‹ L'homme de génieChapitre 42 sur 257 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Zimmermann avait peur lantôt de mourir de raim, tantôt d'être arrêté : et succomba en effet à l'inanition volontaire, par l'idée fixe qu'il n'avait pas de quoi payer sa nourriture.

Cavour, dés sa jeunesse, se croyait privé d'affections domestiques. Il n'apercevait point d'amis autour de lui, il ne voyait au dessus de lui aucun idéal à réaliser: il se trouvait seul (1). Son état s'aggrava au point que, pour éviter des maux plus grands et pour se soustraire à une vie insipide, il voulut y mettre fin. S'il hésita, c'est parce qu'il douta que le suicide fut un acte moral. «Mais, pendant ce doute, le mieux encore pour moi, est d'imiter llamlet. Je ne me tuerai point: non, mais j'adresserai au ciel d'ardentés prières pour qu'il m'accorde une bonne fluxion de poitrine qui m'envoie dans l'autre monde >. A l'âge le plus tendre il se livrait parfois à des accès étranges de mauvaise humeur.

Un jour, au château de Diluzers, à Balangero, il entra dans une telle fureur pour avoir été invité à étudier, qu'il voulait se donner la mort avec un couteau el sejeler par la fenêtre. — Ces mouvements de colère étaient chez lui assez fréquents mais assez courts (2).

Lorsque les espérances de guerre, éveillées par les paroles de Napoléon III au baron Hûbner, parurent soudain faire place dans l'esprit de l'Empereur à des idées de paix, Cavour fut envahi par une agitation telle qu'on put appréhender de sa part une résolution extrême. Le fait nous est confirmé par Castelli: «cMinghetti, Oudinot et Farini éperdus me disent: — Il faut que tu coures immédialement chez Cavour. Nous craignons qu'ils ne fasse quelque coup désespéré). — Le comte était seul dans sa chambre. 11 avait brûlé plusieurs papiers et donné l'ordre de ne laisser arriver personne jusqu'à lui. Le péril était manifeste.

il) BoiTi, p. 154.

(2) BiKTi. Cavour avanti il i848, Rome. — Mayor, dans VArchivio di Psichiatria, vol. iv.

ùk^teil ;2»if»sBa as «aoUK. fai —et le regardait fixement, yietyyi tiuraioa caioK». pcapve» ccpeaàiBt â réaioofoir, p«ift. «;atatra for ràaaiÎMS. ià iaiéïâea InKS. Cavoarse [«iva, rentbffaeîa qpafcâmtr lirai , et. taïaw éfaré, il fit 4iiel«|ae» ba«n éami sa dkaaèrc B lai éil eafia, leote- Meaft: c Siii«i tiaa«Bs« aaa» hvavcfaas laat. et lou-

J4ar^ lAo:^ 'aii'iMht^ ». CasCefiî caaraf rascsaver ses amis.

L^ éamf*it avait «kê très frave liiL

ffciiriahiiiaJ racoafee^ éaa» s«s Uimwiiti ^mmire iûmbe, «f^i'oa jaar p raitiat sa jeaw><i^. S «karfea de trois balles oa aaavais fiml. Amt ie ieteate asée partait qaelqnefbis <» repeif : Tarma. et ea aiaat iaêrmlait le caaoa dans sa b*>iiche . il firapfa la craesse caatre terre. L'apparition d'un vial sm^peadre sa resoiatiia.

is Gérard de Xertal ae se Moatraît plus inspiré que dans les aKKneats oà. saivaat Texpressioa d*Alex. Damas, ia mélaaeoiie devenait sa aaise. ImpaifiMe alors de reteair ses lanaes, car c jaiaais Wertker — c^'est Dumas qui parle — jamais Reaê« îamais Aataair, a*onl eo plaintes pios poi^aales, saaçlols plas doaloareni. paroles plus tendres, cris plus poétiqaes >.

J. S. Mill \i} fut pris, peadaal Tanlomne de 18^, à lige de fîngt ans, de courts accès de iypémanie qu'il renonce loi-méme a exprimer autrement que par ces vers de Coleridge:

« Cae éomiemr, sa» aagMKVw TÎAe. loarée, «■e émmieur gnTe. êtooCée. ealae — %« ae trwiTe

mme aatuclle — aacaa aa«laf<nMt daaa lc« paroles, les mm^UAB, ai daaa les

Je cile ces vers d*aulaol plus Tolontiers qu'ils nous montrenl, dans leur extrême énergie, Coleridge frap|ié du même

'1/ HUtfm. OaTTjfçi? cit».

