CHAPITRE PREMIER
comme pour l'origine véritablement pathologique, aux brochures Cabalistiques; tout sujet, tout mot, qui peut tomber dans le rôve est lié à une série d'allusions qui doivent servir à rinterprélation l'un de l'autre. Père peut signifier auteur, mari, fils, commandant. Pied, indique les fondements de la maison, les arts, les ouvriers. Le Cheval, apparaissant en rêve peut signifier fuite, richesse, femme. Cordonnier et Médecin s'équivalent! En somme ce n*est point l'analogie des faits qui prévaut, mais celle des mots, des sons: — bien plus..! (les rimes. Orior et morior ont un égal pronostic parce que «funa (anitim litiera cum differanlnr, vicissim, unum inalium transit». On se sent pris de compassion pour la nature humaine et pour soi-même, quand on le voit raconter comment un cavalier atteint de calculs, s'il rêvait d'aliments, olait saisi le jour après par le mal en — y ajoutant : it cibos enim ac dolorcs degustare dicimusM: comme si la nature s'amusait à faire des jeux de mots en latin : Et pourtant c'était là l'homme qui avait deviné les admirables théories, dont nous avons parlé sur les sensations douloureuses dans le rêve et qui, médecin, et sans doute très-clairvoyant médecin, avait la notion des sympathies du plexus solaire.
Newton lui-môme, ce Newton qui pesait les mondes dans les balances de ses calculs, était certainement aliéné quand il se rapetissait jusqu'à interpréter V Apocalypse, ou les cornes de Daniel ; il l'était encore plus quand il écrivait à Benthley : a Avec la loi de l'attraction l'on comprend très-bien l'orbite allongée des comètes, mais quant à l'orbite presque circulaire des planètes, je ne vois aucune possibilité d'obtenir la différence latérale; et cela ne peut être obtenu que par Dieu >.
Preuve très-singulière, comme dit bien Arago, qui substitue et installe Dieu à la limite où la science ne pénétrait pas encore! Et pourtant lui-même, le grand Newton, dans une page de VOplique, s'était déchaîné contre ceux qui, à la manière des Aristotéliciens, admettent des qualités oc-
cultes dans les choses, bornant ainsi et empêchant les recherches des philosophes naturels, sans rien conclure. En effet, un siècle plus tard, Laplace trouvait la cause véritable qui avait échappé au calcul de Newton.
Ampère crut sincèrement avoir trouvé la quadrature du cercle.
Pascal, qui pourtant, le premier, avait étudié les lois des probabilités, crut aussi que le contact d'une relique avait le pouvoir de guérir une fistule lacrymale; et il raflSrma dans un de ses livres.
Rousseau fait de sa sauvagerie maniaque le type idéal de rhomme; il croit que toute production naturelle, douce au palais ou à la vue, doit être inoffensive; si bien que d*après lui, l'arsenic ne serait point dangereux; sa vie est un tissu de contradictions; il préfère à tout la campagne... et habite dans la rue Platonière; il écrit un traité d'éducation et... met ses enfants à Thospice; il juge avec un scepticisme sagace les religions et lance une pierre contre un arbre pour deviner l'avenir; et dépose ses lettres à Dieu sur les autels des églises, comme si Dieu avait là sa demeure exclusive !
Baudelaire compare le sublime dans Varlificiel au fard qui rehausse une belle femme; il dépeint, dans une inspiration folle, un paysage de métal, d'où l'eau et les végétaux sont bannis: «Tout y est rigide, poli, luisant, sans chaleur, sans soleil : au milieu du silence éternelle, l'eau bleue, s'encadre comme dans les anciens miroirs, dans un bassin d'or»; il trouve son idéal dans le latin de la décadence, le seul qui rende bien le langage de la passion, et adore les chats au point de leur adresser trois pièces de vers. — € Baudelaire eut peu d'idées, et toutes décousues, quelques-unes sans aucun sens(1); c'est ainsi qu'il écrit dans
(1) Revur Bleue, 18S6.
