‹ L'homme de génieChapitre 41 sur 257 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

amis dévoués sauvèrent du suicide Pariset el Cavour. Ce dernier voulut, à deux reprises, se donner la mort.

Leitzmann, qui écrivit \e Journal d'un mélancolique, mit fia à sa vie en 1835, dans un accès de mélancolie.

Ainsi sont morts l'auteur de Masaniello, Fischer, Rairound, Enlt von Burg, Weltlium, Gôhring, Kuh, rami de Nendeissohn, Jules Uberti, Tannaliil, Kleist qui se tua avec sa maîtresse, et enfin Maylath qui se noya avec sa sœur, à qui il avait précisément dédié son livre sur le suicide.

G. Sand, qui cependant semble avoir échappé k toute névrose, déclare que c soit que la bile la rendit mélancolique; soit que la mélancolie la rendit bilieuse; — elle avait été prise, aux moments les plus heureux de sa vie, d*un besoin d'éternel repos, de suicide. Cela tenait d*après elle, à une maladie du foie. C'était un vieux mal chronique éprouvé et combattu dès la première jeunesse, oublié comme un ancien compagnon de voyage qu'on croit avoir laissé en arrière et qui tout-à-coup se présente à vous ».

c Cette tentation, continue-t-elle, fut quelque fois si bizzarre, que je pus bien constater que c'était une espèce de folie dont j'étais atteinte. Cela prenait la forme d'une idée fixe et frisait la monomanie. Cette idée était éveillée principalement par la vue de l'eau, d'un précipice, de fioles». Georges Sand nous dit que Gustave Planche avait, pour des raisons mystérieuses, inconnues d'elle et de lui-même, et qui devaient tenir à un état organique, un caractère étrangement mélancolique.

Rossini éprouva, vers 1848, un vif chagrin pouf avoir acheté une maison avec une légère perte. Il en devint vraiment lypéroane et se mit en tète qu'il était réduit à Textrème misère, au point d'avoir à demander l'aumône. Il croyait être tombé dans l'imbécillité. Il ne pouvait en effet ni composer, ni même entendre parler de musique. Les

soins du docteur Sansone d'Ancône le rendirent graduel-^ lement à la gloire et à st^s amis.

Le grand peintre Von Leyden se croyait empoisonné et pendant les dernières années de sa vie il ne se levait pas de son lit.

Mozart était convaincu que les Italiens voulaient Tempoisonner.

Molière eut de nombreux accès de mélancolie (i).

Voltaire était hypocondriaque (2). < A l'égard de mon corps, écrivait-il, il est moribond, .... Je vise à Thydropisie. Je n'en avais pas l'air, mais vous savez qu'il n'y a rien de

si sec qu'un hydropique, Des maladies, plus cruelles

encore que les rois, me persécutent. Il ne me manque^

que des médecins pour m'achever., )». — «Tout cela

(voyages, plaisirs, etc.) n'empêche pas qu'il ne se dise morl ou mourant; et qu'il ne se fâche même beaucoup lorsqu'on ose l'assurer qu'il est encore plein de force et de vie (3) >.

Chopin, pendant les dernières années de sa vie, fut atteint d'une mélancolie qui allait jusqu'à la lypémanie: un couvent abandonné en Espagne emplissait son imagination de fanlômcs et de terreurs: un jour G. Sand et son fils tardèrent à rentrer d'une promenade. Chopin commence par rêver et finit par croire sérieusement qu'ils sont morts, il se voit ensuite mort lui-même, noyé dans un lac, où des gouttes d'eau glacée lui tombent sur la poitrine: c'étaient de vraies gouttes de pluie qui tombaient sur lui, de la toiture ruinée. Mais Chopin ne s'en apercevait point, même lorsque 6. Sand l'ÎJn avertissait. Fait étrange ! un grand malheur véritable l'affectait moins qu'une légère contrariété. Un pétale replié, une mouche le faisaient pleurer (4).

(1) Haqbn. Ueher die vertoandschaft , etc. 18*7.

(2) Roger. Voltaire malade. 1«83.

(3) Baro?i Grimm.

(4) 0. Sa'hd. Histoire de ma vie, 9.

Page 1