour-là, nul ne doute plus que le Gouvernement n'eût pris un monomane pour un rebelle ».

Il s'était appuyé sur ce passage du symbole de Nicée où il est dit que Christ ressuscita d'entre les morts et monta au Ciel à la droite du Père: Inde ventunis est judicare vivos et mortnos.

Comme, pendant longtemps, il. n'avait point vu apparaître ce Christ chef et juge, il s'imagina que ce rôle était réservé à lui-même; J. C. avait eu 12 apôtres, il voulut lui-même avoir 12 apôtres. J. C. eut St. Pierre dans le collège des apôtres, il voulut à son tour avoir son St. Pierre, auquel il suspendit en croix sur la poitrine une belle paire de clefs en carton. J. C. fit un jeûne de 40 jours; Lazzaretti fit bravement son jeûne, au cœur de l'hiver, dans l'ile de Monte-Cristo et il eut alors des communications avec Dieu, au milieu du bruit de la foudre, du choc des éclairs et de l'écroulement de l'île entière. J. C. avait réuni dans la Cène tous ses disciples,, le jour de Pâques, Lazzaretli accomplit la Cène avec ses disciples le 15 janvier 1870 et il dit dans cette cène : « Ainsi il a plu à Celui qui me dirige dans toute ma conduite. Sachez que cette cène porte ^xtc

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