‹ L'homme de génieChapitre 46 sur 257 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Pierre le Grand se firent remarquer pour leur abstinence. On se rappelle le vers d'Horace:

« Narratar et prisci Catonis sœpe rnœro caluisse virtuR ».

Septime Sévère et Mahmud succombèrent à l'ivresse ou au délirium iremefis. Il faut compter parmi les buveurs opiniâtres le Connétable de Bourbon et Avicenne, qui, dit-on, consacra la seconde moitié de sa vie à démontrer

inutilité des études auxquelles il s'était livré pendant la première; tels l'ont été aussi de nombreux peintres comme les Caracci, Steen, Barbatelli, surnommé pour cela le Potetla^ et bien de poètes parmi lesquels Murger, Gérard de Nerval, Musset, Kleisl, Poe, Hoffmann, Addison, Goldsmith, Marlowe, Carew, Burns, Maylath, et en première ligne le Tasse qui écrivait dans une lettre: c Je ne nie pas que je suis fou; mais j*ai besoin de croire que ma folie est causée par Tivresse et par l'amour: car je sais bien que je bois trop >.

Coleridge tira si peu parti de son talent, à cause de son manque de volonté et de Tabus des boissons alcooliques et de l'opium, qu'il ne parvenait à exécuter aucun de ses projets gigantesques: dès sa jeunesse, on lui promettait 30 guinées pour un poème qu'il avait improvisé de vive voix : mais il ne se décida jamais à le transporter sur le papier. Son (ils, Hartley, écrivain distingué, s'adonna aussi à la boisson et si complètement qu'il en est mort. On disait de lui qu'il « écrivait comme un ange et buvait comme un poisson ».

Savage dans les derniers jours de sa vie ne vécut presque que de vin et mourut dans les prisons de Bristol.

Hessius, poète allemand du seizième siècle, affirmait que la plus grande honte est d'être vaincu à boire.

Sheenstone disait de son confrère en poésie. Sommerville, qu'il buvait pour se procurer les peines du corps et se délivrer ainsi de celles de l'esprit.

Madame de Staël et De Quincey abusaient de l'opium. Ce dernier nous a laissé une vive peinture de ces excès dans les Confessions of an Opium Eaier.

Bien des maîtres de musique furent de forts buveurs: "tels que Dussek, Haëndel et ce même Gluck qui avait coutume de dire: «qu'il amait Tor, le vin et la gloire pour une excellente raison; le premier lui donnait le moyen d'acquérir le second, et ce dernier, en l'inspirant , lui procurait la gloire». Mais en dehors du vin, il aimait aussi l'eau de vie et un jour il en but tant, qu'il en mourut (1).

On en peut dire autant de Rovani et de Praga.

Hallucinations. — Nous avons déjà montré (2) comment les hallucinations s'associent tellement aux créations artistiques et géniales que Brierre de Boismont a pu les rattacher à la physiologie des grands hommes. On connait l'hallucination célèbre de Cellini dans son cachot, celles de Brutus, de César, de Napoléon, de Swedemborg qui crut avoir visité le ciel, s'y être entretenu avec les esprits des grands docteurs disparus, et y avoir vu le Père Éternel en personne; Van Ilelmont prétendait avoir aperçu sa propre àme sous la forme d'un cristal lucide; Kerner était visité par un spectre.

Clark, après avoir lu quelque épisode historique, s'imaginait en avoir été le spectateur et l'acteur. Ainsi, Blacke et Bannecker croyaient apercevoir véritablement les images fantastiques, reproduites par leurs pinceaux. Un célèbre professeur de P... fut assez souvent sujet à une illusion analogue et se crut échangé en Confucius, en Papirius, en Tamcrlan.

Le matérialiste Hobbes, ne pouvait se tenir dans les ténèbres sans s'imaginer apercevoir les images des trépassés (3).

(1) Cl^met^t. Musiciens cèlêl/res. Paris, 1808.

(2) Pagre 21.

(3) W. IRVINO. Life. 1880.

Page 1