‹ L'homme de génieChapitre 33 sur 257 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

de lalent, qui cause, en très grande partie, leurs malheurs réels ou imaginaires.

<Ce don précieux, ce rare privilège du génie, nous dit &Ianlegazza (1), entraîne à sa suite une réaction maladive à regard des plus légers troubles extérieurs: le moindre souffle de vent, la moindre haleine de canicule, le moindre frisson de fraîcheur devient pour ces sensitives le pétale de rose replié qui empêchait de dormir l'infortuné sybarite %. • .

La Fontaine pensait peut-être à lui-même, lorsqu'il écrivait:

« Un souffle, une ombre, uu rien leur donne la fièvre ».

Les offenses, qui pour les autres sont des points d'épingles, deviennent pour eux des poignards affilés. Lorsque Foscolo(l) entendit une parole moqueuse prononcée par une de ses amies, il s*indigna et s'écria: c Vous voulez me voir mort, je me briserai donc le crâne à vos pieds? )» puis il s'élança avec une très grande violence, tête baissée, contre Tarête de la cheminée de marbre. Un voisin charitable fut assez heureux pour le saisir aux épaules par son habit et h faire rouler par terre en lui sauvant ainsi la vie.

Boileau, Chateaubriand ne pouvaient entendre faire l'éloge de personne, môme de leur cordonnier, sans en ressentir une certaine contrariété.

De là résultent les manifestations d'une vanité maladive qui les rapproche des monomanes ambitieux.

Schopenhauer entrait en colère et refusait de payer ce qu'il devait aux personnes qui écrivaient son nom avec un double p.

Barthez perdit le sommeil de douleur lorsque dans l'impression de son Génies l'accent de T^ se trouva divisé

i\) Mi.NTBnAZXA. Dcl nct'vosismo dei grandi uomini. 1881.

en deux. «Je n'aurais point, disait Whyslon, publié la ré- Tutalion de la Chronologie de Newton; car il aurait été capable de me tuer (Arago) ». — « On vit un jour Pouchkine, à Moscou et en plein théâtre, dans un accès de jalousie, mordre à Tépaule la femme du gouverneur général, la comtesse Za dont il était alors occupé ».

Les personnes, qui ont eu la rare fortune de vivre dans la société des hommes de génie, sont vite frappées de la facilité que ces derniers ont à mal interpréter tous les actes des autres, à se croire persécutées, à trouver partout des causes profondes, infinies de douleur et de mélancolie. À tous ces effets contribue la supériorité de l'esprit, qui est plus propre à découvrir les aspects nouveaux de la vérité, comme à en créer d'illusoires pour confirmer ses douloureuses illusions. Il est vrai aussi, que leur supériorité intellectuelle leur permet d'acquérir et d'exprimer sur la nature des choses des convictions différentes de celles qui sont adoptées par le plus grand nombre, de les manifester avec une inébranlable fermeté et d'en au<,^menler pour cela le contraste et l'opposition.

Cependant, la principale origine de leur mélancolie, de leurs malheurs, est la loi du dinamisme et de l'équivalence des forces, qui régit de même le système nerveux.

A une dépense excessive, à un développement trop grand des forces nerveuses succèdent la réaction ou l'affaiblissement. Aussi, il n'est permis à aucun être de dépenser une certaine quantité de force, sans en être durement puni d'un autre côté; et c'est pourquoi les hommes de génie sont si inégaux dans leurs productions.

La mélancolie, l'abattement, la timidité sont le triste prix des plus sublimes dons de l'esprit, comme les calar* rhes utérins, llmpuissance et la tabe dorsale sont la compensation des abus vénériens et comme les gastrites sont le résultat des ex(!és du ventre.

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