‹ L'homme de génieChapitre 25 sur 257 · CHAPITRE ir · texte numérisé non relu

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sait que parfois, dans les Universités, les professeurs les plus renommés sont pris de la manie de changer d'endroit el pour la satisfaire oublient tous leurs intérêts personnels.

Inconscience. — Instantanéité. — La coïncidence du génie avec la folie nous aide à comprendre Tinconscience étonnante, rinstantanéité et Tintermitlence de ses créations: de là vient sa grande ressemblance avec l'accès épileptique (nous verrons plus tard quelle est son importance), de là vient aussi la différence qui le sépare du talent.

fie talent, dit Jùrgen-Meyer (i), se connaît lui-même: il sait comment et pourquoi il a abouti à une théorie donnée; il n'en est pas de même du génie qui ignore comment et pourquoi il y est arrivé. — Rien de plus involontaire que la conception géniale )».

^ L'un des caractères du génie, écrit Hagcn, est l'impulsion irrésistible. Comme Tinstinct pousse l'animal à accomplir de certains actes au danger même de l'existence, ainsi le génie, lorsqu'il est dominé par l'idée, est incapable de s'abandonner à une autre pensée. Napoléon , Alexandre font des conquêtes non point par amour de la gloire, mais pour obéir à un instinct tout puissant; de même le génie scientifique n'a point de cesse, son activité peut paraître, mais ne l'est point, l'effet d'une libre volonté. Le génie crée non parce qu'il le veut, mais parce qu'il doit créer ».

Paul Richter écrit: « L'homme de génie est, à beaucoup d'égards, un véritable somnambule. Dans son rêve lucide il voit plus loin que dans la veille et il atteint les plus hautes cimea de la vérité; qu'on lui enlève le monde fantastique il est soudain précipité dans le réel (2) >.

<I) trente und Talent. 1875.

(2« FiscHCB. A^sthetik, ii, 1, p. 386.

Haydn attribuait à une grâce mystérieuse deseendire d*ci% haut la conception de la célèbre symphonie La Crémtien. <( Quand mon travail n'avançait pas, dit-il, je me retiraisdans l'oratoire avec mon chapelet et je disais un A^fe: de suite les idées revenaient à moi ». — Lorsque notre MilV laisse s'échapper, presque sans vouloir, ses merveilleusi poésies, elle s*agite, crie, chante, parcourt un long espai de terrain, et devient presque la proie d'un accès ép leptique.

Plusieurs hommes de génie, qui se sont étudiés eu! mômes, et qui ont parlé de leur inspiration, nous l'oi décrite comme une fièvre, douce et ravissante, pendant li quelle leur pensée devient rapidement et involontairemer» féconde, et éclate comme une étincelle d'un tison nllumt3.

Telle est la pensée qiu; Dante a gravé dans ces trois vei"^ admirables:

« r mi son un che« qnando

Amore spina, noto: ed in quel modo Clie detta dentro vo si^nificando (1) ».

Napoléon disait: que le sort des batailles est le résultat d'un moment, d'une pensée cachée ; le moment décisif apparait, l'étincelle éclate et l'on lient la victoire (Moreau).

Les plus belles poésies de Kuh, écrit Bauer, furent dictées pendant que le poète était dans un état intermédiaire entre la foHe et la raison: aux moments où il dictait des strophes sublimes, il était incapable du plus simple raisonnement.

Foscolo nous dit, dans son Epislolario, le plus beau monument de sa grande âme: « Le fait d'écrire dépend d'une certaine fièvre aimable de l'esprit, que personne ne peut avoir h volonté. — J'écris des lettres non point

(1) «Je suis ainsi fait, que lorsque l'amour m'inspire, je note: et selon qu'il parle en moi, je m'exprime ».

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