‹ L'homme de génieChapitre 186 sur 257 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

llaller, dans le Tagebuch, nous à détaillé ses propres délires religieux, et souvent il y avoue avoir changé de caractère en vingt-quatre heures et être k étourdi, fou, poursuivi par Dieu, raillé et méprisé des hommes ».

Swift, dans sa Letter io a very young Lady, retrace jour par jour sa propre existence et confesse sa folie dans ces expressions si claires à la fois et si précises : « De tout le corps humain s'exhalent des vapeurs qui se rendent au cerveau ; si elles sont peu abondantes, elles laissent l'homme en santé; si elles sont excessives, elles l'exaltent, le transforment en philosophe, en politicien, en fondateur de religion, c'est-à-dire en aliéné; c'est pourquoi on a grand lort d'enfermer tous les fous à Bedlam. Une Commission devrait aller les choisir, et mettre au profit de la société les génies qui s'y trouvent maltraités; les erotiques seraient changées en prostituées; des fous furieux il faudrait faire des soldats etc. Moi-même, ajoute-l-il, j'en suis une preuve; car je suis un homme chez le quel les fantômes enlèvent souvent tout frein : et je suis très disposé à fuir avec la raison qui très facilement vide les arçons; c'est pourquoi mes amis ne me laissent jamais seul, si je ne leur promet de décharger, d'une autre façon, mes idées».

Lestzmann qui, plus tard, se jetait du haut d'une fenêtre, écrivit le célèbre Journal d'un mélancolique (1834); de même, Mailalh, après avoir tracé le tableau de ses propres douleurs dans le Suicide, se noya avec sa sœur, à qui était dédié son funeste roman.

Le Tasse dans sa lettre au duc d'Urbin et dans l'octave citée plus en haut a retracé clairement sa propre folie; Francesco, rcpète-t-il ailleurs :

Francesco, infirme dans den membres infirmes J'ai l'âme (1).

(1) «Francesco, inferma, entro le membra inferme » Ho Panim;) ».

C'est un fait curieux que lui-même, si longtemps avant de tomber dans les accès maniaques, ait écrit ces mots: «Bien que. je ne nie point que je suis fou, j'ai besoin de croire que ma folie est causée par Tivresse ou par Taraour; car je suis bien, moi, qu'en secret, je bois etc. (1)>.

Dostojewski introduit continuellement des mattoïdes, el des fous épileptiques dans VTdioi, dans le Besi, et des fous moraux dans Crime et Châtiment,

Gérard de Nerval écrit Aurélia, qu'on a appelé le Cantique des Cantiques de la fièvre, un mélange de poèmes et de grimoires.

Barbara écrit les Détraqués. — Buston peint ses propres hallucinations. — AUix, quoique non médecin, écrit sur le traitement des aliénés. — Lenau, douze ans avant de succomber sous les coups de la folie, l'avait pressentie et décrite; tous ses poèmes dépeignent, avec des couleurs douloureusement vivantes, les tendances au suicide et à la lypémanie; le lecteur pourrait en juger par les seuls titres de ses poésies lyriques : À V hypocondriaque, Le fou, Les malades àt Vâm$, La violence du rêve, La lune d'un mélancolique.

Je ne crois pas que, dans les pages les plus funèbres de J. Ortis il soit possible de trouver aussi vivement colorées les tendances au suicide comme dans ce passage du Seelenkranke : c Je porte dans mon cœur une blessure profonde et je veux la porter muette jusqu'à la mort ; — raa vie se brise d'heure en heure. — Une seule personne pourrait me consoler; une seule personne il y aurait, dans le sein de la quelle je pourrais sangloter et me soulager. Mais cette personne unique gît dans le fond du sépulcre... — Oh ma mère, laisse-toi ébranler par mes prières; si ton amour veille encore dans la mort, s'il t'est permis encore d'avoir

soin de ton enfant Oh I laisse-moi t;i7e sortir de la vie.

Je désire une nuit morte. Âh ! aide une fois encore ton

(1) Epistolario, m, r.

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