CHAPITRE II
une ipérosmie: il percevait dans les étoffes l'odeur des femmes. Il ne pouvait pas séjourner en Belgique parce que les arbres n'y répandent, disait-il, aucune odeur. — Schopenbauer aussi baissait le bruit.
Guy de Maupassant dit de Gustave Flaubert: a: Dès sa première enfance, les deux traits distinctifs de sa nature furent une grande naïveté et une horreur de Faction physique. Toute sa vie, il demeura naïf et sédentaire. Il ne pouvait voir marcher ni remuer autour de lui sans s'exaspérer; et il déclarait, avec sa voix mordante, sonore et toujours un peu théâtrale: que cela n'était point philosophique. K On ne peut penser et écrire qu'assis », di- ?îail-il (1) ».
Sterne, le poète le plus psychologue après Shakespeare, îi écrit: «Quand je lis les histoires de nos pères je pleure eomme si j'en étais spectateur.... L'intuition et la sensi- Mlité sont les seuls instruments du génie. Elles sont la source de ces impressions délicieuses qui donnent à la joie une couleur plus brill.inle et qui nous font pleurer de bonheur >.
On sait qu'Allieri et Foscolo tombaient souvent aux pieds (le femmes mainte fois indignes d'eux. Alfieri ne pouvait point prendre de nourriture le jour où son cheval ne hennissait point.
Chacun sait comment la beauté et l'amour de la Fornarina inspirèrent la palette de Raphaël ; bien peu sa-
midcn .is^onrdios par lo bruit des f^rrîMonR; allant toujours nu silence... et Animant pour se tuer pour rencontrer enfin le silence du suprême repos... et ne le trouvant poiiit encore : ^ le bruit des vers du tombeau Tempechait de dormir ».
< Ob ! le bruit, le bruit, le bruit ! Je ne peux plus, supporter les oiseaux f J*en arrive à leur crier, comme D^burean au rossignol: Veux-tu te taire ^ vilaine bêfe î ».— lettres de Jules de Gonccurt. Paris, 1H85.
(h Étwie sur Gustnve F/mif^ert. Paris, 1885.
venl qu'il en vint jusqu'à faire résonner la lyre poétique (1).
Dante et AiGeri étaient amoureux à 9 ans, Scarron à 8, Rousseau à 11, Byron à 8. — A 16 ans Byron apprenant que la femme aimée allait se marier tomba presque en convulsion. « J'étais près d'étouffer. J'ignorais le sexe et pourtant mon amour était si violent que je ne sais point si plus tard je n'ai jamais aimé à ce degré ». Byron eut d'ailleurs une attaque convulsive en entendant jouer le Kean(i).
Lorry vil des littérateurs tomber en défaillance à la lecture d'un passage d'Homère.
Le peintre Francia mourut de bonheur à la vue d'un tableau de Raphaël.
Ampère était si sensible aux beautés de la nature qu'il pensa mourir de joie en apercevant la magnifique plage de Gênes. Il nous a laissé dans un de ses manuscrits le journal d'une passion malheureuse.
Newton demeura si ému après avoir découvert la solution d'un problème qu'il lui fut impossible de continuer son travail. — Gay-Lussac et Davy après une de leurs découvertes dansèrent en pantoufles dans leur cabinet.
En somme les passions sont puissantes chez les esprits puissants: chez quelques-uns, elles apparaissent paies et éteintes, uniquement parce qu'elles ont peu à peu cédé le pas à l'amour de la gloire et à la curiosité scientifjque.
C'est cette excitabilité exagérée des hommes de génie qu'on trouve mê.n:; quoique moindre, chez les hommes
(1) On conserve de lui plusicura vers, pirmi lesquels il y en a d*une extrême douceur:
« Quanto fu dolce il giog'o e la catena De* 8uoi candidi bracci al col mio volte, Che Bciogrliendomi io sento mortal pena ; D*altre cose non dico che non moite, Chè sovercliia dolcezza a morte mena ».
(2) I ÉTouuKKAU. i*hUosophie des passions t p. 114, 18^58.