CHAPITRE II
pour la patrie, ni pour la gloire, mais pour la joie intime qui émerge de l'exercice de nos facuilés: elles ont besoin de mouvement, comme nos jambes de promenade >.
Mozart avouait que les inventions musicales se produisaient en lui, même dehors de sa volonté, comme des rêves. — Hoffmann répétait souvent à ses amis : « Pour composer, je me mets au piano, je ferme les yeux et je joue ce que j'entends dicter du dehors (i) >».
Lamartine disait souvent: a Ce n'est pas moi qui pense; ce sont mes idées qui pensent pour moi (2) ».
Alfieri qui se comparait à un baromètre, pour les changements continuels amenés dans sa puissance poétique par les changements de saison, n'eut pas la force, en septembre, de résister à une impulsion nouvelle, ou pour mieux dire renouvelée, qui se fit sentir pendant plusieurs jours: il dut enfin se déclarer vaincu et écrire six comédies (Vie). Teza, qui dépouilla ses manuscrits, trouve dans un de ses sonnets: « Un vecchio in bianca veste (3) -», celle noie écrite de sa main: < Pendant une promenade. Ne voulant point le faire (4) ».
Montesquieu ébaucha l Esprit des lois dans ime voiture.
Chez Alfieri, Gœthc, l'Arioste, la création était instantanée; souvent môme elle se produisait au réveil (5).
Celte domination du génie par l'inconscient a été remarquée depuis de nombreuses années.
Socrate dit que les poètes créent non en verlu d'une science réfléchie, mais grâce à un certain inslinci naturel, «Ainsi les devins font leurs prédictions et annoncent des choses bien belles, mais sans avoir aucune conscience de leurs discours (6) ».
(1) ScHiLUiio. Psychiat. hriefe, p. 486. 1883.
(2) Ball. Leçons des maladies mentales. 1881.
(3) < Un vieillard vêtu de blanc ».
(4) « A spasso. Non volendolo farc ».
(5) Radkstock, p. 42.
(0) Apologie.
38 PREWÈBC pirriE
^ Toule> les rûanife^tatiofis do génie, écrit Vollaii*e à Diderot, >oDt des effeU de rinstînct. Tous les philosophes da monde fondas ensemble n*auniieni pn donner VArmide de Oain«iijlt on Les animaux wuilades de la peste que La Fontaine composa sans savoir même ceqn'il faisait ; Corneille (il la scène des Horaces, comme un oîsean fait son nid (1) ».
Ainsi les pins grandes conceptions des penseurs, préparées, pour ainsi dire, par les sensations anciennes, et par la sensibilité exquise de Torganisme, éclatent soudain, et se développent, — par une cérébration inconsciente. — Cest là ce qui explique les convictions profondes des prophètes, des saints et des sorciers, ainsi que celles des aliénés actuels.
Somnambulisme. — Beltinelli a écrit : « La poésie pourrait presque s'appeler un rêve accompli en présence de la raison : qui plane au-dessus de lui, les yeux ouvei*ts(â) >. C'est là une définition d'autant plus exacte que beaucoup de poêles ont composé leurs vers dans le rêve ou dans le demi-rêve.
Selon Gœlhe, une certaine irritation cérébrale est nécessaire aux poètes: beaucoup de ses chants furent, en effet, composés dans un état voisin du somnambulisme. KIopstock déclarait avoir trouvé en rêve plusieurs inspirations de son poème.
Voltaire conçut, pendant le sommeil, l'un des chants de la Henriade, Sardini une théorie sur le flageolet, Seckendorf ce beau chant sur la fantaisie qui, dans son harmonie, réfléchit aussi bien son origine (3).
(1) Lettre du 20 avril n52.
(2) Bkttinku.i. OiivniKe cité, p. 80.
(3) « Holde susse Phnntasie
Immer yjoirksam , immei' wpg I)ank sei deinem Zauhei'hildern ^ Die 7nein hartes Schiksai miiifei^n Tkink dir. erc. *.