‹ L'homme de génieChapitre 24 sur 257 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

excitait Tadmiralion de tous à 16 mois et il prêchait à 6

ans. A 15 ans Fénélon prononça à Paris un sermon devant

un public très-choisi. Guillaume Wetlon a 5 ans savait lire

el traduire le latin, le grec et Thébreu, et à 10 ans il

connaissait le chaldaïque, le syriaque et Tarabe. Mirabeau

prêchait à 3 ans, et à 10 ans publiait des livres. Haëndel

A 13 ans composa une Messe, à 17 ans Florinde el le Néron,

el à 19 ans était déjà directeur du théâtre de musique

<i1Iambourg. Raphaël était renommé à 14 ans. Rétif de

la Bretonne à 4 ans avait déjà fait beaucoup de lectures,

â 11 il avait séduit des jeunes filles, à 14 il composait un

poème sur ses douze pj^emières maîtresses, P^ichorn , Mozart,

F-ybler donnèrent des concerts à 6 ans. À 13 ans Beethoven

composa trois sonates. Weber n'avait que 14 ans quand il

fit représenter son premier opéra : Das Waldmàdchen.

Chenibini à 13 ans écrivit une Messe qui entousiasma ses

concitoyens. Bacon à 15 ans avait conçu le Novum Orga-

num. Charles XII manifesta ^es grands desseins dès l'âge

de 18 ans(1).

Cette précocité est maladive et atavistique: on l'observe chez tous les sauvages.

Le proverbe: «( Un homme qui a du génie à cinq ans est fon à quinze )» esl souvent vérifié dans les asiles (2). Les fils des aliénés sont souvent des enfants précoces. Savage a connu une folle dont les enfants jouaient la musique classique avant Tâge de 6 ans, et d'autres enfants qui à un âge très tendre montraient des passions d'hommes faits. Chez les enfants des aliénés se développent souvent de certaines aptitudes et certains penchants principalement

(1) BcABD. Névrosisme amei'icain. 1887. — Canckllibrl Iniorno uomini doiati di gran menwria. 1715. — Klepekbb. IHUioih, ei^xtditm^um procacium. Hambourg, 1717. — Baillct. De pi*œcocibus ei^uditis. 17 1,5.

(2i Sataoe. Moral insanity, New York, 1886.

pour la musique, pour les arls et les mathémaliques, qui ne se rcvèlenl point chez les autres enfants.

Tardivilé. — L'existence des génies tardifs s'explique, observe très bien Beard, par Tabsence d'occasions qu'en favorisent Téclosion : et par l'ignorance des maîtres et des parents qui voient de l'oblusité mentale, de l'idiotie, môme, là où il n'y a que la distraction ou Tamnésie du génie.

Bien des enfants, qui furent ensuite des grands hommes, ont été regardés aux écoles comme des mauvais sujels, des étourdis ou des sots; — mais leur intelligence prit son essor aussilôt l'occasion venue, ou, tout au moins, lorsqu'ils trouvèrent la voie qui était propre à leur génie.

C'en fut ainsi de Thiers, Peslalozzi, Wellington, Du- Guesclin, Clarck, Burns, Balzac, Fresnel, Dumas père, Ilumboldt, Sheridan, Boccaccio, Pierre Thouar, Linnée, Volta, Alfieri.

Aussi Newton oubliait très souvent les ordres et les commissions que lui donnait sa mère, pour méditer sur les problèmes de Kepler; et tandis qu'il était le dernier de son école il était très adroit dans les confections des jouets mécaniques. Walter Scott, qui faisait une aussi mauvaise mine h la classe, était déjà un surprenant diseur de contes.

Klaproth, l'orientaliste célèbre, pendant qu'il suivait les cours de l'Université de Berlin était considéré comme un étudiant arriéré, [jnc fois aux examens un professeur lui dit: « Mais, monsieur, vous ne savez rien! ». -— « Excusezmoi, repondit-il, je sais le chinois ». — Des informations prises on sut qu'il avait apprit cette langue difficile seul et presque en cachette.

