‹ L'homme de génieChapitre 40 sur 257 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Anne Lee, la fondatrice des Skakes était épiieptiqiie: elle vil Jésus Christ venir à elle en corps et en âme. La vision, qui transforma Saint Paul de persécuteur en apôtre, semble avoir été du même ordre.

Les Scîamans de la Sibérie, médecins qui prétendent avoir des rapports avec les esprits, opèrent dans un état d^exaltalion convulsive et choisissent de préférence leurs élèves parmi les enfants épileplîques (1).

Mélancolie. — On sait que la mélancolie est une tendance commune à la plupart des penseurs et qui dépend de leur grande hypéresthèsie. C'est désormais proverbial que « sentir la douleur plus fortement que les autres hommes constitue la couronne d'épines du génie». •— Aristote avait dit que les hommes de génie sont tous d'un naturel mélancolique et c'est ce qu'affirme après lui Jûrgen-Meycr.

Goethe, l'impassible Gœlhe, avoue que «mon caractère va de l'extrême joie et l'extrême mélancolie »; ailleurs que € tout accroissement du savoir est un accroissement de tristesse>, et, d'après la remarque de Hagen, il ne se rappelait pas avoir passé dans toute sa vie plus de quatre semaines agréables.

€ Je ne suis pas fait pour jouir », écrivait Flaubert (2). Giusti était atteint d'une hypocondrie qui allait jusqu'au délire: souvent il se crut hydrophobe, - il se disait malade des intestins et de vers, et maintes fois, il répétait ces paroles: «Ce qui en moi semble un sourire n'est que tristesse ».

Corradi a démontre (3) que tous les malheurs de Léopard], ainsi que sa philosophie, doivent leur origine à une sensibilité exagérée et à un amour sans résultat qu'il

(\) Mausolky. Phy, et path. de l'esprit, i, 472.

(2) Correspondance, p. 119, 1887.

(3) Memorie delVîstituto Lrmbardo. 1878.

éprouva à Tâge de 18 ans. En effel sa philosophie est plus ou moins sombre, suivant l'état plus ou moins malheureux de sa santé, jusqu'à ce que Tinclination se transforme en habitude: «La pensée, écrit-il, m*a infligé pendant longtemps et m'inflige encore de tels martyres, qu'il en est résulté pour moi un préjudice évident et qu'elle me tuera si je ne change point de manière d'être (1) )».

La liste des grands hommes qui ont abouti au suicide est infinie: elle s'ouvre par les noms de Zenon, d'Aristote, d'Hégésippe, de Cléonte, de Stilpon, de Denys d'Héraclée, de Lucrèce, de Lucain et arrive jusqu'à Chatterton, Creech, Blount, Ilaydon, David.

Le Dominiquin a été conduit au suicide par les mépris d'un rival. Spagnoletto par l'enlèvement de sa fille. Nourrit par le succès de Dupré. Gros ne voulut pas survivre à la décadence de son génie.

Robert, Chateaubriand, Rousseau, Lamartine manquèrent sérieusement à diverses reprises de mettre fin à leur vie (2). On lit dans les lettres de B. Constant: «Si j'avais eu mon cher opium, c'était le moment, de mettre fin, en l'honneur de l'ennui, à un mouvement excessif d'amour (3) ».

Dupuytren et Cooper songèrent au suicide, alors même qu'ils étaient parvenus au faite de la gloire. Cooper disait, en indiquant à un ami les arbres de son magnifique jardin: «Oui, ils sont beaux, mais il n'y en a pas un seul qui ne m'ait donné l'idée de m'y pendre». Seuls, quelques

(1) Leitere a Giordani. Août, 1817.

(2) Ea Italie, les gêna de lettres donnent 619 suicides sur l million, le corps enseignant 355,3: ils fournissent une proportion plus haute que les autres professions. Ainsi, les commerçants présentent 272: les portefaix 36: les industriels 80: les ecclésiastiques 53. — Muilsilli. Del aiiicidio. Miiano, 187i'. — IjIooyt. Le suicide. 1881.

(3) B. DE BoisMoNT. Ouvrage cité, p. 265.

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