éi) i. s. Mill. Afc* M^^nuires, p. 129. Alean, Pari», IS

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mal. A cet état desprit en succéda un antre, pendant lequel Miil se crut destiné à réformer [c monde: entre autres préoccupations humanitaires, il redoutait Tépuisement des accords musicaux, t L'octave se compose de tons et de demi-tons qui ne peuvent former qu'un petit nombre de combinaisons y dont quelques-unes seulement sont belles. La plupart de ces combinaisons ont été déjà inventées. Il pourrait donc arriver que Thumanité ne vit pins naitre ni un second Mozart, ni un second Weber pour exploiter comme eux des veines nouvelles dune incomparable richesse en effets musicaux».

Cette préoccupation ressemble beaucoup à Tinquiétude des philosophes des Laputa qui craignaient que le soleil ne finit par se consumer.

Manie des grandeurs. — Comme toujours, la manie des grandeurs alterne avec le délire mélancolique.

«Le titre de fils de David, écrit Renan (1), fut le premier que Jésus-Christ accepta, probablement sans tremper dans les fraudes innocentes par lesquelles on chercha à le lui assurer. La famille de David était, en eiïet, éteinte depuis longtemps; ni les Asmonéens, d'origine sacerdotale, ni Hérode, ni les Romains ne songent un moment qu'il existe autour d'eux un représentant quelconque des droits de l'antique dynastie ^. Plus tard il se croyait fils de Dieu. «Son Père lui a donné tout pouvoir; la nature lui obéit. Il remet les péchés; il est supérieur à David, à Abraham, à Salomon, aux prophètes ».

«...Il est évident, continue Renan, que le litre de Rabbi, dont il s'était d'abord contenté, ne lui suffisait plus; le titre même de prophète ou d'envoyé de Dieu ne répondait plus à sa pensée. La position qu'il s'attribuait était celle d'un être surhumain ».

il) HoAîf. Vie de Jési*s, Paria, 1880.

« n dédanîl qu'il M»\i mia édaîrer les iTengles et iTeogler œui qui croient voir, l'o jour sa maunîse hnnieur . coDire Ir temple lui arracfu na mol impniile&t: « Ce temple bâti de nuin d'homme, dit-il. Je pourrais, si je voulais, le dèlmire. et en trois jours j'en rebiliraîs ud aulre ' nOD coosintit de maÎD d'homme >. — • La reine de Saba, ajouiait-il, se letera au jour do jugemeal contre les hommes de cette génération, et les condamnera, parcequ'elle est venue des csirêmilés da monde pour entendre la sagesse de Salomoa; or, il y a ici plus que S.ilomon. Les Ninivites sVIcveroot ao jour du jugement contre celle génération el la condamneront, parce qu'ils tirent pénitence à la prédication de Jonas; or. il y a ici plus que Jonas».

L'oi"gueil de Dante, si légîlîme qu'il soit, est resté légendaire. On sait comment il se plaça: sesto fra cotanto senno el se déclara supérieur à ses contemporains pour le style el Tavori de Dieu :

• e forae è aslo

Chl l'ano el l'altro caesïerï di nîijo....

• perché tauts

Orniia m le lace prima clie ni morto... >.

À rinslilul. Dumas a dit avec raison de Victor Hugo: « Victor Hupo était dominé par une idée fixe: devenir le plus grand poète, le plus grand homme de tous les pays el de loiis les temps >. C'est là ce qui eipliquerail, selon lui, la vie entière et tous les changements de Victor Hugo qui commence par être calliolique et monarchiste et qui s'en écarte ensuite.

« 11 n'admettait pas qu'il piit être enfermé dans des for-' mes de gouvernement et de culte où il n'eijl pas le droit de tout dire, et chance d'être ainsi le premier. Pendant' quelque temps la gloire de Napoléon liante Victor Hugo. Mais vient le jour où Victoi' Hugo ne peut plus tolérer que qnelqiriin ait une gloire égale i\ la sienne. Le grand

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ipilaini: doit ccdcr le pus au grand poêle, \(i ^^nn\ de Tac- F lion doit s'elTacer devant le géant de h pensée. Homère I oest-il pas plus grand (|ii'Actii[le ? Vjcloi' Ilngo en vient

à se croire supéri(;ur h toutes les crôattires liiimaines.