CIIAPITUE PREMIER 453
les Avis aux Communistes: Maintenant tout est commun, même Dieu!)» Que veulent dire ces paroles?» (Ici.)-
Ilaym définit la philosophie de Schopenhauer c un rêve vivement rêvé et spirituellement réalisé » et son caractère «une contradiction complète ï>.
Walt Whitmann était certainement aliéné quand il écrivait qui ses yeux les accusés valent autant que les accusateurs, les juges autant que les coupables; et quand, dans ses poëmes il déclare ne pouvoir rendre hommage qu'à la verlu d'une seule femme, qui était... une courtisane; quand il proclame: «en moi la latitude s'allonge; la longitude s'élargit; en moi sont les mers, l'espace, le volume, la maliére, l'Afrique, la Polinésie», et quand pour faire profession de matérialisme il s'en vient nous raconter que l'àme n'est pas seulement dans le bras, dans le nez, dans le menton, dans les cheveux, mais jusque dans le
Lenau dans sa Lune de V hypocondriaque voit, à l'inverse de tous les poètes, dans la lune froide, sans air, sans eau; «le croque-mort des planètes; c'est elle qui avec un fil d'argent entortille, enchaîne les dormeurs et les conduits à la mort; c'est elle qui du doigt touche, entraîne les sonnambules et conseille le voleur >. — Lenau qui avait pourtant écrit plusieurs fois dans sa jeunesse « que le mysticisme est un signe de démence )>, très-souvent, dans ses dernières poésies, tomba dans le mysticisme.
Il n'y a pas dans le Koran un seul chapitre qui se relie à un autre; souvent même dans une seule suraie, les idées sont interrompues ou associées d'une manière lout-à-fait bizarre.
<c Sur Mahomet, écrit Morkos (1), l'on peut porter les jugements les plus opposés: on ne peut point lui dénier une grande supériorité ; mais il est, d'autre part, impossible de ne point reconnaître en lui les artifices les plus insi-
(1) L^ Komn, p. 12 13, U. Turin, 1886.
gnes de rimposlure, l'ignorance la plus éclatante et l'impudence la plus grande.
> Ces qualités et ces défauts de l'homme se reflètent dans le Koran, où brillent souvent les plus hautes idées de science et de religion, où sont enseignés les principes les plus saints de justice, et d'humanité. Les impies, les traîtres, y sont foudroyés avec une éloquente énergie. Mais les meilleures idées se mêlent aux quolibets; souvent même elles sont jetées comme des perles au milieu des immondices; pris dans son ensemble, le Koran apparaît comme une œuvre indigeste, décousue, dans laquelle on ne trouve ni la continuité d'aucune pensée, ni aucun art même élémentaire; ses chapitres, surât, sont des centons entassés pêle-mêle; le désordre^ domine dans le tout et dans les parties; dans un même chapitre. Ton passe d'un sujet à un autre toutà-fait différent ; on y voit mêlés des faits historiques avec des commandements qui n'ont avec eux aucune relation; les menaces contre les impies se confondent avec les lois testamentaires, les prescriptions rituelles avec les fantaisies sur la création de l'Univers, les souvenirs des entreprises belliqueuses avec la solution de cas judiciaires; les anachronismes y sont énormes et fréquents; les faits historiques sont fabuleusement travestis, et les paralogismes sont répétés avec une étrange ingénuité. Au milieu de ce fouillis, les éclairs contre Tidolàtrie, les menaces du feu infernal contre les impies, et les promesses faites aux croyants, d'un paradis extrêmement sensuel, où les excrétions finales ellesmêmes et les célestes repas s'exhalent par les pores du corps sous la forme de fluide éthéré dans un musc odoriférant, de semblables sentences mêlées aux avis sur la nécessité de la prière, de la justice, et de la charité, sont répétées des centaines de fois, à chaque instant : et constituent, le seul lien qui unisse cet ensemble bizarre et décousu (1) ?».
(1) MoRKos. Le Koran. 1886, Turin.