CHAPITRE II
homes, des demi journées, avec une opiniàirelé presque colère j».
« Songez enfin que toute notre œuvre, et c'est peut-être son originalité, originalité durement payée, repose sur la maladie nerveuse; que ces peintures de la maladie nous les avons tirées de nous mêmes, et qu'à force de nous détailler, de nous étudier, de nous desséquer, nous sommes arrivés à une sensitivité supra-aiguë, que blessaient les infiniment petit de la vie. Je dis « nous > car quand nous avons fait Charles Demailly j'étais plus malade que lui. Ilélas! il a pris la corde depuis. Charles Demailly! c'est bien singulier, écrire son histoire quinze ans d'avance ! (1) ».
L'obsession du génie arrive au point de dédoubler véritablement la personnalité, et transformer un philanthrope en un homme tyran, un mélancolique en un plaisant ripailleur(2).
Nous avons trouvé, en dernier lieu, même dans les génies les plus complets, les formes incomplètes et rudimentaires de la folie, mélancolie, mégalomanie, des hallucinations (3); ce qui explique, à nos yeux, les convictions de certains prophètes et fondateurs de dynasties, convictions assez profondes pour remplacer l'inspiration, devant le vulgaire (4).
« Une disposition, écrit Maudsiey, à être mécontent de rétat de choses existantes c'est-là une des conditions essentielles de l'originalité du génie ».
De même, on retrouve chez eux l'usage de mots (5) spéciaux, caractère qui est propre aux monomanes, et ces incertitudes de l'esprit qui vont jusqu'à la folie du doute (6).
(1) (Lettre d^Edmond de Goncourt à Emile Zola). — Lettres de Jules de Goncourt. Paris, 1885.
(2) Pag. 33 id., 81 à 85.
(3; Pag. 55, 260.
(4) Pag. 355 etc.
(5) Pag. 51 etc.
(0) Pag. 66, 67, 68, 69, 70, 71, 72.
La seule difTérence des génies intégres se réduit, à la fin, en une moindre exagération des symptônaes, en un moindre éclat de la double personnalité, en une moindi*e fréquence dans le choix des thèmes empruntés à la folie, (Shakespeare, Concourt et Daudet exceptés), et dans la moindre fréquence aussi de la note absurde, qui cependant n'y fait presque jamais défaut, si bien que rien n'est plus voisin du ridicule que le sublime (1).
Il n'est pas non plus sans importance de* voir que partout où le génie s'élève dans une race, le nombre des fous s'accroît aussitôt; nous en avons eu des preuves très-remarquables dans les juifs italiens (2), anglais et allemands; cela est si vrai qu'on est parvenu, en Allemagne, à calculer dans les asiles, le génie des parents comme l'un des éléments étiologiques de la folie. Et pour la folie comme pour le génie, on saisit l'influence des passions violentes dans la conception, de la vieillesse et de l'alcoolisme des parents: et comme il arrive toujours dans les dégénérescences, le génie ne se transmet que par exception, se transformant le plus souvent en des névroses toujours plus graves chez les enfants, et disparaissant rapidement grâce à celle stérilité par laquelle la nature veille toujours à la disparition des monstres. Poar ceux qui auraient oublié toutes les preuves que nous en avons données (3), il suffirait de considérer les arbres géncaloffiques de Pierre le Grand, des Césars et de Charles V, où les épilepliques, les hommes de génie et les criminels s'alternent de plus en plus jusqu'à ce qu'ils finissent par la stupidité et par la stérilité (4).
Dans tous ces trois types (fous, génies aliénés, génies sains), on voit, avec une intensité prcf-que égale, planer Tin-
(i) V. pages 34, 35, 3»3.
(2) Pag. 178.
(3) Pag. 187 à 104.
(4) Dejerinc. l)e Vîtri nJHr dons les ntaladies. 1886. — Rif.ot. l)e l'h' r • dit(^, 1878. — Irkland. The Uot upon thc Brnin, 188ô.