CHAPITRE PREMIER
Ion et Charles XII, ne sacrifièrent jamais, autant que Ton sache, à Vénus Aphrodite. — Lenau écrivait : « J'ai la pénible conviction que je suis impropre au mariage (1)».
VI. — Au lieu d'aimer la tranquille solitude du cabinet, de tels hommes ne peuvent jamais se fixer nulle part et ils sont condamnés à voyager continuellement. — Lenau passe de Vienne à Stokerau, à Gmunden et émigré jusqu'en Amérique. — c J'ai besoin, disait-il, de changer de climat de temps en temps, pour me rafraîchir le sang (2) ».
Le Tasse erre continuellement de Ferrare à Urbino, à Mantoue, à Naples, à Paris, à Bergame, à Rome, à Turin. — Poë faisait le désespoir des directeurs de Revues parce qu'il vagabondait continuellement de Boston à New-York, à Richmond, à Philadelphie, à Baltimore.
Rousseau, Cardan, Cellini, s'arrêtent tantôt à Turin, tantôt à Paris, tantôt à Florence, tantôt à Rome, tantôt à Bologne, tantôt à Lausanne. <( Le changement de lieu, disait Rousseau, est pour moi un besoin. Dans la belle saison^ il m'est impossible de demeurer plus de deux ou trois jours dans un endroit sans souffrir (S) ï>.
On remarquait dans Gérard de Nerval un instinct nomade, que ne fît que grandir avec Tàge; .... ses départs ressemblaient à des évasions. (G. de Nerval par Paul de Saint- Victor, 1856).
VII. — De même, ils changent souvent de carrière et d'études, comme si la pensée infatigable ne pouvait se rassasier
à suffisance, dans une seule direction Swift, en dehors
de ses poésies satiriques, écrivit sur les manufactures de rirlande, sur la théologie, sur la politique^ et sur l'histoire de la reine Anne. — Cardan fut en même temps mathématicien, médecin, théologien et littérateur. — Rousseau était
(1) Schurz, ouYr. cité, ii.
(2) Id., p. 28S.
(3) Janvier 1765.
peintre, maître de musique, charlatan, philosophe, botaniste, et poète. — Hoffmann, était magistrat, caricaturiste, musicien, romancier et auteur dramatique. — Le Tasse, comme plus tard Gogol, toucha à tous les genres et à tous les mètres de la poésie épique, dramatique, didactique; il voulut même écrire sur l'histoire, la philosophie et la politique. — Ampère, dans sa jeunesse manie le pinceau, le violon, la lyre; en même temps il est linguiste, naturaliste, physicien et métaphysicien. — Newton et Pascal, dans des moments d'aberration, abandonnent la physique pour la théologie. — Flaller écrivit des ouvrages de poésie, de théologie, de botanique, de médecine pratique, de physiologie, de numismatique, de langues orientales, d*anatomie pathologique et de chirurgie; il alla jusqu'à étudier les mathématiques sous Bernouilli. — Lenau cultiva la médecine, Tagriculture, le droit, la poésie, et la théologie. — Walt Whitman, le poète des modernes Anglo-Américains, fut typographe, maître d'école, soldat, bûcheron, et, pendant quelque temps, même, bureaucrate, ce qui pour un poète est le plus étrange; son concitoyen Poë cultiva la physique et les mathématiques (1).
VllI. — Ces penseurs énergiques, terribles, sont les véritables pionniers de la science : ils s'élancent en avant à corps perdu, attaquent avidemment les plus grandes difficultés, comme plus capables peut-être d'apaiser leur énergie
(1) Sur 45 fous écrivains étudiés par Philohnkstk, (onvr. cité), il y eut:
15 qui 8*occupéreDt de poésie, 12 » théologie,
5 » prophétie,
3 » autobiographie,
2 » mathématique»,
2 » psychiatrie,
2 » politique.
La poésie prédomine pour la raison que nous en avons donnée : pendant qu'au contraire, chez les mattoides, prédominent la théologie, la philosophie, etc. (v. plus haut).