Gustave Flaubert « fut le contraire d'un enfant phénomène. Il ne parvint à apprendre à lire qu'avec une extrême dilTicullé. Sou esprit, cependant, travaillait, car il composait déjà des pièces, qu'il ne pouvait point écrire, mais qu'il

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représentaiL toul seul, jouant les diirijrenls personnage».

iiiipmvisanl iJc longs dialogues (1) i>. Le Dnmeniquin, q[ic ses cnincrades appelaient Grand-

Beuf, à ceus'qui l'accusaienl d'être d'esprit tard et de n'ap-

inendre pas aussi vile que les autres lîièves, répondit: ^(C'esl que je travaille dans moi-même ». ^^Lpitrrois (les enfants n'ont fait de progrès qu'abandonnés ^^Beiir propre impulsion. — Ainsi Cabanis, bien igu'intel- ^^■enl, i-laiL considéré i, l'i^cole comme un entélé et un fé- ^^■mt et on le renvoya. Son père se dérida alors k risquer ^^H| expérimenl. Il permit que son lils, .'i 14 :ins, èludiiU ^^BOH gi'i^. L'expérience réussit compléleiiienl.

l.inls

Jisanéisme C^). — Ces hommes qui créent de nouveaux mondes sonl, h l'égal des personnes ordinaires et des en- Ihnls. ennemis de toutes les nouveautés. Ils mettent une lergie exlraordinarie à rejeter les découvertes des ausoit que la saturalion, pour ainsi dire, de leur ccrleur iatcrdisG tniile nouvelle absorption: iioit qu'ils. int acquis comme une sensibilité spéciale, alerte seulement pour leurs propres idées el réfraclaire aux pensées (tes antres.

Ainsi Schopenliaucr, qui lui pourtant un grand rebelle en

philosophie, n'a que lies paroles de pitié et de mépris pour les

j;évolulionnaires politiques: et il légua sa Torlune aux hom-

qtii, pendant les troubles politiques de 1848, avaient

trihué h réprimer par les armes de si nobles efforts,

I, qui inau(>iira une poliliqiu' allemande cl qui

lail donner essor à un an el à une littérature natio-

otipr-onna même pas la valeur de llerder, ôei

lopstook, de Leasing, de Gœtlie (3); il répugnait telle-

*uc Gutiuve Flaiihe.i. l'an iiiM Trois Tribuns , 1MM7.

menl à changer d'habits qu*il n'en eut guère plus de deux ou trois, pendant toute sa vie. On peut en dire autant de Napoléon pour son chapeau — Rossini ne put jamais aller en chemin de fer(1) — Napoléon repoussa la vapeur et Richelieu envoya à Bicêtre Salomon de Caus, son premier inventeur (2). — Bacon se moqua de Gilbert et de Copernic: il ne crut point à l'application des instruments et même des mathématiques aux sciences exactes (3). — Baudelaire et Nodier délestaient les libres penseurs (4).

Laplace niait la chute de météorites: car, disait-il, avec un argument très goûté par MM. les Académiciens, ne peuvent tomber du ciel des pierres qui n'y sont pas ; — Biot nia la théorie des ondulations; — Darwin ne croyait à l'âge de la pierre, ni à l'hypnotisme (5); — Voltaire niait les fossiles, — et Robin riait de la théorie Darwinienne.

Vagabondage. — Le vagabondage est fréquent chez les hommes de génie. Citons seulement Heine, Alfieri, Byron, Giordano Bruno, Maxime du Camp, Leopardi, le Tasse, Goldsmith, Sterne, Gautier, Miisset, Lenau. — « Mon père m'a laissé en héritage son génie errant » écrivait Foscolo. Ilolderlin, après avoir vu entrer au couvent sa femme qu'il aimait, erre pendant quarante ans sans se fixer nulle part.

Tout le monde connait les courses continuelles du Pétrarque, de Cellini, de Cervantes, à une époque où les voyages présentaient tant de difficultés et de dangers. On

(1) Vu aini fit un jour une tentative pour lui en donner Thabitudoet le vit, saisi d'horreur, tomber en défaillance. — Rossini lui disait après: t Si Je n'étais pas conmic ça, je n'aurais point (K:rit le ^avbiere*. Mots qui devraient méditer ceux qui sourient de mon livre.

(2) Kadestuck. Ouvrage cit»^.

(3) Draper. Histoire du drv^top))€mf!nl intellectuel de l'homme, m, 230.

(4) Revue lileue. 1887, p. 17.

(5) Daè^in's Life. 1887.

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