‹ L'homme de génieChapitre 29 sur 257 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Drj'den sont aussi les poètes qui ont produit les vers les plus affreux >. Il a été dit de Tintoretto que « tantôt il surpassait Carrache et tantôt était inférieur à Tintoretto luimême ».

On sait que les plus grands tragédiens sont très gais en société et d'humeur mélancolique dans leur famille. Le contraire est des vrais comiques.

Vamusanle histoire de Jean Gitpin{i)j ce chef d*œuvre d'humour, fut écrite par Cowper entre deux accès de mélancolie. La gaité était en lui la réaction de la tristesse. < Chose singulière, disait-il, mes vers plus comiques, je les ai écrits dans les moments de plus forte mélancolie, et peut-être sans elle je ne les aurais jamais écrit >.

Un jour chez Abernethy se présenta un brav*homme pour une consultation. Après l'avoir bien visité, le praticien célèbre lui dit: € Vous avez besoin d'un peu de gaité. Allez entendre ce brave Grimaldi, il vous fera rire de bon cœur, et cela vaudra mieux que toutes les médecines >. c Mon Dieu! s'écria le malade, mais c'est moi Grimaldi! (2)».

Débnreau, au sujet de sa tristesse, alla consulter un aliéniste qui lui conseilla d'aller trouver Débureau.

KIopstock, interrogé sur le sens de certaines périodes de son poème, répondit: «Autrefois nous étions deux à les comprendre: Dieu et moi: aujourd'hui il n'y a plus que Dieu qui en soit capable >.

Giordano Bruno disait de soi-même: c In hilaritate Iristis, in tristitia M taris ».

C'est pourquoi d'Ovidio tire, de la confession même du Tasse, une explication très fondée des contradictions qui se remarquent dans le style du poète: «L'inspiration une fois évanouie, il s'égarait dans ses propres créations. Il

(1) The Diverting History of John Gilpin.

(2) Smucs. Vita e lavoro. 1886.

â4 PREMIÈRE PARTIE

n'en appréciait point la beaiilc, il n'en avait plus con* science (1) ».

cBon gré, mal gré, écrit Renan, et nonobstant tous mes efforts consciencieux en sens contraire, j'étais prédestiné à être ce que je suis, un romantique protestant contrc le romantisme, un utopiste prêchant en politique le terre-à-terre, un idéaliste se donnant inutilement beaucoup de mal pour paraître bougeois, un tissu de contradictions, rappelant Vhircocerf de la scolastique, qui avait deux nalures. Une de mes moitiés devait être occupée à démolir Tautre, comme cet animal fabuleux de Ctésias qui se mangeait les pattes sans s'en douter (2) ».

«S'il y a en vous deux hommes si différents, disait à Musset sa maîtresse, ne pourriez-vous, quand le mauvais se lève, vous contenter d'oublier le bon? (3)». Musset, lui-même, avoue s'être, en effet, abandonné, contre elle à des accès de colère brutale et de mépris alternés par des accès d'amour étrange, « une exaltation, portée jusqu'à l'excès, me faisait traiter ma maîtresse comme une idole, comme une divinité. — Un quart d'heure après l'avoir insultée j'étais à genoux; dès que je n'accusais plus, je demandais pardon; dès que je ne raillais plus, je pleurais ».

Sottises. — La double personnalité, l'amnésie et le misonéisme, si fréquents parmi les savants, nous donnent la clef des incroyables sottises, des vraies absurdités, que, parfois, se faufilent dans leurs écrits déjà signalés dans le : ^ Quandoque bonus dormitat Homertts » .

Flaubert en avait fait une collection très curieuse: il l'appelait le # Dossier de la sottise utnaine ».

En voici quelques exemples:

(1) Studi critici, p. 15. Napoli, 1880.

(?) Renan. Souvenirs, etc., p. 73. Paris, 18S3.

(3) Confessions d*un enfant du siècle, p. 218, 251.

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