‹ L'homme de génieChapitre 182 sur 257 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

des dignilaires ; orgueilleux jusqu'au délire, il se traîne dans les cabarets parmi les plus mauvais drôles.

Lenau, dévot jusqu'au fanatisme dans le Savonarole, se montre dans les Albigeois sceptique jusqu'au cynisme; il le sait, l'avoue et s'en moque.

Schopenhauer déclame contre les femmes et s'en soûle; il professe la félicité du nirvana, et il se prédit à lui-même plus de cent années de vie.

, II. — Le génie ne possède certes point l'humilité chré'tienne; toutefois l'orgueil qui bouillonne dans ces cerveaux malades, dépasse la mesure du vrai et du vraisemblable. — Le Tasse et Cardan, avec des ménagements, Mahomet ouvertement, déclarent qu'ils sont inspirés de Dieu; c'est pourquoi les plus légères critiques contre leurs opinions sont de mortelles persécutions. — Cardan écrit de lui-même : r Nalura mea in exlremitale humanœ subslantiœ conditionisque et in confine immortalixim posita (1) *. — Il a été dit de Newton : qu'il aurait été capable de mettre à mort ses contradicteurs scientifiques. — Rousseau croit tous les hommes, et quelquefois même les éléments ligués contre lui. — Et c'est peut-être pour cette raison que nous avons vu presque tous ces grands infortunés éviter le contact des autres hommes. — Swift humilie et bafoue les ministres; il écrit à une duchesse désireuse de faire sa connaissance que, plus les hommes sont élevés, plus ils doivent s'incliner devant lui. — Lenau, avait hérité de sa mère l'orgueil patricien; dans son délire, il se crut roi de Hongrie. — Wezel rêve de fonder une banque; il en fabrique les billets, puis il fmit par se croire un Dieu et imprime ses œuvres avec le titre de Opéra Dei VeuUii,

Schopenhauer rapporte complaisamment dans ses lettres, comment une personne voulait placer son portrait à la manière d'une image de saints dans un temple spécial.

(1) De vita propria.

III. — Quelques-uns de ces inforluaés ont donoé des signes étrangement précoces de leur génie. — Le Tasse, à 6 mois, parlait: à 7 ans, il connaissait le latin. — Lenau, dès son enfance, improvisait des sermons trés-émouvants et jouait admirablement du fifre et du violon. — Cardan, à 8 ans, avait des apparitions et des révélations de son génie.

— Ampère, à 13 ans, était mathématicien. — Pascal, à 10 ans, inspiré par le bruit d'une assiette, crée la théorie acoustique; à 15 ans, il compose son célèbre traité sur les sections coniques. -- Haller, à 4 ans, prêchait; à 5, il dévorait des livres.

IV. *- Beaucoup parmi eux ont fait un abus extraordinaire des narcotiques et des substances enivrantes, alcooliques.

— Haller engloutissait d'énormes doses d*opium et Rousseau de café. — Tasse était uii buveur renommé ; tels étaient aussi les poètes modernes Kleist, Gérard de Nerval, Musset, Murger, Mailath, Praga et Rovani, ainsi que ce grand poète chinois si original Lo-Tai-Ke, tué par Talcool, et qui puisait dans l'alcool son inspiration. — Lenau lui-même, dans ses dernières années, était un consommateur immodéré de vins, de café et de tabac. — Baudelaire abusa de l'opium, du tabac et du vin. — Cardan s'avouait infatigable buveur, et Swift était le plus fidèle client des tavernes de Londres.

— Poe était dipsomane comme l'étaient également Soulhey et Hoffmann.

V. — Presque tous ces grands hommes présentèrent, d'ailleurs, des anomalies même dans les fonctions reproductives. — Tasse fut passionné jusqu'à l'excès dans sa jeunesse; il montra une chasteté rigide après trente-huit ans. — Cardan, impuissant dans sa jeunesse, devint très-voluptueux à trente-cinq ans. — Pascal, sensuel dans sa première jeunesse, croit plus tard criminel jusqu'au baiser maternel.

— Rousseau était atteint d'hypospadie et de spermathorrée; comme Baudelaire, il avait une perversion sexuelle. — New-

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