‹ L'homme de génieChapitre 191 sur 257 · Chapitre · texte numérisé non relu

Chapitre

ANALOGIE DE CES CARACTÈRES AVEC CEUX DES GÉNIES NON ALIÉNÉS. — Manque de caractère. — Orgueil. — Précocité. — Alcoolisme. — Impulsivité. Signes dégénératifs. — Obsession, etc.

Mais pour qui se rappelle bien tout ce que nous avons exposé plus haut, ces caractères ne se bornent aux seuls génies aliénés; on les rencontre encore, bien que moins éclatantes, chez les grands hommes moins soupçonnés de folie, dont ces génies aliénés ne sont que Texagération, la caricature. C'est ainsi que le caractère complet, s'il a brillé chez Socrate, Colomb, Cavour, J. Christ, Galilée, Spinoza, ne se trouve plus chez Napoléon, Bacon, Cicéron, Sénèque, Alcibiade, Alexandre, Jules César, Machiavel, Carlyle, Frédéric II, Dumas, Byron, Comte, Bulwer, Pétrarque, Aretin, Gibbon.

L'orgueil porté jusqu'à l'invraisemblance a été remarqué chez Napoléon, Hegel, Dante, Victor Hugo, Balzac, Comte (p. 62), et comme nous l'avons vu, jusque chez les hommes de talent, sans génie, comme Cagnoli, Lucius (pag. 64), Porta, etc.

La précocité, à son tour, ne lait point défaut chez les génies normaux comme Mozart, Raphaël, Michel Ange, Charles XII, S. Mill, d'Alembert, Lulli (pag. 20).

On retrouve également chez eux les abus alcooliques (1), les défauts et les excès sexuels suivis de stérilité, (Pope,

(1) V. supra pag. 72, 73, 74, ajoutez-y Cowley, Otway, Congrève, Prior, Marlovv, Pope, Addison, Sommerville, Burns, Keats, Sheffield. (Smiles, o. c.).

Byron, Burns, Millon, Keals, Dryden etc.), la tendance au vagabondage (pag. 24), les actes impulsifs alternés ou associés aux mouvements convulsifs : il n'y a pas longtemps que M. de Bismark disait à Beust : « Avez-vous aussi envie de casser quelque chose pour vous divertir? j» et il s'exerce souvent ainsi que Gladstone et Malon (Belge) à briser des troncs d*arbres comme un bûcheron (1).

Et nous avons trouvé chez plusieurs parmi eux d'assez nombreuses anomalies crâniennes et cérébrales (p. 11 et 16).

Les signes de dégénérescence, bégayements, mancinisnoe, précocité, stérilité abondent chez les uns et chez les autres (pag. 17 et 23) ainsi que la dissemblance des ancêtres (2).

Nous constatons enfin chez eux cette invasion, ou mieux cette obsession du sujet, qui transforme la création en une véritable hallucination ou en une auto-suggestion (3).

Flaubert nous dit que: «c les créations de son imagination le frappent, le poursuivent ou, pour mieux dire, qu'il en vit. Quand il décrivait Tempoisonnement de Madame Bovary, il sentait le goût de l'arsenic sur la langue; il était lui-raêrae empoisonné au point de vomir ». — Dickens éprouvait de la douleur, de la compassion pour ses personnages,- comme s'ils avaient été ses propres enfants (4).

€ A mon sentiment, écrit Edmond de Goncourl, mon frère est mort du travail, et surtout de l'élaboration de la forme, de la ciselure de la phrase, du travail du style. Je le vois encore reprenant des morceaux écrits en commun, el qui nous avaient satisfait tout d'abord, les retravaillant de>

f 1) Voir patf. 24. — Ou sait à quel dejçré le grand ministre anglais Gladstone porte le même goût, lui à qui ses amis offraient récemment une hache d'argent

(?) Voir pa<r. 19. — La Fontaine n'est pas un génie français, il n*avait pas l'esprit de» conversations, etc. (Bouroet. Ouvr. cité).

(3) Pag. 25, 26 et 32.

(4) Voir pa;X' '"^2. Voir Dilthey. Dichter tache FAnbUdungskraft und Wnhtisinn. Leipsig, 1886.

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