CHAPITRE n
Don Jtian en apercevant une orange (I) qui réveilla dans son esprit le souvenir d'un air napolitain assez populaire entendu par lui cinq ans auparavant.
La vue d'un portefaix suggéra le tableau de Giuda à Léonard de Vinci : les mouvements de son modèle suggérèrent à Thonvaldsen l'attitude de VAnge assis. Salvator Rosa dut ses premières inspirations grandioses aux scènes du Pausiiippe. Hogart conçut ses scènes grotesques dans une taverne de Highgale, après avoir eu, dans une dispute, le nez cassé par un ivrogne. Milton, Bacon, Léonard de Vinci avaient besoin d'entendre un peu de musique avant de se mettre au travail. Bourdaloue raclait un air sur le violon avant d'écrire ses immortels sermons. La lecture d'une ode de Spencer détermina en Cowley la vocation poétique. La vue d'un crabe suggéra à Watt l'idée d'une machine très-utile à l'industrie (2).
De même une sensation est le point de départ des actes lerribles produits par la manie impulsive.
La domestique de Humboldt avouait que la vue des chairs fraîches et délicates de son nourrisson l'entraînaient irrésistiblement à y mordre.
Ainsi d'autres personnes, à la vue d'une hache, d'une flamme, d'un cadavre ont été entraînées vers l'homicide, l'incendie, la profanation des cimetières.
H faut ajouter que souvent l'inspiration se transforme en une hallucination véritable: en effet, comme l'a bien dit Hettinelli, l'homme aperçoit alors les objets mêmes que lui présente son imagination. — Dickens, Kleist s'affligeaient sur les destinées de leurs héros. On entendit Kleist dire en pleurant à un ami, après avoir terminé une tragédie: « Elle est morte ». II s'agissait de Penthésiléc. — Schiller était aussi ému par les nvonlurcs de ses pcrson-
(li Génie und talent. 1879.
(?i Arago.
PftCMIÈKE PAITIB
nige> que par df^ éréBemenU rêek(1). — T. Grossi racoota à Vefga. qii>n écrii ani VAppariUom de Prina, il vil Prina liiî-aiènie panilre devanl lui cl qu'il fut obligé de rallumer >a lampe pour faire rTaaouir le fanlôme (2).
Rail rapporte de Reyoolds. qu'il pai-veuait à peindre jusqu'à SOÙ portraits par an. il fixait pendant une demi-heurc la personne dont ii esquissait le portrait. Il la revoyait ensuite dans une hallucination, avec toutes les apparences de la vie^âi. Brierre de Boîsmont nous raconte que le peintre Martina voyait véritablement les tableaux qu'il imaginait. Tn jour quelqu'un s'était interposé entre lui cl le point où se montrait Phallucination : il le pria de s'éloigner parcequ'il lui était impossible de reproduire son lableau(4).
Luliier entendait Satan lui faire des objections qu'il n'avait pu réfuter la veille.
Cromwel vit, une fois, paraître davant lui un fantôme gigantesque qui lui annonça qu^il deviendrait le plus grand homme de rAngletcrre.
Contrasie, — Inlermilience. — Double personnalité. — Après le moment de l'inspiration, Thommc de génie se change en un homme ordinaire, s'il ne descend pas plus bas. De même la personnalité diflercnle ou, d'après la terminologie actuelle, la personnalité double et souvent opposée, est l'un des caraclères du génie. ^ Nos plus grands poètes, ainsi que Ta bien dit Disraeli (5), Shakespeare et
(1) DiLTHEY. Veber Einbildungskraft der Dichter. 1887.
(2) Lazzarctti. Ouvrage cité. 1880.
(3) Ouvr. cité, p. 76.
(4) Des hallucinat,, 23, p. 0.
<5) Curiosités littéraires. 1869.
Txîs dernières recherches sar l'hypnotisme et sur les phénomènes de crédulité qui l*accompagnent montrent que bien souvent l'hallucination présente tous les caractères de la sensation réelle ; aussi les suggestions optiques se modifient avec les lentilles. — Lombroso. Studii sulVipnotismo, ecc. 2" éd., 1888.