If nu dit pas: Le ^^nic c'est moi, mais il <L:oniineii>;e Ter-

meincDt b croire que le monde le dira ». (Ses personnages ne sont ni dans la réalili^ de la vie, ms les proportions de l'homme: ils sont toujours au Kus et au delà de rhumatiité, quelquefois au rebours, pour ne pas dire k l'envers; cela tient sans doute à ce que la nature a pour lui des aspects quelle n*a pour aucun autre. Son œil grossît tout; il voit les licrbes liantes comme des arbres, il voit les insectes grands comme des aigles (1) ».

Uegel crut à sa propre divinisation. Il commcni^i une prolusion par ces paroles: — t Je puis dire avec le Christ: non seulement j'enseigne la vérité, mais je sois moi-même la vérité (3) >.

< L'homme est le plus vaniteux des animaux et le poète le plus vaniteux des hommes », a écrit Heine (3) qui s'y connaissait. — Et dans une autre lettre: « N'oubliez pas, <5crit-il, que je suis poêle, et comme tel, convaincu que lous les hommes doivent tout laisser, pour lire mes vers ». « Chacun sait, dit G.Sand en parlant de son ami Balzac (li), comment ta conscience de sa grandeur débordait chez lui, comment il aimait à parler de ses ouvrages, à les raconter. Ingénu et bonhomme il demandait des conseils aux enfants; mais n'attendait jamais de réponse, ou bien s'en servait pour la combattre avec toute l'obstination de sa supériorité. Il n'enseignait jamais, pariait toujours de lui, de lui seul, mais très bien. Un soir, ayant une belle robe

(I. Dqui. Ib.

«I To» SiDun. fl. Sehoju-nLauei: l8T?.

(3) UUrt». 1885.

i*i Biiiolm fia ma tif. v. u.

64 PHEMFftRE PARTIB

de ch:iml)i'e iii'iivt', il voulut sortir ainsi Imbillé, une lampe à la main, pour exciter l'admiration du public».

Chopin ordonne, par toslament. qu'on l'ensevelisse en costume de gala: cravate blanche, petits souliers, et culottes courtes! Il délaisse la femme qu'il aime uniquemem parce qu'elle a ofTert un siège .'■ une autre personne avant de lui faire la même invitation (1).

Giordano Bruno (3) so disait un homme éclairé par une lumière supérieure, envoyé de Dieu... qui ronnail l'essence des choses. Titan qui abattra .lupiter:

• E i/Wl •■h'nlli'i lungi •cède io lascio a fergn\^) •-

L'abbé Cagnoli se croyait .si grand pour avoir rimaillé sur les massacres d'Aquilôe, qu'il entrait en fureur lorsqu'un littérateur ne le saluait pas humblement. < Eh quoi? disîiit-ii. ne connaissez-vous pas Cagnoli? >

Le poète Lucius ne se levait pas lorsque Jules Césarcntrait dans le collège des poètes, parce qu'il se croyaiti supérieur à lui, dans l'art des vers. — L'Arioste, après avoir rei;u li; laurier de Charles V. courut comme un foUi à travers les rues (4).

Le célèbre chirurgien Porta, ne soulTrait point, à l'ins^ tilut Lombai'd, qu'on lût lo moindre travail médical, sansi qu'il chu[:hotdt, marmotlAl et montrât par \\ tout son dédain: à peine avait-on commencé une lecture sur les-i mathématiques ou la linguistique qu'il redevenait lran< quille et attentif.

{1/ U. SisD. Oinrage cité, fï) n. r^n. Di Oiordano B.-uno. 18BT.

(3| ■ Bt CO que loi Antres homineu voient de loin je le laisse e — De imtnenxn ft innutneral. Ul, — Et ptll" b;ia : - Siim m» Deus alter Verienlis tœcli melioris iHiit .nedioeretit HfXtintil. haiid rehiti. média de jUirbe. niagiiU-um t {A\ 0, •Urnif.. De

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